Un mémorable anniversaire

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Maman fête aujourd’hui ses 77 ans, mais sa mémoire commence à lui jouer des tours. Ses enfants, Élisabeth, la vieille fille aigrie, Margareth, la petite dernière nymphomane, comédienne et Philippe, l’aîné, le parvenu, qui a réussi dans l’immobilier, se réunissent pour l’occasion. Qua va t-on faire de Maman et quel est ce Blum dont elle parle tant ? Un anniversaire riche en révélations inattendues et en règlement de comptes.

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Un Mémorable Anniversaire

 Une vieille dame est assise à une table, en train de regarder de vieilles photos. Elle semble nostalgique. Sa fille Elisabeth rentre avec des courses.

Elisabeth – Bah, Maman ! Qu’est-ce que tu fais ? Je t’avais dit d’aller te préparer, ils vont bientôt arriver.

Maman – Qui ça ?

Elisabeth – Tes enfants, Maman, ma sœur et mon cher frère, Margareth et Philippe !

Maman – Qu’est-ce qu’ils viennent faire ?

Elisabeth – On fête ton anniversaire ! Je te l’ai dit tout à l’heure.

Maman – Ah ! Je ne me souviens pas. Ca me fait quel âge ?

Elisabeth – 134 ans, Maman !

Maman – Ah ! Je croyais que j’étais plus vieille que ça !

Elisabeth – 134 ans ! Tu réalises ce que tu dis ? Tu serais plus vieille que Jeanne Calment, notre française qui a été la doyenne de l’humanité. 134 ans, tu serais née au XIXème siècle, en… (elle réfléchit) 1890, la même année que De Gaulle.

Maman – Il a 134 ans De Gaulle ?

Elisabeth – Non, Maman ! Il est mort en 1970.

Maman – Je ne me souviens pas. Mais alors pourquoi tu me dis que j’ai 134 ans ?

Elisabeth – C’était pour te faire réagir, c’était pour rire.

Maman – C’est pas drôle, je l’aimais bien, moi, De Gaulle.

Elisabeth – Oui, d’accord ! Bon, Maman, qui est le Président de la République, en ce moment ?

Maman – Je ne sais pas, si c’est plus De Gaulle, c’est… (elle réfléchit).

Elisabeth – Bien après De Gaulle !

Maman – Je sais, je sais… Pompidou !

Elisabeth – Ca c’était juste après De Gaulle, après il y a eu Giscard.

Maman – Ah oui ! Celui qui se prenait pour un monarque !

Elisabeth – Toi qui est une fan de la monarchie anglaise, tu devais bien l’aimer Giscard, non ?

Maman – Ah non ! Moi j’aime les authentiques, pas les ersatz !

Elisabeth – Bon ! Après Giscard, il y a eu… ?

Maman – Bokassa !

Elisabeth – Mais non, Maman, tu mélanges tout ! Ca c’était le Président de Centrafrique dont on dit a dit qu’il avait offert des diamants à Giscard. Non, après Giscard, c’était, Mi, Mi… ?

Maman (elle rit) – Michou !

Elisabeth – Concentre-toi, un peu ! Mitterand !

Maman – Ah, non ! Celui-là, je ne peux pas le voir, ce Machiavel !

Elisabeth – Peut-être, mais on l’a eu pendant 14 ans. Ensuite, le grand avec un long nez ?

Maman (elle rit) – Pinocchio !

Elisabeth – Ecoute, fais un effort ! Tu l’aimais bien celui-là parce qu’il raffolait de la tête de veau comme toi, tu le trouvais chaleureux parce qu’il serrait la main à tout le monde.

Maman – Non, je ne sais plus.

Elisabeth – Chirac !

Maman – Ah ! Il aimait la tête de veau ?

Elisabeth – Oui !

Maman –  Alors ça devait être un bon Président.

Elisabeth – Et après Chirac ? Celui-là, tu ne peux pas l’oublier. Le petit agité qui semblait monter sur piles, il te faisait rire.

Maman – Bernard Tapie ?

Elisabeth – Non, lui il a fait une pub pour des piles, c’est vrai, mais je te parle du petit nerveux qui s’est marié pendant son mandat avec un mannequin, chanteuse.

Maman – Danielle Darrieux ?

Elisabeth – Mais non ! Danielle Darrieux n’a jamais été mariée avec un Président de la République, elle n’a jamais été mannequin, elle a peut-être chanté un peu, c’est tout !

Maman – Je ne sais pas !

Elisabeth – Sarkozy ! Nicolas Sarkozy !

Maman – Connais pas !

Elisabeth – Bon, et maintenant ? Celui qui a succédé à Sarkozy ? L’homme normal !

Maman – John Wayne ?

Elisabeth – Mais, non Maman ! Ça c’est « L’Homme Tranquille » c’est le titre d’un film de John Ford, et John Wayne, c’est un acteur !

Maman – Et alors ! Ronald Reagan aussi il est acteur, et il a été Président de la République !

Elisabeth – Bien ! Tu as quand même quelques souvenirs. Mais John Wayne et Ronald Reagan, ils sont américains, pas français !

