JEAN-CLAUDE DANAUD
ARRET-BUFFET
SACD 000817591
RAPPEL : Tout projet de représentation – professionnel ou amateur- doit OBLIGATOIREMENT faire l’objet d’une autorisation délivrée par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques)
Personnages
KARINE
OSCAR
Un banc sur lequel Oscar est assis, sans bouger.
Un temps assez long puis surgit Karine, revenant sur ses pas, nerveuse. Elle tient entre ses mains une plante verte monumentale et enrubannée.
Elle a un sac à dos entre les épaules.
KARINE pas très aimable : Enfin qu’est-ce que tu fabriques Oscar ?
OSCAR avec une grimace de douleur : Je me suis tordu la cheville.
KARINE : Encore ?
OSCAR désolé : Ben oui !
KARINE : Mais comment tu fais ton compte ?
OSCAR : Un trou.
KARINE : Encore ?
OSCAR même ton : Ben oui !
KARINE : Putain mais tu le fais exprès ou quoi ? Il faut regarder par terre quand tu marches. (Elle pose sa plante verte sur le banc) Fais voir !
(Elle remonte la jambe gauche du pantalon d’Oscar)
KARINE : Elle n’est pas enflée ta cheville !
OSCAR : C’est l’autre.
(Karine remonte la jambe droite du pantalon d’Oscar)
KARINE : Elle n’est pas enflée non plus.
OSCAR : Pas encore mais ça va venir.
KARINE : Oh ! Toi alors, tu m’en fais de belles ! Et toujours au mauvais moment ! Bon. On ne va pas attendre que ça enfle, avec toi ça peut être long, je te connais. Tu es lambin ! (Elle regarde sa montre) Heureusement qu’on est en avance.
(Elle farfouille dans son sac à dos)
KARINE : J’ai une crème miracle là-dedans, normalement.
OSCAR : Tu as toujours tout, toi !
KARINE : Plains-toi ! Il le faut bien. Je prends mes précautions. J’anticipe. Tu ne peux pas faire cent mètres sans avoir un problème de mobilité ! Une douleur au genou, un cor au pied, une crampe au mollet, un trou que tu ne vois pas, ou je ne sais quoi d’autre. Je finirai par t’offrir un fauteuil roulant pour Noël.
OSCAR : Je n’en suis quand même pas là.
KARINE : Non mais ça approche à grands pas… Enfin quand je dis « à grands pas »… (Elle farfouille dans son sac à dos) Où est-elle cette foutue crème ?... Ah ! La voilà ! Elle coûte une fortune, en plus ! Mais au moins elle est efficace. Enfin c’est ce qu’ils disent dans la pub ! (Elle regarde vaguement sur le tube) Spécial « trous ».
OSCAR étonné : Spécial « trous » ?
KARINE : Oui.
OSCAR : Tu devrais mettre tes lunettes.
KARINE : Pourquoi ? Tu me prends pour une mal voyante ?
OSCAR : Je n’irai pas jusque-là mais puisque tu as des lunettes…
KARINE : Pas besoin.
(Elle dévisse le bouchon du tube)
OSCAR inquiet : Tu es sûre que ce n’est pas de l’enduit pour les murs ?
KARINE : C’est ça prend-moi pour une idiote, en plus !
OSCAR : Ben quand même « spécial trous » !
KARINE regardant une nouvelle fois vaguement le tube : « Spécial trous » oui, c’est écrit. Et c’est pour soigner les chevilles d’un tas d’hurluberlus comme toi qui se baladent le nez en l’air.
OSCAR : Le nez en l’air !
KARINE : Parfaitement. Et qui se payent les nids de poule qui sont pourtant signalés par des cônes de couleur criarde.
OSCAR souligne: Il y a très longtemps que je n’ai pas mis le pied dans un trou...
KARINE : Peut-être, mais ça t’est arrivé.
OSCAR : C’est vrai.
KARINE : Plusieurs fois.
OSCAR : Peut-être.
KARINE : Mais à quoi tu penses mon pauvre Oscar, à quoi tu penses quand tu te déplaces en chaussures ?
OSCAR : Je ne sais pas. A tout. A rien.
KARINE : A tout c’est trop et à rien ce n’est pas assez. Il faudrait trouver un juste milieu. Te concentrer sur ton trajet si tu veux arriver en vie. Les rues sont devenues de vrais parcours du combattant !
