Être ou ne pas être, telle est la question
Le texte se situe à l’acte III scène 1. Être ou ne pas être, c’est une méditation sur la vie et sur la mort. On sait qu’il y a « quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». Le roi Hamlet est mort. Gertrude s’est remariée avec Claudius, Hamlet a appris que c’est Claudius qui a tué son père. Il ne sait comment agir. Il fait face à un dilemme. Son comportement change alors et son entourage devient inquiet pour lui. On ne connait alors pas le problème d’Hamlet, et on pense qu’il est fou d’amour pour Ophélie. Polonius et Claudius deviennent les espions légitimes. Ils organisent une rencontre entre Ophélie et Hamlet puis ils se cachent.
Être ou n’être pas, voilà la question… Qu’y a-t-il de plus noble pour l’âme ? supporter les coups de fronde et les flèches de la fortune outrageuse ? ou s’armer en guerre contre un océan de misères et, de haute lutte, y couper court ?… Mourir… dormir… plus rien… et dire que, par un sommeil, nous mettons fin aux serrements de cœur et à ces mille attaques naturelles qui sont l’héritage de la chair ! C’est un dénoûment qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir… dormir… dormir ! rêver peut-être ? Ah ! là est l’écueil : car dans ce sommeil de la mort, ce qui peut nous venir de rêves, quand nous nous sommes soustraits à tout ce tumulte humain, cela doit nous arrêter. Voilà la réflexion qui nous vaut cette calamité d’une si longue vie ! Car qui supporterait les flagellations et les humiliations du présent, l’injustice de l’oppresseur, l’affront de l’homme orgueilleux, les angoisses de l’amour méprisé, les délais de la justice, l’insolence du pouvoir, et les violences que le mérite patient subit de la main des indignes ? — quand il pourrait lui-même se donner son congé avec un simple poignard ! — Qui voudrait porter ce fardeau, geindre et suer sous une vie accablante, n’était que la crainte de quelque chose après la mort, la contrée non découverte dont la frontière n’est repassée par aucun voyageur, embarrasse la volonté et nous fait supporter les maux que nous avons, plutôt que de fuir vers ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous autant de lâches ; ainsi la couleur native de la résolution est toute blêmie par le pâle reflet de la pensée, et telle ou telle entreprise d’un grand élan et d’une grande portée, à cet aspect, se détourne de son cours et manque à mériter le nom d’action… Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia. Nymphe, dans tes oraisons, puissent tous mes péchés être rappelés !