Perdu dans une boite à chaussures
Chris, retraité de 58 ans, nostalgique d’un jeunesse gâchée par une histoire d’amour non cicatrisée, loue des chambres d’hôte à des étudiants.
Les jeunes nouveaux locataires, pris d’amitié pour Chris, vont découvrir dans une boite à chaussure sa correspondance de jeunesse.
Entre confidences croisées et détermination, ils préparent un plan diabolique pour aider “le vieux” à panser ses blessures et refermer cette parenthèse de vie.
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Texte déposé à la SACD : n° 000741561
Acte 1 – Scène 1 : Ma vie dans une boite à chaussures
Ambiance de début de soirée. Eclairage tamisé.
Chris est déjà sur scène à l’ouverture du rideau.
Salon chaleureux. Il y a un fauteuil, un lampadaire, une table et quelques chaises, un canapé, un porte-manteau, un coin bar / cuisine.
Sur un meuble-étagère, une platine disque, une collection de vinyles, des livres, des disques, des objets déco, dont un jardin Zen et son râteau, une boîte à chaussures, la photo de mariage de Chris et Kevin.
Chris se prépare un thé. Il semble calme, posé. Il fait le tour du salon, remet certains objets en place, redresse un tableau.
Son téléphone portable sonne. Il prend l’appel.
CHRIS
Allo ?...
Chris continue à s’activer dans le salon tout en parlant au téléphone
Oh, oui, bonsoir, mademoiselle… Cyndi, si vous préférez… Mais alors, appelez-moi Chris. Oui, Monsieur… ça me vieillit… On pourrait croire que j’ai 60 ans ! Pardon ? Euh… 58, depuis peu...
Vous appeliez pour la chambre ? Pas de souci, tout est prêt. La maison est bien vide depuis la fin de l’année universitaire passée. Vous faites bien finalement de venir un peu avant la rentrée. Je sais que chaque année, il y a pas mal d’étudiants qui galèrent pour trouver un logement.
Un temps. Chris est toujours en train de faire le tour du salon, à ranger, machinalement.
... Oui, pour votre ami Benjamin, c’est prêt aussi, vos deux chambres sont mitoyennes. (Rieur) Personne d’autre, j’espère, sinon je devrai partager mon lit, et je ne suis pas sûr que mon mari apprécierait la chose, d’autant qu’il n’est pas là en ce moment.
Un temps
Oui… Oui… Bien sûr... Oh, c’est super ça !...
Chris semble tout à coup préoccupé, et pressé
Oh, veuillez m’excuser, mais quand on parle du loup… J’ai un double appel de mon mari… Je vous laisse et je vous dis donc à demain matin ? … Bonne soirée, mademoiselle, euh… Cyndi, bonne soirée…
Chris va s’installer sur le canapé, pieds sur la table basse en mode cool et prend le double appel, avec une voix suave
… Allo ? Kevin ? Salut… Reprenant sa voix normale Oui, je sais, pas très crédible…
J’étais en ligne avec la nouvelle locataire. Elle arrive demain matin... Oui, elle a l’air très sympa. Elle est étudiante en psycho, à la fac. Et la chambre bleue c’est pour son copain Benjamin.
Ben, écoute, ils m’ont demandé deux chambres séparées, ce n’est sûrement qu’un copain de fac.
Il se redresse dans le canapé
Alors, dis-moi, comment va Martine ? Elle est sortie de l’hôpital ? …Bon, super, tu lui fais un gros bisou de ma part.
Il se lève, comme pour capter mieux
Oui, oui, je l’entends…, un peu trop d’ailleurs, elle a l’air d’aller bien mieux, ils l’ont mise sous amphétamines ou quoi ? Je comprends plus ce que tu me dis….
Oh, oui, Ok, tu peux rester là-bas quelques jours pour l’aider, si tu veux, je gère ici et en plus, je vais avoir de la compagnie.
Tout à coup plus triste, il s’approche du jardin zen et gratte le sable avec le râteau tout en parlant
Tu me connais, quand je suis seul, j’ai un peu le blues, je me dis que je suis déjà trop vieux, je repense à toutes mes années d’adolescent, et d’étudiant gâchées, et même après, enfin, jusqu’à ce qu’on se rencontre... Je sais, y’avait des bons moments, aussi... enfin, on en a parlé souvent, je sais...