OSCAR : Il faut regarder où alors ?
KARINE : Ça ne s’explique pas. C’est instinctif. C’est le cerveau qui fait le travail.
OSCAR : Mais tu regardes où, toi ?
KARINE : Je n’y pense pas, ça se fait tout seul. Je fais confiance à mon cerveau.
OSCAR : Tu as de la chance.
KARINE : Oui, pour une fois. Ce n’est pas souvent. Heureusement que j’ai un cerveau.
OSCAR sur un ton un peu révolté : Moi aussi.
KARINE : Il y a des jours où je me le demande ! En tout cas il a besoin d’une révision.
OSCAR : Tu exagères !
KARINE : A peine. Fais voir ta cheville !
(Elle lui prend la jambe droite et la met sur ses genoux, elle remonte son pantalon)
OSCAR : Aïe !
KARINE : Oh je t’en prie, n’en fais pas trop !
OSCAR : J’ai vraiment mal.
KARINE : Ça ne va pas durer tu vas voir. Avec ce traitement de cheval !
(Elle lui masse énergiquement la cheville avec sa crème)
OSCAR : Aïe !
KARINE : Tu l’as déjà dit ! (Elle jette un coup d’œil sur le tube) Ils conseillent d’en mettre plusieurs couches, « en croisant »… Je me demande bien ce que ça veut dire !
OSCAR : Mais Karine…
KARINE impérative : Ne parle pas, ça va tirer sur ta cheville et tu vas encore te plaindre. Je vais en mettre une deuxième couche, par précaution. Ne bouge pas !
(Elle lui remasse énergiquement la cheville)
OSCAR inquiet : Tu es vraiment certaine que ce n’est pas un enduit pour les murs ?
KARINE : Tu me prends pour une écervelée décidément, Oscar !
OSCAR : Non. Mais comme tu t’es mis en tête de colmater le soubassement de la clôture du jardin… et que tu es passée ce matin au magasin de bricolage…
KARINE : Tu n’as pas confiance en moi ?
OSCAR : Si mais tout de même… Ton sac à dos est un fourre-tout. On ne sait jamais !
KARINE : Ah ! Surtout ne me déconcentre pas !
OSCAR : Ok. Je me tais.
KARINE : C’est ça. Déjà qu’il faut que je me débrouille avec les moyens du bord pour sauver ta foutue cheville, ne me soûle pas en plus avec des babillements inutiles! … (Elle râle) Ce n’est vraiment pas facile à étaler ce truc ! Il faut que je relise le mode d’emploi.
OSCAR : Tu vois…
KARINE le coupant, sèche : Tais-toi ! (Elle sort ses lunettes de son sac à dos et les met sur son nez puis regarde à nouveau le tube) Ah ! D’accord !… Je comprends mieux. Ils conseillent de prendre une truelle !
OSCAR s’écrie : Tu vois que c’est bien pour les murs !
KARINE : Oui, peut-être. Je me suis trompée de tube. Et alors ? Ce n’est pas très grave. Tu ne vas pas en faire un fromage !
OSCAR : Mais si… enlève-moi ça tout de suite…
KARINE : Mais non au contraire, ça va finir par durcir et comme ça tu n’enfleras pas ! Ça va retenir tes chairs.
(Elle regarde ses mains)
KARINE : C’est malin j’en ai plein les mains !
(Elle farfouille dans son sac à dos et en sort une bouteille d’eau minérale et un torchon. Elle se nettoie les mains énergiquement)
KARINE : J’ai les doigts qui se raidissent. C’est de ta faute. Heureusement ça s’en va à l’eau.
OSCAR inquiet : Et ma cheville ?
KARINE : Une cheville c’est raide de nature. On ne joue pas de piano avec. Laisse tomber !
OSCAR : Peut-être… Mais tout de même…
KARINE : Ça enfle ?
OSCAR regardant sa cheville : Non.
KARINE : Eh bien tu vois ça fait effet alors arrête de pleurnicher.
OSCAR : Je ne pleurniche pas. Mais je souffre.
KARINE : Il fallait éviter ce trou. Je l‘ai bien évité, moi.
OSCAR : Tu l’as vu ?
KARINE : Non. C’est mon cerveau qui a fait le boulot. Il a dû modifier ma trajectoire sans que je m’en aperçoive, surtout que je ne voyais rien devant moi avec cette foutue plante verte !