Maman – Ah ! Peut-être !

Elisabeth – C’est pas peut-être, c’est sûr ! Non, le Président de la République actuel, c’est Hollande.

Maman (elle rit) – Mais Hollande, c’est un pays, ma chérie ! Tu débloques, toi aussi ! Ah bah ça me fait plaisir, il n’y a pas que moi !

Elisabeth – Hollande, c’est son nom, Maman ! François Hollande.

Maman – Ah oui, celui qui va voir sa maîtresse en scooter ?

Elisabeth – Oui, c’est ça, Maman.

Maman – Elle est très mignonne sa maîtresse. J’ai vu sa photo dans « Point de Vue ». On se demande ce qu’elle lui trouve.

Elisabeth – Le pouvoir rend beau, Maman ! Et le petit nouveau qui a succédé à Hollande ?

Maman – Ah celui-là, je sais ! Macro ! Celui qui a épousé sa Maman.

Elisabeth – Macron, Maman, Macron ! Et il n'a pas épousé sa maman, il a épousé une femme plus âgée que lui, c'est tout !

Maman – 24, ans de différence d'âge, je l'ai lu dans "Point de Vue".

Elisabeth – Si c'était lui qui avait eu 24 ans de plus, personne n'aurait trouvé à redire. Leur amour doit être fort en tout cas, après tous les sarcasmes qu'ils ont dû subir.  Et puis l'amour n'a pas d'âge…

Maman – Les Français sont des veaux, c’est De Gaulle qui l’a dit. Mais où va-t-on ?

Elisabeth (pensive) – Ça, je me le demande…

Maman – Tu ne m’as toujours pas dit quel âge j’avais.

Elisabeth – 88 ans. Tu es de 36, Maman ! C’est facile à se rappeler, 1936, le Front Populaire, les congés payés.

Maman – Blum !

Elisabeth – Oui, bien maman, Léon Blum, exactement !

Maman – Je l’ai bien connu.

Elisabeth – Non, tu n’as pas pu connaître Léon Blum, il était Président du Conseil quand tu es née et il a dû mourir vers 1950, tu avais 15,16 ans. Tu dois confondre avec Mr Blumenthal, le professeur de violon qui était notre voisin, rue des Pyrénées.

Maman – Ah ! On a habité dans les Pyrénées ?

Elisabeth – Non, on habite Paris, on a toujours habité Paris, on est des Parigot, pure souche !

Maman (elle rit) – Parigot, tête de veau ! Oui Mr Blumenthal, je me rappelle maintenant, ses élèves nous cassaient les oreilles.

Elisabeth – Voilà ! Eh bien, c’était rue des Pyrénées dans le 20ème. On sonne à la porte. Ça y est, les voilà ! Et tu ne t’es pas changée, tant pis maintenant, reste comme ça, c’est trop tard.

Maman – Mais je suis très bien, moi, en robe de chambre et en pantoufles.

Elisabeth – Oui, mais c’est moi qui vais me faire engueuler par Philippe, tu sais comment il est. Je vais ouvrir.

Maman – Par qui ? Elisabeth ne répond pas. Margareth entre, c’est la benjamine de la famille.

Margareth – Bonjour sœurette, bonjour ma petite Maman.

Maman – Bonjour, ma chérie, tu es toujours la plus belle, toi !

Elisabeth – Bah oui, puisque c’est moi la plus moche !

Margareth – Oh, sois pas ridicule ! A sa mère. Au fait, ça te fait quel âge ?

Maman – 134 ans ! (Margareth la regarde interloquée). Oui, je suis de 90, comme De Gaulle.

Margareth – Ah bon !

Elisabeth (imitant Margareth) – Ah bon ! Mais tu es complètement abrutie, elle a 88 ans, elle est de 36, c’est quand même pas compliqué à se rappeler !

Margareth – Excuse-moi, t’énerve pas ! Oui, c’est vrai 36, le Front Populaire, les congés payés, Léon Blum.

Maman – Oui, je l’ai bien connu.

Margareth – Ah bon !

Elisabeth (l’imitant) – Ah bon ! Mais arrête de dire « Ah bon ! » tout le temps ! Elle n’a pas pu connaître Léon Blum, elle confond avec Mr Blumenthal !

Margareth – Ah bon !

Elisabeth (se rapprochant de Margareth) – Oh, mais tu as fumé, toi ?

Margareth – Oui, je me suis pris 2 joints avant de venir, ces réunions de famille, ça me rend toujours nerveuse, j’ai besoin de me détendre avant.

Elisabeth – Je te remercie ! Je ne savais pas que l’on t’imposait un calvaire. Mais tu sais, tu n’étais pas obligée de venir si c’est trop pénible pour toi.

Margareth – Non, mais ce n’est pas ce que je voulais dire, je vous adore, mais Philippe et toi, c’est toujours un peu tendu, reconnais-le !

Elisabeth – Avec toi aussi, non ? Il t’en a balancé des vertes et des pas mûres la dernière fois.

Margareth – Oui, mais moi ça me passe au-dessus.

Elisabeth – Bah voyons, quelques joints et tout baigne ! Si c’est comme ça que tu...

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