Reprenant le contrôle et son énergie bienveillante habituelle
Bon, ben, sur ces bons mots du condamné à mort, qui font bien rire Martine, je te laisse !... Oui, encore quelques petits trucs à régler. Allez, bisous et… on s’appelle ?... Bisous…
Chris raccroche puis, par réflexe, rapproche le téléphone de sa bouche
Moi aussi...
Chris va se servir une tasse de thé, qu’il pose sur la table.
CHRIS
Allez, ce soir, ce ne sera pas du blues, mais un peu de jazz.
Il va chercher un disque et le place sur la platine. Musique jazz douce et apaisante
Il attrape une boite à chaussures en haut de l’étagère, tout guilleret.
En la posant sur la table, le public voit inscrit sur l’autre face de la boîte « Correspondance – Chris – 1985/1995 ».
Après une petite hésitation
Sésame… ouvre-toi… non, toujours pas !
Il ouvre la boîte, puis semble en prendre une au hasard.
Revivons un instant ces bon moments…
Après avoir bu une gorgée de thé, Il va s’asseoir sur le canapé
CHRIS
Jean-Luc, Nantes…
VOIX OFF (Celle de Jean-Luc, jeune)
Mon cher Christophe,
Chris s’allonge sur le canapé, sur le ventre
N'importe quel expert en graphologie te dirait que l'homme qui écrit cette lettre est un homme exténué, vidé, épuisé.
Tu tentes l’intégration à Sup de Co par la voie parallèle ?
Notre lointaine amitié m’oblige à te révéler que la scolarité à Sup de Co est loin d’être le Paradis décrit par ces professeurs de Prépa.
Pour tenir, je reste toutes les nuits perfusé à un à un goutte-à-goutte habilement connecté à une bouteille de Coca !
Chris sourit
ça a marché un temps, mais depuis peu, j’ai dû remplacer le Coca par du muscadet et je compte bien déposer un brevet pour rembourser mon prêt étudiant !
Chris se retourne sur le dos, lettre à bout de bras
Mais reprenons notre conversation du mois dernier : Chaque écrivain ne se définit pas par lui-même mais a besoin de repères pour savoir qui il est. C’est l’essence même de la théorie de la relativité.
Aussi, étant donné la qualité de tes écrits, oserai-je dire aujourd’hui que tu es devenu mon Ecrivain repère !
Chris semble flatté, se redresse, tourne la page
Et je dis cela, même si tu persistes à disséminer des « e » surnuméraires dans le mot « vraiment » qui n’en demande pas tant, BORDEL DE MERDE !!!
Chris se dirige vers la table en souriant
CHRIS
Il avait raison, ce p’tit con ! Je pense y avoir renoncé depuis, bien malgré moi. C’est joli un « e », pourquoi s’en priver !
Il pose la lettre et, avec envie
Allez ! une autre…
Il prend sans le faire exprès 2 autres lettres, en laissant une à côté de la boite. Il s’assied à table.
Ah, le brouillon de ma réponse à cette ignoble insulte !
Il reprend une gorgée de thé
Christophe, Castelmaurou…
VOIX OFF (Celle de Chris, jeune)
Jean-Luc,
Tu me reproches avec tant de tact d’écrire « vraiEment », comme si l’on pouvait y voir là le signe d’une féminité contenue.
Rassure-toi, je ne vais pas en retour éplucher chaque page de ta dernière lettre pour y chercher quelque faute d’orthographe.
Tout en lisant, il va se resservir du thé
Premièrement parce que tout Ecrivain te dira que la faute est une entorse volontaire dans la rigidité académique pour faire évoluer la langue et donc l’esprit.
Deuxièmement, parce que la faute, si tant est qu’elle existe, est justement là pour attirer l’attention du lecteur qu’il n’y en a pas ailleurs et que l’œuvre frôle ainsi la perfection.
Enfin, et pour dernière raison qui se suffit à elle-même, je ne voulais pas me taper le dictionnaire deux fois : une fois pour vérifier ton orthographe, une seconde pour corriger la mienne, corollaire indispensable pour ne pas tomber dans le ridicule.
Mais si cela peut te consoler, j’ai quand même recherché le mot « corollaire » : J’aurais doublé le 1er r .
