ACTE I
Cette pièce a régalé son public à ce jour et dépassé les 800 séances.
Une troupe l’a rejouée une seconde fois à 10 ans d’intervalle à la demande du public et des acteurs.
Nous sommes le mercredi 5 mai 2010. A l'ouverture du rideau, on voit apparaître un décor d'accueil d'une auberge de province. L'accueil consiste en un comptoir d'hôtel avec toutes ses clefs rangées derrière le comptoir. D'un petit salon d'attente avec un petit meuble sur lequel sont posées toutes les publicités des offices de tourisme de la région. Plusieurs portes bien étiquetées donnent accès soit à des toilettes, soit à l'étage qui va vers les chambres, soit à la salle de restaurant, etc. face à la scène, une porte à droite sert d'entrée de l'auberge, alors qu'à son opposé, tout droit devant, une porte donne vers les cuisines... Une fois le rideau ouvert, subitement, venant de la porte restaurant pour aller vers les cuisines, on voit passer Pépito qui répète tout le temps la même chose mais sans s'arrêter. Il porte dans la main un plateau que visiblement il ramène aux cuisines. Pépito est tout habillé de rose dont un short rose plutôt moulant. Bien entendu, il est très efféminé...
Pépito (Qui traverse la scène sans se retourner vers le public et en maugréant, gestes à l'appui) - Mon dieu, mon dieu, mon dieu... Encore une nappe à laver...
La scène reste quelques secondes sans qu'il ne se passe rien. Puis, alors que Pépito ressort de la cuisine sans son plateau, arrivé au milieu, il croise Jacot le patron qui vient s'installer derrière son comptoir.
Pépito (Encore énervé) - Mon dieu mon dieu mon dieu...
Jacot (Cool et relaxe) - Qu'est-ce que tu as mon petit Pépito à t'emballer comme ça ce matin ?
Pépito - C'est affreux. Ah ces sales gosses, je ne sais pas ce qu'il faudrait leur faire mais...
Jacot - Calme-toi Pépito, calme-toi !
Pépito (Affolé) - Tu te rends pas compte patron, ça se voit que c'est pas toi qui fait la lessive !
Jacot - Toi non plus Pépito, toi non plus. Il y a des machines pour ça non ?
Pépito (Qui se pose et souffle fort) - Mais c'est pas une raison patron. C'est pas une raison pour leur laisser tout faire...
Jacot (Qui veut comprendre) - Mais que t'ont-ils donc fait ces garnements. Je suppose que tu parles des enfants du jeune couple qui a passé la nuit chambre 214 ?
Pépito - Oui bien sûr. Ils ont renversé toute la carafe de chocolat sur la nappe...
Jacot (Rassurant) - Alors si ce n'est que ça, y'a pas de quoi en faire un drame. On va changer la nappe et puis voilà. Ce sont des choses qui arrivent avec les gosses.
Pépito (Dans un souffle très efféminé) - Pfff ! Je suis pas prêt d'en avoir, moi je te le dis patron...
Jacot (Qui regarde Pépito avec mansuétude) - Voyons Pépito, tu sais bien que ce n'est pas possible de toutes façons. Allez, va changer cette nappe.
Pépito (Qui part et quitte le champ de la scène par la porte restaurant) - Elle peut pas les tenir ses gamins la grosse ! ! !
Jacot (Qui n'a pas le temps de répondre à Pépito directement mais gronde) - Ce n'est pas avec ce genre de réflexion qu'on va retenir le client !
Alors que le calme s'installe un peu, Jacot prend son livre de réservation et énumère les noms des personnes qui doivent arriver dans la journée.
