Mon ex
Quand Alice retrouve Étienne après 7 ans sans nouvelles… c’est sûr qu’elle a une petite idée derrière la tête. En fait, elle est bien décidée à lui faire tenir la promesse qu’il lui avait faite le jour de leur rupture. Mais quelle est cette promesse ?
Mensonges, chantages, grands déballages et coups bas… Alice est prête à tout et elle va sans hésiter exploser la vie rangée et un peu « pépère » de l’ancien amour de sa vie, pour arriver à ses fins.
Pauvre Étienne : en acceptant de revoir son ex, il ne savait pas qu’il allait vivre la période la plus compliquée de sa vie. Mais qui sait peut-être aussi la plus belle ?
« MON EX » une comédie en 7 scènes… de ménages.
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SCÈNE 1
Un loft. Des plans d’architecture un peu partout dans la pièce. Au fond, près d’une baie vitrée, une table à dessin. L’ensemble donne une impression de désordre sympathique.
Quand le rideau s’ouvre, on entend le bruit du bouchon d’une bouteille de champagne qui saute. Alice et Étienne ont une coupe de champagne dans la main, Étienne vient juste de servir Alice…
Alice. – À nos retrouvailles, Étienne !
Étienne. – …
Ils boivent. Étienne est déjà sur les nerfs et Alice déjà mal à l’aise.
Alice. – Il est bon… Dis, c’était quand la dernière fois ?
Étienne. – Qu’on a bu du champagne ?
Alice. – Mais non ! La dernière fois qu’on s’est vus…
Étienne. – Juste avant notre séparation. Quand on était en week-end chez Mireille Chapu.
Alice. – Alors, ça fait un bail. Mais on a eu raison de se confier à elle… Elle avait un chapeau avec des marguerites. Très ringard, mais très sympa.
Étienne. – Bon, Alice, tu ne vas pas me dire que tu es passée me voir après ce « bail » juste pour boire une coupe de champagne et me parler du chapeau ridicule de Mireille Chapu ?
Alice. – Mais non !
Étienne. – Alors ?
Alice. – Alors quoi ?
Étienne. – Pourquoi t’es venue ?
Alice. – Mais t’es pas content de me voir ?
Étienne. – Mais c’est pas la question…
Alice, ennuyée. – C’est pour te demander un service.
Étienne. – Tu veux m’épouser ?
Alice. – Pas du tout ! Je suis déjà mariée depuis quatre ans avec Giuseppe.
Étienne. – Non ?! Alice, dis-moi que c’est pas vrai… pas toi… t’as pas pu faire ça… pas te marier avec… avec…
Alice. – … un autre homme ?
Étienne. – Non ! Un mec qui s’appelle Giuseppe !
Alice. – Mais on est très heureux !
Étienne. – C’est pas possible ! Avec un mec qui s’appelle Giuseppe, on ne se marie pas, on commande une pizza !
Alice. – Attends, toi aussi tu vas te marier, non ?
Étienne. – Non. Avec Sidonie, on va vivre ensemble.
Alice. – C’est pareil.
Étienne. – Non. Entre elle et moi, il y a une grosse différence.
Alice. – Laquelle ?
Étienne. – Quinze ans !
Alice. – Et alors ? Il est où le problème ?
Étienne. – J’aime les Cure et elle Lady Gaga…
Alice. – Ah oui… Là t’es mal barré.
Étienne. – Mais comment tu sais tout ça, toi ?
Alice. – Par ta mère. Je l’ai rencontrée par hasard et on est allées boire un verre.
Étienne. – Place de l’Horloge ?
Alice. – Elle te l’a dit ?
Étienne. – Non, mais ma mère, depuis qu’elle a quitté le parti communiste, elle s’emmerde. Alors le matin elle philosophe et le soir elle file au bar.
Alice. – Pourquoi elle a quitté le PC ?
Étienne. – À cause des goulags…
Alice. – Elle veut que la Russie les reconnaisse ?
Étienne. – Non, qu’elle les rétablisse ! Alors elle se réunit toute seule et elle signe des pétitions qu’elle envoie à Poutine.