OSCAR : C’est vrai. Je me demande bien pourquoi tu as acheté cette horreur.
KARINE : C’est pour Chrystelle.
OSCAR stupéfait : Chrystelle déteste les plantes vertes !
KARINE : Justement. La dernière fois qu’elle est venue chez nous elle m’a apporté des nougats. Et je déteste les nougats. Un point partout.
OSCAR : Et toc !
KARINE : Voilà.
OSCAR : Vous êtes étonnantes, vous les filles !
KARINE : Tu ne peux pas comprendre. Tu es un gros lourdaud de mec. On s’adore Chrystelle et moi. Et c’est comme ça qu’on se le prouve ! (Elle jette un coup d’œil sur la cheville d’Oscar) Ça n’enfle toujours pas?
OSCAR : Non ça durcit.
KARINE : C’est normal, ça « prend » en quelques minutes, c’est ce qui est écrit sur le tube.
OSCAR inquiet : Mais j’ai l’impression que ça cherche à enfler… en dessous.
KARINE : Ça a beau pousser ça n’enflera pas. Avec les deux couches que je t’ai étalées ta cheville va baisser les bras. Et on va pouvoir repartir.
OSCAR regardant sa cheville, inquiet : Ça commence même à craqueler.
KARINE : Tu dis n’importe quoi Oscar. Qu’est-ce qui te prend ? Tu fais obstruction ? C’est un prétexte ? Tu ne veux pas aller dîner chez Chrystelle et Stéphane ?
OSCAR : Bien sût que si.
KARINE : Bon. Alors on attend encore cinq minutes le temps que tu récupères puisque tu es douillet comme une petite fille. Et après on y va ! On n’est plus qu’à deux kilomètres !
OSCAR : Tant que ça ? Ça fait beaucoup.
KARINE : C’est toi qui a voulu qu’on y aille à pied.
OSCAR : On ne pouvait pas faire autrement, ils habitent au bout du monde et il n’y pas de transport public qui soit en mesure de nous amener jusqu’à chez eux !
KARINE : Peut-être mais c’est un coin huppé.
OSCAR : Un coin huppé au bout du monde !
KARINE : C’est pour ça que c’est huppé. Autrement ça serait situé entre le marché au poisson et l’usine désaffectée qui abrite tout un tas de trafics pas nets. C’est-à-dire exactement là où on habite.
OSCAR soupire : Deux kilomètres, quand même ! On n’est pas rendus !
KARINE : Il fallait prendre la voiture !
OSCAR stupéfait : On n’en a pas !
KARINE sous son nez: La faute à qui ?
OSCAR : Bon, tu ne vas pas recommencer !
KARINE : Celle des voisins était parfaite même si c’était une occasion !
OSCAR : Trop chère.
KARINE : Tu n’es qu’un sale radin ! Tu vois où ça te même ? Tu as la cheville en compote !
OSCAR : Je te signale que je t’avais proposé de venir en vélo !
KARINE : C’est ça, pour que Chrystelle ricane.
OSCAR : Pourquoi voulais-tu qu’elle ricane ?
KARINE : En voyant nos bécanes pourries. Et en nous faisant entrer exprès en passant par le garage.
OSCAR : C’est normal il donne sur la rue, il suffit de franchir le portail.
KARINE : Je sais. Mais en faisant dix mètres de plus après avoir franchi le portail on peut éviter le garage, il n’y a qu’une porte à pousser et on est dans la maison.
OSCAR : Je ne vois pas où est le problème.
KARINE : Tu ne vois jamais rien Oscar. Qu’est-ce qu’il y a dans le garage ?
OSCAR : Mais rien de particulier… Enfin si… Enfin non… c’est un garage comme les autres.
KARINE : Non justement. Ce n’est pas un garage c’est un coffre-fort qui abrite deux voitures de luxe. Dont un seul des rétroviseurs nous couterait deux mois de salaire ! En additionnant le tien et le mien.
OSCAR : Et alors ?
KARINE : Ça me fous des complexes. Pas à toi ?
OSCAR : Non.
KARINE : Tu n’as aucun amour propre.
OSCAR : Peut-être. Et ça m’est parfaitement égal qu’ils aient deux voitures de luxe.
KARINE : Moi pas.
OSCAR : Tu es jalouse ?
KARINE : Pas du tout. Je suis en mode admiration. Et Chrystelle le sait. Et ça me dérange.