Jacot - (Texte qui peut être lu dans le livre. Il se parle à lui-même) Alors aujourd'hui, qu'avons-nous : Ah oui, c'est vrai : monsieur et madame le consul. Ils viennent à cette auberge depuis qu'elle a été créée il y a 30 ans et ont continué de venir même après que j'ai racheté. Il paraît qu'ils se sont rencontrés ici. Jacques et Jean-Pierre, comme tous les premiers mercredis du mois. Ah c'est vrai, il y a aussi toutes ces sœurs de la congrégation de la Célébration. Quelle idée pour des sœurs de venir dans un endroit comme le nôtre. Je n'ai pas bien compris la démarche de cette mère supérieure. Faut dire qu'elle avait l'air tellement perdue dans ses propres explications. Et puis qu'est-ce que l'auberge du Caramel doit accueillir encore aujourd'hui : voyons, voyons... Ah oui, il y a aussi le commissaire Bedet qui devrait passer nous voir. Il est sympa ce commissaire. Il s'arrête systématiquement chez nous dès qu'il a un stage dans la région... Bon, mais tout ce beau monde, c'est au plus tôt pour le début de soirée alors on a le temps. Je vais demander à l'entreprise de peinture qui nous refait la façade de mieux ranger son matériel, car un de ces jours, il y en a un qui va se prendre un pot de peinture sur la tête, je le sens... Je le crains...
Jacot se retire de son comptoir et se dirige vers la porte de sortie. Au bout de quelques instants, il revient suivi de toutes les sœurs qui arrivent dans un grand vacarme de paroles.
Jacot (Qui demande à très haute voix qu'on fasse le silence) - S'il vous plaît mesdemoiselles, je vous demande un peu de silence...
Sœur Natalène (Très hautaine) - Merci de ne pas nous appeler mesdemoiselles, vous serez très gentil. Ayez l'obligeance de nous appeler "Sœur". Je ferai les présentations plus tard...
Jacot (Un peu sidéré) - Bien madame ! Soeur madame comment ce sera pour vous ?
Natalène - Sœur Natalène. Pur dérivé de Nathalie. Je sens que vous allez me poser la question !
Jacot (Eberlué) - Euh non !
Natalène (Dans un franc-parler sec et direct et à très haute voix et redressant la tête) - Menteur !
Jacot (Qui n'en revient pas qu'une mère supérieure puisse avoir un tel langage autoritaire) - Ah bon !
Natalène (Très chef) - Alors voilà. Je vais vous présenter les sœurs de la congrégation comme ça on n'y reviendra plus ensuite.
Natalène se retourne vers les sœurs et se pose en chef de tribu qui dicte et ordonne.
Natalène (Haussant le ton pour se faire comprendre et s'adressant à toutes les sœurs) - Hep là ! Ecoutez-moi bien que je vous présente à monsieur le directeur de l'auberge du Carmel (Attention à bien prononcer très clairement Carmel en direction du public) qui vous dira ensuite la marche à suivre pour vos appartements privés...
Jacot (Qui tente timidement une rectification) - Auberge du Caramel madame ma sœur... Pas du Carmel...
Natalène (Qui n'a rien compris mais s'étonne qu'on puisse l'interrompre) - Dites donc, si ça vous gêne que je cause monsieur, faut me le dire hein. Je suis pas idiote. Je sais bien que c'est l'auberge du Carmel. D'ailleurs, vous feriez bien de vous dépêcher de finir de peindre la façade de votre restaurant, car en l'état, avec l'échafaudage et toutes les bâches. Il est bien malin celui qui arrive à lire "Auberge du Carmel"...
Jacot (Qui s'aperçoit que Natalène n'a rien compris) - Mais c'est que je vous explique ma ma ma ma... dame sœur Naquanaquananelle...
Natalène (Rassurante) - Mais faut pas vous troubler comme ça mon ami. J'ai passé l'âge de séduire les hommes de votre trempe. Et puis je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas l'impression d'être en danger avec vous !
Jacot (Qui comprend que la dame est très autoritaire et se décide donc à passer outre en s'adressant directement aux sœurs ravies) - Mesdemoiselles !...
Natalène - Je vous ai déjà dit pas "Mesdemoiselles"...
Jacot (Qui se décide à ne pas se laisser faire chez lui) - Donc ! Je disais mesdemoiselles que je suis très heureux en tant que directeur de l'auberge du CARAMEL de vous recevoir dans cet établissement pour votre court séjour. Le personnel et moi-même fera tout pour vous être agréables.
Natalène (Surprise) - Vous avez beaucoup d'aplomb mon ami. Mais passons.