Alice. – J’aime bien ta maman, c’est une grande dame…
Étienne. – C’est surtout un grand paradoxe ! Depuis soixante-quinze ans, ma mère attend le « grand soir »… et elle s’endort devant sa télé ! À mon avis, elle va le rater.
Alice. – On ne peut pas être à la fois une femme d’étendard et une femme détendue !
Étienne. – Pourquoi tu voyais ma mère ?
Alice. – Le hasard, je te dis. On a papoté et elle m’a dit de t’appeler.
Étienne. – Pour quoi faire ?
Alice. – Tu ne donnais pas de nouvelles.
Étienne. – On est des ex, et les ex ça fait des souvenirs, pas des fêtes de famille.
Alice. – Pourtant, quand on s’est rencontrés, ça t’a pas gêné de me raconter ta vie. C’est bizarre un mec : il sort avec toi et il ne peut pas s’empêcher de te parler de ses ex.
Étienne. – C’était juste pour que tu saches tout de moi.
Alice. – Ah ça ! Pour tout savoir, j’ai tout su ! Par moments, c’était plus des souvenirs, c’était du Kama Sutra !
Étienne. – J’ai toujours été soucieux du détail…
Alice. – Alors que nous, les filles, on ne compare jamais.
Étienne. – C’est la pudeur…
Alice. – Non, la prudence. Parce qu’à peine j’évoquais un ancien mec, tu faisais la gueule pour la journée.
Étienne. – Tes ex, tu ne les évoquais pas, tu les regrettais.
Un temps.
Alice. – Sérieux, pourquoi tu n’as pas donné de nouvelles ?
Étienne. – Je faisais la gueule.
Alice. – Pendant sept ans ?
Étienne. – Attends, on se sépare… non, tu nous sépares… d’accord. Tu dis que c’est fini entre nous… re-d’accord. Qu’il faut faire le deuil… re-re-d’accord. En gros, tu me largues…
Alice. – D’accord !
Étienne. – Et un mois plus tard, j’apprends que madame la contrôleuse fiscale se tape son collègue de bureau.
Alice. – Stanislas… Ça a duré dix jours.
Étienne. – Dix jours de trop. Stanislas, en plus. T’aurais pu choisir mieux.
Alice. – Pourquoi ?
Étienne. – Parce que Stanislas, aux états généraux de la connerie, il a toujours eu sa place réservée.
Alice. – J’étais malheureuse, il m’a consolée et il a sauté sur l’occasion…
Étienne. – Et pas que sur l’occasion !
Alice. – Mais moi, j’ai couché après, pas pendant, O.K. ? Parce que Natacha…
Étienne. – Quoi, Natacha ? C’était une amie commune, c’est tout.
Alice. – Ah oui ! Vraiment commune ! Limite pétasse ! Le genre de fille, si ton mec lui plaît, il faut aussitôt qu’elle se le tape sinon elle déprime ! La bonne copine, quoi !
Étienne. – Mais arrête de bugger sur Natacha, il s’est rien passé !
Alice. – Et la fille du vidéoclub ?
Étienne. – Notre relation était purement cinématographique.
Alice. – Faux cul ! Et quand tu l’as emmenée à Venise, c’était pour organiser un ciné-club ?
Étienne. – Toi, tu n’as pas fait le deuil…
Alice. – Si, mais moi c’est deuil pour deuil… dent pour dent ! Et puis si j’ai pris un amant, c’est parce que j’ai… (Elle hésite.) Je n’ai jamais supporté de vivre seule.
Étienne. – Eh ben, moi, quand t’es partie, je ne suis pas allé voir ailleurs.
Alice. – T’es resté seul ?
Étienne. – Non… J’ai pris un chien.
Alice. – Ça c’est délicat ! (Un temps. Ils se regardent et se sourient.) Dis, on l’a quand même bien réussie ?
Étienne. – Notre couple ?
Alice. – Notre rupture.
Étienne. – Normal, on n’avait rien : pas d’appart, pas d’enfant… même pas de livret A.