CHRIS
Qu’est-ce qu’on s’amusait, quand même !
VOIX OFF (Celle de Chris, jeune)
Ainsi serais-je devenu ton repère !
C'est un honneur et je le revendique.
Pour faire référence à la théorie de la relativité qui t’est si chère, si un vecteur ( oui, tu es un vecteur Jean-Luc !), si un vecteur donc, s'exprime dans un certain repère, le repère lui-même trouvera sa propre définition par rapport au vecteur, qui par là-même deviendra repère. Tu me suis ? : cela montre que nous sommes totalement interdépendants et que la moindre variation de l'un doit entrainer un réajustement corrélatif de l'autre. A moins que ce dernier décide subitement de changer de repère ! Mais quelle idée saugrenue !!! Certes nos deux vecteurs sont différents, ou plus exactement ils sont composés de dosages différents, de leurs abscisses et ordonnées qui caractérisent ici toutes les alternatives de la vie : oui/non, mal/bien, vrai/faux, etc. Tu me suis toujours ? Sauf, qu’en se côtoyant d'une façon régulière dans le temps, nos deux chers vecteurs auront une tendance à se rapprocher l'un de l’autre. Ou, tout du moins pourra-t-on déceler chez chacun d'eux la volonté, rarement consciente, d'être plus « aux normes » de l'autre, l'objectif étant au final de ne former qu’un vecteur harmonieux et durable.
CHRIS (A lui-même)
Que c’est romantique !...
VOIX OFF (Celle de Chris, jeune)
Cela veut dire, en clair, que la direction « objective » du couple de vecteurs Christophe/Jean-Luc n'est pas forcément parallèle et donc confondue.
CQFD !!!
PS : Je le pense « vraiEment » !
CHRIS (Souriant, reposant la lettre)
Kevin a raison, il y a aussi eu des bons moments…
En déplaçant la boîte, il fait tomber la seconde lettre. Il la ramasse, devient plus solennel.
Ah… là, on change d’ambiance…
Il finit d’une gorgée sa tasse de thé, va sélectionner un morceau de blues, va remplir sa tasse de whisky et va s’installer dans son fauteuil
Christophe, Castelmaurou, 19 septembre 1986
Concentré, il commence à lire la lettre avec le ton qu’on pourrait imaginer de l’époque.
Jean-Luc, le moment est venu pour moi de te parler vraiment, comme je te l'avais promis. Si je ne t’envoie cette lettre qu'aujourd'hui, c'est parce que je voulais être un peu plus stable pour me jeter à l'eau. Et puis, avouons-le, il est plus facile de parler quand on est éloigné, car on peut surement aller plus loin dans la réflexion.
Il se lève vers le centre et l’avant-scène face public, continue la lecture sans même avoir à la lire.
Mais alors, qu'est-ce que je voulais te dire depuis si longtemps, qui envahit et paralyse mon esprit ?
C'est simple. Je crois que je suis amoureux de toi. Et quand je dis c'est simple c'est que je m’imagine déjà dans une société idéale où effectivement il ne relèverait pas de la peine de mort d’exprimer simplement ses sentiments.
Mais voilà, cette société, elle n'existe pas encore, et tout ce que je vois autour de moi est là pour me rappeler qu'elle n'est pas près de naître. Mon seul espoir étant que l'acte d'amour que j'accomplis aujourd'hui engendre des idées, des valeurs desquelles naîtra un jour cette Société tant rêvée.
C'est très ambitieux, je sais, mais c'est apparemment indispensable, car depuis que mon cœur se cogne dans ce labyrinthe, quelques fissures sont apparues qui m'ont fait comprendre plusieurs choses et espérer en même temps.
Alors, Jean-Luc, c'est à toi et à toi seul que je pouvais m'adresser, car tu es ma terre promise, ma mission impossible, mes dix commandements grâce auxquels un jour nous pourrons dire « je t'aime », mais pour lesquels aujourd'hui je dois trouver la force du combat.
C'est ce combat, Jean-Luc, fait de dialogue et de sentiments que j’engage. Contre toi, peut-être, qui ne partage pas forcément les mêmes sentiments, contre beaucoup d'autres enfin, qui se contentent de juger sans même avoir réfléchi aux conséquences désastreuses de leur intolérance.