OSCAR : Contente toi de ce que tu as.
KARINE : Ce sera vite fait, je n’ai rien.
OSCAR : Tu exagères Karine.
KARINE : Oh non.
OSCAR : Et si on était venus en vélo on serait déjà chez eux.
KARINE souligne : Peut-être. Mais en avance ! Et Chrystelle a horreur de ça.
(Oscar a un geste d’énervement)
KARINE : De toute façon même en vélo tu ne l’aurais pas vu ce trou, et tu te serais explosé lamentablement sur le macadam ! Donc on en serait à peu près au même point. Même pire. Je serais peut-être veuve à cette heure !
OSCAR : Tu vois toujours tout en noir.
KARINE : C’est faux. Je déteste le noir. Tu aurais dû t’en rendre compte depuis le temps qu’on est mariés. D’ailleurs le jour de tes obsèques je m’interdirai d’en porter. Tu pourras le constater ! Je suis lucide, c’est tout.
OSCAR : Mais tout de même…
KARINE : Ne polémique pas, Oscar. Concentre toi sur ta cheville. C’est le problème numéro un.
OSCAR : Bien sûr. Il faut que je me taise, comme toujours. Dès que je fais une réflexion qui ne te plait pas.
KARINE : Fais des réflexions qui me plaisent et je te laisserai t’exprimer !
OSCAR : Ok. Et bien je me tais.
KARINE : Voilà. Tu me diras quand tu seras prêt.
(Elle croise les bras, boudeuse puis au bout d’un moment elle se met à farfouiller encore dans son sac à dos et en sort un recueil de mots fléchés et un crayon)
OSCAR : Qu’est-ce que tu fais ?
KARINE : Des mots fléchés. J’ai horreur de perdre mon temps ! (Elle remplit quelques cases, puis réfléchit…) « Dérogation au règlement » en sept lettres. Putain ils ont vraiment l’esprit tordu les faiseurs de mots fléchés! (Elle réfléchit) Dérogation au règlement…
OSCAR : Entorse !
KARINE stupéfaite : Mais oui ! Comment as-tu trouvé ?
OSCAR : Je ne sais pas. C’est venu comme ça ! (Il se frotte la cheville) Aïe !
KARINE gribouille sur son recueil : « Entorse ». Ça colle ! Merci Oscar.
OSCAR : De rien. Tu vois que mon cerveau quelque fois…
KARINE : Tu fais bien de le souligner parce que ce n’est pas souvent qu’il fonctionne !
(Elle se replonge dans ses mots fléchés. Oscar se masse la cheville)
KARINE au bout d’un moment, impatiente : Bon, on va pouvoir y aller ?
OSCAR : Non. Je t’assure qu’elle veut vraiment gonfler, ma cheville !
KARINE : Elle veut ?
OSCAR : Oui. Elle insiste.
KARINE : Malgré ma crème ?
OSCAR : Oui. Parfaitement. Malgré ta crème. Elle repousse le mur. (Il regard sa cheville) Ça craquelle de plus en plus.
KARINE regarde sa montre et jette, catégorique : Il va falloir que ça s’arrête.
OSCAR : Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse…
KARINE : Demande à ton cerveau de prendre les commandes.
OSCAR : Tu es marrante…
KARINE : Dis-lui qu’on va diner chez Chrystelle et Stéphane et que j’ai horreur d’être en retard.
(Elle se replonge dans ses mots fléchés, Oscar se masse la cheville)
OSCAR : Aïe ! (A Karine) Je t’assure que ça gonfle… (Il ajoute un peu inquiet) …sous l’enduit !
KARINE : Tu te fais des idées.
OSCAR : Mais non.
KARINE : Mais si.
OSCAR : Ça enfle, ça enfle, ça prend de l’ampleur ! Ça va faire péter ton mur !
KARINE : Ça enfle ? Tu en es sûr ?
OSCAR : Je le sens.
KARINE pensive se replongeant dans ses mots fléchés, sur un ton un peu rancunier, mine de rien, remettant ses lunettes sur son nez : Comme quoi quand tu veux, tu vois…
OSCAR : Comment ça quand je veux ?
KARINE : Tu peux gonfler.
OSCAR : Qu’est-ce que tu insinues Karine ?
KARINE : Strictement rien.
OSCAR : Tu es lourde. Je t’ai expliqué pour hier soir si c’est ça que tu veux dire. J’étais crevé.