Alice. – On aurait pu se bouffer le nez pour les meubles, mais tu n’as jamais été bricoleur.
Étienne. – Les filles, vous êtes pragmatiques… Vous rêvez toutes du Prince Charmant et, au final, vous vous maquez avec un bricoleur. Moi, j’avoue, j’ai jamais été bricoleur.
Alice. – Ni prince charmant, je te rassure.
Étienne. – En plus, le problème aujourd’hui : tu commandes une belle armoire sur catalogue et tu reçois des planches avec un tournevis.
Alice. – C’est le kit, c’est moins cher.
Étienne, râlant. – Oui, ben à ce moment-là autant envoyer directement un arbre avec une scie !
Alice. – Oh ! la mauvaise foi ! Tu dis ça parce que le jour où tu as monté la mezzanine que j’avais commandée, on s’est retrouvés avec un bar américain !
Étienne, s’énervant. – Ils avaient imprimé le plan à l’envers ! Bon, pour notre séparation, on aurait fait un procès à qui ? À Conforama ? Et puis pour nous deux : quelqu’un que j’ai appelé « mon amour », je ne pourrai jamais l’appeler « partie adverse ».
Étienne regarde Alice. Il est attendri.
Alice. – Tu sais, toi et moi, on était comme le sucre : quelquefois en poudre et quelquefois en morceaux. Sauf qu’ensemble, au lieu de faire du caramel, on a fait du diabète !
Alice est mal à l’aise. Étienne le remarque.
Étienne. – Bon, comme on n’est pas là pour parler taux de cholestérol, alors c’est quoi le problème ?
Alice, toujours mal à l’aise. – Tout va bien… Giuseppe est un mari formidable.
Étienne. – Et pour ton mariage, tu l’as eue la robe de fée dont tu rêvais ?
Alice, faisant la moue. – Bof ! Entre le jour de l’essayage et le jour du mariage, avec le stress, j’avais pris cinq kilos. À la mairie, j’avais l’air d’une grenouille qui veut à tout prix fêter Halloween…
Étienne sourit. Son téléphone sonne. Il décroche.
Étienne, au téléphone. – Allô !… Pierrot ? Alors ?… Cinq mille cabanons en bambou ? D’accord, c’est possible, mais tu préviens ton associé que je ne veux pas qu’on les construise sur le terrain qu’il nous propose… Mais parce qu’il essaye de nous refiler un champ de mines, ton Vietnamien ! En plus, je le sens poreux… Mais non, pas lui, le terrain !… Non, Pierrot, je t’interdis de signer le contrat… Mais parce que ton plan, il est pourri : un coup de mousson et nos cabanons ça va devenir des cerfs-volants !… Bon, je raccroche, je suis avec Alice… Ben oui, Alice… Comment ? J’entends mal… C’est ça, on se rappelle… (Il raccroche.) C’était Pierrot.
Alice. – Sacré Pierrot ! Comment il va ?
Étienne. – Mal ! Pierrot va toujours mal, sinon il ne se sent pas bien.
Alice. – Le malheur chez lui a toujours été comme une hygiène de vie. Il est toujours dépressif ?
Étienne. – Non, ça va mieux : maintenant, il est suicidaire.
Alice. – C’est bien, il progresse.
Étienne. – En ce moment, on bosse ensemble : un projet au Vietnam avec un promoteur écologique, un copain de Pierrot quand ils étaient aux scouts.
Alice. – Alors tout va bien…
Étienne prend soudain un air inquiet.
Étienne. – Pas du tout. Son associé, Pierrot, il le sent proche de la nature et moi proche de la mafia.
Alice. – T’es retourné au Vietnam ?
Étienne. – Non.
Alice. – Je t’avais initié à la plongée sous-marine. Tu t’en souviens ?
Étienne. – Et comment ! Homard à grosses pinces, requin-marteau, poisson-scie : c’était plus un océan, c’était Leroy Merlin !
Alice. – Et le soir, on allait danser… Mais la danse c’est comme...