Chris revient s’asseoir sur son fauteuil
C'est pourquoi, je te demande, quel que soit le choc émotionnel (positif ou négatif) que tu puisses ressentir après avoir lu cette lettre, de trouver les mots les plus justes et les plus simples pour me répondre et faire progresser notre combat.
NOIR (Longueur selon les applaudissements)
LUMIERE
Chris s’est endormi.
VOIX OFF (Celle de Chris) (En Echo des rêves de Chris)
Les dernières phrases tournent en boucle dans sa tête
Faire progresser notre combat… notre combat… notre combat…
Enfin, focus lumière sur Chris dans son fauteuil, profondément endormi, la lettre est tombée sur le sol. On n’entend plus que le bruit du disque, arrivé sur le dernier sillon.
NOIR
Acte 1 – Scène 2 : L’arrivée de Cyndi
Focus lumière douce du lampadaire au-dessus du fauteuil dans lequel Chris s’est endormi.
On entend le bruit du disque toujours en fin de course.
Puis l’éclairage s’élargit à tout le salon, lumière douce.
Les cloches de l’église et le chant des oiseaux indiquent qu’il est huit heures.
Tout à coup un coup de sonnette strident retentit !
CHRIS
Sursautant
Whaouuu ! Qu’est-ce que c’est ? Mais quelle heure il est ?
Regardant sa montre, il s’active plus qu’à son habitude
Merde ! C’est la gamine qui se pointe ! Mais je suis par prêt moi !
Il va ouvrir le rideau, laissant entrer la pleine lumière....
Résumé de la Pièce :
"Perdu dans une boîte à chaussures" est une pièce de théâtre en deux actes écrite par Christophe Pradel. L'histoire se déroule de nos jours, dans une maison modeste, et s'étend sur quelques jours pendant la période de pré-rentrée universitaire. La pièce met en scène quatre personnages principaux : Chris, un homme d'environ 60 ans, Cyndi, une étudiante en psychologie d'environ 25 ans, Benjamin, un jeune homme du même âge passionné de théâtre, et Jean-Luc, un ami d'enfance de Chris.
L'intrigue tourne autour de Chris, qui accueille Cyndi et Benjamin comme locataires. Cyndi découvre une boîte à chaussures contenant des lettres d'amour que Chris a écrites à Jean-Luc, son ami d'enfance, il y a plusieurs décennies. Intriguée par cette correspondance, Cyndi décide de retrouver Jean-Luc pour permettre à Chris de clore ce chapitre de sa vie. La pièce explore les thèmes de l'amour, de l'amitié, de la nostalgie et de la réconciliation.
Les Personnages :
Chris est un homme d'environ 60 ans, marié à Kevin depuis 30 ans. Il est calme, posé et bienveillant. Cependant, il porte en lui une blessure profonde liée à son amour non réciproque pour Jean-Luc, son ami d'enfance. Chris est un rêveur, souvent perdu dans ses souvenirs et ses regrets. Il a une grande sensibilité et une capacité à exprimer ses émotions à travers l'écriture.
Cyndi est une étudiante en psychologie d'environ 25 ans. Elle est curieuse, déterminée et empathique. Elle a une obsession pour comprendre les relations humaines et les émotions. Cyndi est également très protectrice envers Benjamin, son meilleur ami.
Benjamin est un jeune homme d'environ 25 ans, passionné de théâtre. Il est exubérant, drôle et provocateur. Derrière cette façade, il cache une grande sensibilité et des blessures émotionnelles. Benjamin utilise l'humour comme un mécanisme de défense pour éviter de montrer ses véritables sentiments.
Jean-Luc est un homme d'environ 60 ans, ami d'enfance de Chris. Il est marié et a trois enfants. Jean-Luc est un homme réfléchi et bienveillant, mais il porte en lui le regret de ne pas avoir su répondre aux sentiments de Chris. Il est prêt à faire face à son passé pour se réconcilier avec son ami.
Le Fardeau est une peluche de singe géante, le doudou de Benjamin. Il représente les blessures émotionnelles et les secrets de Benjamin. Le Fardeau est un personnage muet, mais il joue un rôle central dans la pièce en symbolisant les émotions refoulées de Benjamin.