La Tombola du Tigers Club
Une pièce de Vincent FAYET
Comique – Tout public
Durée : 1 H 30
Mail de l’auteur : v.fayet42@gmail.com
Personnages : (3 femmes – 2 hommes)
Léon Gilibert de Frontignac : Colonel de l’Armée de Terre, très rigide, un léger penchant pour le Whisky.
Miria Silverman : Veuve richissime ayant hérité de la fortune de son mari.
Armand Leduc : Notaire véreux, adore fouiller dans le passé des gens.
Julie Lefevre : Agent immobilier, ambitieuse, prête à tout pour réussir.
Ghislaine Perroit : Institutrice à la retraite, très idéologue.
Dans une petite association caritative, cinq bénévoles se réunissent pour organiser une tombola au profit d’orphelins d’un pays lointain. Très vite, la soirée vire au champ de bataille : un colonel maniaque de la discipline, un notaire roublard, une riche veuve naïve, une institutrice idéologue et une agente immobilière ambitieuse s’écharpent pour un oui ou pour un non. Entre chamailleries, ego froissés et révélations embarrassantes, l’ambiance se tend encore lorsqu’un tableau prétendument sans valeur refait surface. Derrière les rires et les piques, un véritable scandale se prépare : détournement d’argent, chantage et trahisons. La tombola devait sauver des orphelins… elle risque surtout de faire exploser le Tigers Club.
Décor : Un local d’une association caritative, avec une entrée et une sortie vers une pièce attenante.
Mobilier et accessoires : Une table, 5 chaises, du petit mobilier de bureau. Une reproduction d’un tableau de Modigliani en 3 exemplaires.
Acte 1
Scène 1 : Léon, Armand, Julie, Ghislaine, Miria
Léon : (s’affairant à ranger différentes affaires dans la pièce, une musique militaire en fond sonore. Il en profite pour cacher une bouteille de whisky à ses pieds après en avoir bu une bonne rasade). Encore en retard. Pas un pour rattraper l’autre. Je vais te remettre de l’ordre dans ce foutoir. Sur la tête du Grand Charles, je vais te faire filer ce beau monde et les mettre au pas…
(Entrée d’Armand, au pas sur la musique militaire, une sacoche à la main).
Armand : (le saluant de façon militaire) Mes respects, mon général !
Léon : Arrête avec ça, Armand, tu me fatigues. Tu peux pas changer de registre ? Je te rappelle que je suis colonel, pas général !
Armand : Encore quelques années et quelques petites batailles héroïques dans tes bureaux parisiens et tu seras nommé Général, j’en suis sûr.
Léon : Ne rigole pas avec ça, c’est très sérieux…
Armand : Avec tes compétences en cirage de pompes auprès de tes supérieurs au ministère des Armées, ça ne devrait pas tarder : Général Léon Gilibert de Frontignac. Ça, ça en jette !
Léon : Armand ! Je ne te permets pas de salir l’institution qu’est notre grande armée ! Je te conseille de garder tes réflexions déplacées pour toi, le petit notaire de province prétentieux.
Armand : Oh ça va, Léon, détends-toi, je plaisante. Avec l’âge, je pensais que tu supporterais un peu mieux l’humour.
Léon : Bien vaseux, ton humour. Et pense à renouveler ton répertoire, ça devient répétitif.
Armand : Oui, j’y réfléchirai. A part ça, ça va mon Léon ? T’es tout seul ?
Léon : Ben non, regarde, je suis venu avec mes fantassins et mes colonnes blindées ! Ben oui, je suis tout seul ! Tu as vu l’heure ? Les autres sont encore en retard.
Armand : On n’avait pas dit 20 heures ? J’ai pas l’impression qu’ils sont si en retard que ça : il est 19 heures 50 !
Léon : L’heure, c’est l’heure. Et je ne vois pas comment on peut commencer une réunion à 20 heures précises en se pointant à 20 heures. Chacun va se bisouiller, parler de la pluie et du beau temps, bref, on va encore perdre un temps infini en palabre. C’est insupportable !