KARINE : Oui j’ai vu ça. Comme un vieux pneu.
OSCAR : Ben oui. Et en plus j’avais mal au dos. J’ai retourné la terre toute la journée, devant la maison !
KARINE pincée : Et bien sûr un vendredi !
OSCAR : C’est toi qui m’a demandé de le faire.
KARINE : Et ça va être de ma faute ! (Elle lui dit sous le nez) C’est de ma faute aussi, peut-être, si tu ne gonfles pas quand la nature te le demande? Je ne suis plus désirable Oscar ?
OSCAR : Mais si.
KARINE : Alors il faut me le prouver. Comme les autres.
OSCAR : Comment ça comme les autres ?
KARINE : Les types que je croise dans la rue, qui se retournent ou qui me sifflent, ou pire encore ! Je n’arrête pas de déposer des mains courantes au commissariat… enfin quand je dis des mains courantes… (Elle s’écrie soudain) Tous des porcs ! (Et elle soupire, désespérée) Sauf le mien.
OSCAR : Tu ne m’as jamais parlé de ça.
KARINE : De quoi ?
OSCAR : De tous ces types.
KARINE : Je ne peux pas tout te dire. On n’en sortirait pas.
OSCAR : Enfin tout de même… tu es ma femme.
KARINE : C’est le vendredi qu’il faut t’en souvenir.
OSCAR s’énervant un peu : Ecoute ce n’est pas parce qu’hier soir, exceptionnellement…
KARINE : Tu deviens très fragile Oscar. Et pas uniquement des membres inférieurs. C’est inquiétant. Je n’ai pas pensé une minute qu’en te demandant avec ménagement de retourner la terre pour pouvoir replanter mes géraniums, tu me flinguerais ma soirée.
OSCAR : Oh ! Flinguer !
KARINE : Parfaitement. Qu’est-ce que tu crois ? Depuis le temps qu’on est ensemble ça aussi tu devrais le savoir! Je n’y peux rien, j’ai des envies qui me taraudent.
OSCAR : Et toujours le vendredi soir.
KARINE : Et alors ? C’est naturel et ça s’explique. J‘ai besoin de me détendre après une semaine à bosser comme une brute à la caisse de ma superette. Et tu es là pour ça. Je ne te demande pas la lune. Je te demande seulement de m’aider à les assouvir, ces envies. Tu as signé, merde ! Alors respecte ton contrat autrement je porte plainte !
OSCAR : Je me demande bien pourquoi tu me fais cette scène ridicule, c’est la première fois que ça m’arrive depuis longtemps ce genre de panne.
KARINE : Peu importe. Le fait est là.
OSCAR : Tu es dure.
KARINE s’exclame : Ah ! Je t’en prie, choisis tes mots !
OSCAR : Bon, je me tais encore une fois.
KARINE : Oui c’est mieux. En tout cas ça se confirme. Tu as besoin d’une sérieuse révision. Je vais te faire passer au contrôle technique. Il faut absolument agir avant que tu deviennes une épave !
OSCAR : Tu exagères !
KARINE : A peine.
(Un silence. Karine gribouille nerveusement sur son recueil de mots fléchés)
OSCAR : Ne le prends pas mal, mais là ça commence à enfler sérieusement…
KARINE : Tu te fais des idées! Pense à autre chose.
OSCAR : Bah tu es drôle…
KARINE regarde sa montre : D’ailleurs il est l’heure. On y va !
(Elle se lève, range son recueil de mots fléchés et son crayon dans son sac à dos qu’elle replace entre ses épaules, et se saisit de son énorme plante)
KARINE à Oscar qui ne bouge pas : Lève-toi et marche !
(Oscar se lève et tente de faire quelque pas)
OSCAR : Impossible ! J’ai trop mal !
KARINE regarde sa montre : Dépêche-toi, dans cinq minutes on commencera à être en retard.
(Oscar s’efforce encore de marcher tant bien que mal)
OSCAR : Je ne peux pas.
KARINE : Je ne vais tout de même pas te porter ! Fais un effort bon sang !
(Oscar fait à nouveau une tentative)
OSCAR sur un ton vraiment désolé: Je ne peux pas !
KARINE déclare catégorique : Tu n’aimes pas Chrystelle et Stéphane !
OSCAR : Bien sûr que si. Pourquoi cette réflexion...