Natalène (Sur un ton sec) - Alors voici sœur Patsy. Si vous avez des problèmes lombaires, c'est le moment ou jamais. Sœur Patsy a fait médecine pendant cinq ans en spécialité Kiné. Mais si vous vous avisez de l'ennuyer, elle est capable de vous faire un nœud avec vos bras dans le dos. A bon entendeur salut...
Sœur Patsy (Charmante) - Je suis ravie à l'idée de pouvoir me détendre dans votre honorable auberge...
Natalène - Je vous présente sœur Elodea. Sœur Elodea a la particularité de chanter dans sa douche... Et pas toujours des chants religieux. C'est son point faible. Sœur Elodea est jeune. Elle a un peu de mal à s'habituer aux us et coutumes de la congrégation... On va la briefer.
Sœur Elodea - Sœur Natalène est gentille avec moi. Elle est pleine de compassion. Ne vous inquiétez donc pas si par le plus grand des hasards vous m'entendez pousser la chansonnette. C'est juste un réflexe que je vais essayer d'abandonner au plus vite...
Natalène - Voici maintenant sœur Dominga... Où êtes-vous sœur Dominga ?
Sœur Dominga - Oui, je suis là...
Natalène - Bien montrez-vous enfin... Que diable !
Dominga (Qui a des difficultés pour se montrer à l'aubergiste) - J'ai une épine dans le pied et je ne peux bouger...
Natalène - Bien. C'est pas grave ! Sœur Dominga est en pleine période délicate et sa foi doute. Nous nous en sommes toutes aperçues et nous sommes là pour l'aider à surmonter cette épreuve... Alors soyez assez aimables de ne pas en rajouter si vous voyez ce que je veux dire...
Jacot (Qui fait la moue et ne comprend visiblement pas) - Ben c'est-à-dire que euh !
Natalène - Y a-t-il des questions ? Ah, autre détail, il nous manque sœur Aliona qui va nous rejoindre demain. Je vous expliquerai. Plutôt non, je n'ai aucune explication à vous fournir ! Ca ne vous regarde pas !
Elodea - Mais ma mère, je n'ai toujours pas compris...
Natalène (Très sèche) - Quoi encore ?
Elodea - Sommes-nous à l'auberge du Carmel ou à l'auberge du Caramel, car j'ai l'impression qu'il y aurait un malentendu !
Jacot (Qui tente un début d'explication mais se fait couper la parole) - Je veux justement...
Natalène - Dites donc sœur Elodea, c'est bien vous qui m’aviez aidée à rechercher sur internet l'auberge. Et si je ne m'abuse, vous avez bien lu comme moi "AUBERGE DU CARMEL" ? Non ?
Elodea - Oui ma mère, mais comme je vous l'ai plusieurs fois répété, les autres liens précisaient auberge du "CARAMEL" pour la même adresse...
Natalène - Mais c'est la première ligne qui compte sur votre ordinateur non ?
Elodea - Je vous avais bien précisé que je trouvais cela étrange...
Natalène (Qui se retourne presque violemment contre Jacot) - Ben alors patron, c'est quoi ce bin's ?
Jacot (Qui se sent vraiment agressé et se met à s'efféminer soudainement et de manière plus prononcée) - Mais enfin, depuis tout à l'heure j'essaie de vous le dire...
A ce moment, on voit Pépito qui traverse à nouveau l'accueil tout perturbé.
Pépito - Mon dieu mon dieu mon dieu. Jamais je n'y arriverai. (Il se retourne vers les sœurs) Bonjour mesdemoiselles. (Puis il repart comme si de rien n'était) Mon dieu mon dieu mon dieu...
Les sœurs restent comme stupéfaites et se regardent les unes les autres ! A ce moment, on doit par un jeu de scène approprié montrer que sœur Dominga vient d'avoir un grès grand doute. Elle se dégage donc du groupe et se retourne en direction de Pépito qui vient de quitter la pièce. Elle est restée visiblement abasourdie...
Dominga (En direction de Pépito et très surprise) - Jean-Pierre ? ? ? ! ! !
Elodea (Qui se rend compte qu'il vient de se passer quelque chose avec Dominga) - Qu'y a-t-il Dominga. Tu sembles toute troublée !
Dominga (Visiblement encore sous le choc) - Non, rien, je croyais avoir eu une apparition. Mais je me suis trompée...
