Intérieur en bazar. Du linge traîne par terre, sur le canapé. Beaucoup de vaisselle entassée à côté et dessous le bureau, des verres, des assiettes sales, des emballages de nourriture. La corbeille à papiers déborde. La bibliothèque est également en désordre, dossiers en vrac. Sur la table basse trainent des magazines d'immobilier et des mégots, de la vaisselle (encore !), des boîtes à pizza, des bouteilles de bière...
Assis au bureau, Sully travaille sur son ordi. Il déplace les verres et assiettes de l'autre côté de l'ordi pour accéder à un dossier, peste contre le bazar. Il va à la cuisine et revient avec un truc à grignoter tout en travaillant, puis jette l'emballage dans la poubelle, qu'il rate en haussant les épaules. Le téléphone sonne. Il décroche.
Sully : Sully, j'écoute. Oui. Hmmm.. Oui.... Non pas encore... Oui on fait comme on a dit.... Non, je lui en ai pas encore parlé. … Oui c'est ça. …(va pour raccrocher) Moi ? Heu.. oui ça va. Ben je suis en télétravail quoi. … Hé ben oui tout seul, j'ai pas remonté l'open-space chez moi ! … Heu.. c'est gentil de demander, mais oui, ça va c'est supportable (il grimace pour indiquer le contraire)... Ouais, c'est ça, j'y penserai. Je te laisse, je continue, à + Jess. (il raccroche.) Pffff, sortir, l'autre qu'il dit ! Et c'est le premier à me surcharger de travail ! J'ai pas le temps pour ces conneries ! Même si j'en aurai bien besoin… On verra ce soir ! Peut-être que mon rencard sera intéressante, cette fois ! Bon, à quelle heure elle doit venir la femme de ménage ? (il se lève, se recoiffe un peu devant le miroir, regarde le bazar de la pièce, catastrophé, et amorce un rangement) Ah ben non ! Elle vient pour ça ! C'est con de faire venir une femme de ménage et de nettoyer avant son arrivée ! … en même temps, c'est un peu la honte, là (il commence à ranger mais ça sonne à la porte. il ouvre la porte, entrée de Marie, habillée bien, pas en jogging, ni tablier de ménage)
Marie : Bonjour, je suis Marie, femme de ménage.
Sully : Bonjour, je suis Sully, homme d'affaires. Entrez, je vous en prie. Je me demandais justement à quelle heure vous deviez venir.
Marie : Moi aussi. C'est pour ça que je suis venue maintenant, dans le doute.
Sully : Heu, je sais pas comment vous voulez procéder. Vous êtes venue avec vos outils ?
Marie (elle rit) : « Outils » n'est pas tout à fait le mot qui convient, pour ainsi dire. Vous avez la base quand même ? Éponge, javel, vinaigre blanc, chiffon, balai, aspi, serpillère...
Sully (en panique) : Il vous faut tout ça ?
Marie (regarde le salon) : J'ai bien peur que ce soit le minimum, oui ! Ça fait combien de temps que le ménage a pas été fait ?
Sully : heu... une petite semaine...
Marie : C'est un mensonge ou vous êtes vraiment bordélique ?
Sully : Je suis obligé de répondre ?
Marie : C'est pour savoir si je dois m'attendre à découvrir un cadavre sous les décombres, pour ainsi dire.
Sully : Hé ho ! Je vous paie pas pour me juger !
Marie : Oui, pardon. C'était pour défendre l'atmosphère.
Sully : Hein ?
Marie : C'était pour défendre l'atmosphère.
Sully : C'est avec un « t » l'expression, pas un « f ».
Marie : Défendre l'atmosterre ?
Sully : Vous faites exprès ?
Marie : Aaah ! Oui ! J'ai compris ! Désolée, j'ai une tendance à confondre les mots et expressions, pour ainsi dire !
Sully : Ah donc tout va bien, vous êtes pas complètement bête !
Marie : Hé ho ! Je suis pas payée pour me faire juger ! Je rends service, moi !
Sully : Oui, pardon. Reprenons donc.
Marie : Oui, bon, alors j'imagine que les « outils » sont dans un placard dans la cuisine ou dans le couloir ?
Sully : Comment vous savez ?
Marie : Certaines choses se rangent toujours au même endroit, pour ainsi dire. Comme une brosse à dents, a priori c'est toujours dans une salle de bain.
Sully : Vous pouvez aller voir dans le couloir, oui. Tout était là-bas la dernière fois, je crois.
Marie : C'était censé être y'a une semaine, vous avez la mémoire courte dis donc !
Sully : Stop ! Je vous renvoie chez vous, si vous continuez à vous moquer de moi !
Marie : Ça m'étonnerait, vous avez trop besoin de moi, là ! (elle sort)
Sully : Elle va pas commencer à me gonfler, elle ! (se réinstalle à son bureau) Bon, allez, je m'y remets. Ah oui, faut que j'envoie le truc à l'autre blaireau...
Marie (revenant avec chiffon, sac poubelle, remarque qu'il est à son bureau) : Mais vous allez rester là ?
Sully(déjà absorbé par son travail) : Ben oui, je télétravaille. Pourquoi ?
Marie : Vous allez être dans mes savates toute l'après-midi ?
Sully : Dans vos quoi ?
Marie : Dans mes savates !
Sully : C'est pas « dans mes pattes » l'expression ?
Marie : Ah oui ! Bref, j'ai besoin de travailler tranquillement, pour ainsi dire.
Sully : Moi aussi.
Marie : Ça va être compliqué. Je vais faire du bruit, pour ainsi dire. Peut-être que je devrais revenir à la fin de votre journée de travail, on ne se dérangera pas comme ça.
Sully : Non ! Ce soir, j'ai un rendez-vous et j'ai besoin que tout soit propre.
Marie : Remarquez, moi non plus, je peux pas ce soir. Bon, ben, on va faire de notre mieux pour ne pas se gêner...
Sully (concentré) : Hmmm.
Marie (commence à ranger, jeter les emballages) : Et sinon, vous avez dit tout à l'heure que vous étiez homme d'affaires. C'est un métier, ça ? Ça veut pas dire grand-chose.
Sully : Pardon ?
Marie : Ben oui, c'est comme ceux qui disent « je suis responsable ». responsable de quoi ? D'un magasin ? Du nettoyage des chiottes ? De meurtre ?
Sully : Je suis gestionnaire grands comptes.
Marie : Ça veut toujours rien dire.
Sully : Pffffouuu … Je conseille des gens très riches dans la gestion de leur compte en banque. Voilà.
Marie : Ah oui c'est vrai que les gens très riches peuvent pas gérer leur argent tout seuls ! Et vous travaillez où ?