Armand : Se dire bonjour, on appelle cela de la courtoisie, mais cela ne doit pas faire partie de ton répertoire comme tu dis.
Léon : Et tu crois que sur un champ de bataille, on va aller, fleur au fusil, bisouiller l’ennemi, genre ‘’smac, smac, tu-vas-biennn ?’’
Armand : (en criant et en allant se cacher) Attention ! Tous aux abris, l’ennemi arrive.
Léon : Fais le malin, tu m’as très bien compris.
Armand : Non mais c’est toi ! Tu as l’art de tout transformer en conflit armée. Le militaire dans toute sa splendeur !
(Entrée de Julie, très fière d’elle, un peu essoufflée)
Julie : Coucou tout le monde. J’ai fait super vite et pour une fois, vous avez remarqué, je suis en avance.
Armand : Salut Julie. Je serais toi, je ne crierai pas victoire trop vite. Le temps que tu nous dises bonjour, tu seras en retard…et ça va te couter cher…j’en connais un qui est sous pression comme une cocotte-minute.
Julie : Ah bon ? Léon est stressé ? Comme c’est bizarre…
Léon : Bonsoir Julie. Ne l’écoute-pas. Ce soir, je ne sais pas pourquoi, il a décidé de m’emmerder. Mais si ça continue, je vais lui faire passer l’envie de se foutre de ma gueule à coup de pied aux fesses.
Armand : (le prenant par l’épaule) Détends-toi Léon. C’est cette réunion qui te met dans cet état ?
Julie : Bonjour l’ambiance ! Je vois que nos vieux mâles virils ont encore la testostérone en ébullition !
Léon : Ah ça, c’est très intelligent comme remarque !
Julie : C’est plutôt un compliment…vu vos âges…
Armand : Nos âges ? J’ai l’air aussi vieux que Léon ? Et crois-moi, mon taux de testostérone est au beau-fixe. Tu veux vérifier ? (Armand se colle à Julie)
Julie : Calmos, le beau coq. On essaie de se tenir devant une femme !
Léon : Quant à moi, figure-toi que j’en suis fier de mon âge ! L’âge de la sagesse.
Armand : Comme tes dents…enfin celles qui te restent…
Léon : Mais je vais lui en coller une ! Espèce d’enfoiré !
Julie : Eh oh, c’est pas bientôt fini vos gamineries ? Non mais sérieux ! Si ça continue, je me barre. J’ai déjà pas beaucoup de temps à moi avec mes dossiers en cours. Tiens, à propos, je vous ai parlé du loft que je viens de rentrer, avenue Victor Hugo ? Une affaire en or, 800 000 euros, des prestations de fou, avec piscine intérieure, spa, 3 chambres, 8 salles de bains…
Armand : Ah oui ? 8 salles de bains pour 3 chambres ? Ils prévoient de mettre des lits de camp dans les baignoires pour faire dortoir ?
Julie : Oh ça va ! T’y connais rien à l’architecture moderne !
Léon : Bon, elles font quoi les deux autres ? Incapable d’arriver à l’heure !
(Entrée simultanée de Ghislaine et Miria, sacs de grandes marques à la main. Dans un des sacs de Miria se trouve le Modigliani bien emballé)
Miria : Bonsoir les amis. Vous allez bien ?
Ghislaine : Bisous bisous tout le monde…Je crois que vous n’attendiez plus que nous. On a fait super vite, hein Miria ?
Léon : (d’un air ironique) Oui oui, c’est ça, bisous bisous ! Vous avez vu l’heure ?
Ghislaine : Oui, il est 20 heures…pile à l’heure. Je te l’avais dit, Miria, qu’on serait dans les temps.
Léon : 20 heures et 5 minutes ! C’est ça que vous appelez « pile à l’heure » ?
Miria : Qu’est-ce qu’il a ce soir, notre Général ? Il n’a pas digéré sa sousoupe ?
Léon : On avait dit 20 heures. Avec l’héritage que t’a laissé ton mari, il n’y avait pas de quoi t’acheter une montre ?
Miria : Moi, regarder l’heure, ça me stresse. Georges m’avait bien acheté 2 ou 3 Rolex en or massif, mais je les porte juste pour faire joli, je ne sais même pas si elles sont à l’heure.
Ghislaine : (s’adressant à Julie) Regarde ce que Miria vient de m’offrir (elle sort une belle robe en paillettes d’un des sacs de course) Comment tu la trouves ? Elle me va bien, non ?
Julie : Ohhh elle est magnifique. Je te vois bien avec, en train de faire la classe à tes élèves de CE2.
Ghislaine : Mais tu ne vois pas que c’est une robe de soirée ? Et tu as dû oublier que je suis à la retraite.
Julie : Où avais-je la tête ? Bien sûr, c’est pour tes soirées au bal des associations écologiques décroissantes. Tu vas faire sensation au milieu des babacools soixante-huitards attardés et des hippies éleveurs de chèvres dans le Larzac.
Ghislaine : Tu vas pas recommencer avec ça. Je te rappelle que l’économie mondialiste est en train de tuer notre planète à petit feu et que l’écologie est la solution pour sauver le monde au 21e siècle…
Léon : (en train de bouillir d’impatience) STOP ! Vous êtes parties où, là ? Vous n’êtes pas venues ici pour faire de la politique ! De toute façon, on ne vous mettra pas d’accord et l’écologie n’est pas le thème de la réunion de ce soir.
Ghislaine : Ecoutez-le, l’Amiral ! Léon, nous ne sommes pas tes petits soldats, alors si tu pouvais baisser d’un ton, ça nous ferait plaisir.
Armand : Léon a raison. Vos histoires de chiffon peuvent bien attendre. On a quand-même un peu de boulot ce soir, alors si on pouvait s’y mettre. Général Gilibert de Frontignac, nous t’écoutons.
Julie : Ça y est, t’as eu ta promotion, tu as été promu “Général” ? Super, depuis le temps que tu l’attendais. Allez « Santé » on arrose ça.
Armand : Oh la gaffe ! Je viens de remettre une pièce dans le jukebox. Non non, Julie, Léon est toujours colonel. Mais on croit en toi, Léon. Tu vas y arriver, on en est persuadés, hein les filles ?
Julie : Désolée, Léon, je ne voulais pas te vexer. L’année prochaine, on t’appellera Général, c’est sûr.
Léon : Bon, ça va, je vais m’en remettre. Alors, on la commence cette réunion ? Installez-vous, en rang par 2, et que ça saute.
Miria : Eh oh, doucement, là. Arrête de nous gueuler dessus, tu sais bien que je ne supporte pas le stress !
Léon : Pardon Miria … déformation professionnelle … installez-vous autour de la table, dans l’ordre qui vous convient. C’est mieux comme ça ?
(Tout le monde s’installe autour de la table, Julie et Armand s’installent l’un à côté de l’autre)
Armand : Et avec ça, qu’est-ce qu’on boit ?
Ghislaine : Ça, c’est bien les hommes : ils ne sont pas sitôt assis qu’ils sont déjà assoiffés !
Armand : Parce que d’après toi, la soif est de l'exclusivité des hommes ? Crois-en mon expérience, si tu savais le nombre de fois où j’ai vu des femmes saoules dans mon bureau.
Julie : Tu m’étonnes que tu les trouves saoules. Quand on va chez le notaire, on sait qu’on va se faire plumer, elles peuvent bien prendre un verre pour supporter le choc.
Armand : Supporter le choc, ça veut dire quoi ? Je n'ai jamais frappé personne, moi.
Julie : C’est pire, tu leur piques leur pognon.
Armand : Je ne fais qu’appliquer les taxes prévues par la loi…
Léon : Ça suffit,...