Natalène (Autoritaire) – Allons, allons, mes sœurs, nous sommes en vacances certes, mais ne nous dispersons pas s'il vous plaît.
Jacot - Mesdames les sœurs, vous avez des bagages je présume...
Patsy (Moqueuse) - Oui monsieur le directeur, elles sont posées juste dans l'entrée. Elles sont si légères !
Jacot (Qui s'emballe et fantasme) - Mais un maillot de bain ne peut suffire pour deux jours... (Se reprenant) Euh pardon, excusez-moi, j'attends un autre groupe...
Natalène (Sévère) - Ne commencez pas à nous agresser mon vieux s'il vous plaît.
Elodea (Désabusée) - Dans tout ça, nous ne savons toujours pas le nom de l'auberge qui nous accueille...
Natalène - Si j'ai choisi l'auberge CARMEL, c'est parce que c'était un nom qui nous était prédestiné...
Jacot (Rectifiant) - Sauf que ce n'est pas Carmel, mais Caramel...
A ce moment, retour de Pépito qui ignore complètement les sœurs et s'adresse au patron.
Pépito - Mon dieu, mon dieu, mon dieu, un de ces quatre Patron, il va y avoir un mort ou un blessé dans cette auberge...
Jacot (Etonné) - Et pourquoi Pépito s'il te plaît ?
Pépito - Tout à l'heure, le sale môme qui a renversé le broc de chocolat sur la nappe s'est pris aussi le pied dans les échafaudages de la façade... Je vous le dis. Il va se passer quelque chose tellement c'est le foutoir ici...
Natalène (Consternée) - Monsieur de la Pépito, je vous prie de modérer votre langage. Vous avez devant vous des sœurs qui n'ont nul besoin d'entendre vos mots barbares...
Pépito - Mon dieu mon dieu, dans quel monde vivons-nous ! Bouh !
Pépito repart de plus belle en direction de la cuisine, sans avoir adressé de regard complaisant envers les sœurs qui étaient juste à côté de lui.
Dominga (Qui s'avance à nouveau, reprise d'un doute) - Ca alors !
Natalène (Maternaliste) - Allons allons Dominga, ce n'est pas parce que cet homme a été un peu vulgaire qu'il faut vous étonner. Serait-ce sa façon de parler qui vous dérange ?
Dominga - Non non, du tout ma mère. Mais...
Jacot (Invitant) - Madame la sœur directrice, je vous invite à venir voir le nom de l'enseigne de l'auberge dehors car je vois bien que vous ne me croyez pas...
Elodea - Hé bien moi, je veux en avoir le cœur net et je vais de ce pas vérifier dehors...
Patsy (Curieuse) - Moi aussi, je te suis Elodea....
Dominga - Je viens aussi.
Natalène (Gardant la main) - Ne vous affolez pas, je vous suis.
Les quatre femmes quittent l'accueil, laissant Jacot qui s'apprête à les suivre mais le téléphone va le retenir.
Jacot - Je viens avec vous et surtout soyez prudentes avec l'échafaudage (Téléphone) Excusez-moi deux secondes...
Jacot - Oui allô, auberge du Caramel j'écoute !
... - ...
Jacot - Bien sûr. Pas de soucis. Une chambre double pour 20 h 30. Ce sera à quel nom ?
... - ...
Jacot - C'est noté. Bonne journée et à ce soir monsieur...
Pépito repasse à nouveau.
Jacot (Retenant Pépito) - Ah Pépito, il faudrait monter les valises des sœurs dans leur chambre respective. De toutes façons, elles sont toutes au premier étage chambres 111, 112, 113, 114, 115. Je crois avoir compris que l'une d'elle arriverait plus tard.
Pépito (Etonné) - Elles ont chacune leur chambre ?
Jacot - Oui. Bien sûr. Pourquoi ?
Pépito - Ben dis donc, ils sont riches à l'évêché ! ! !
Jacot (Déconcerté) - De quoi je me mêle Pépito. Va vite faire ton travail s'il te plaît !
Pépito (Qui s'en va visiblement pour monter les valises) - Mon dieu mon dieu mon dieu. Quelle vie !
A ce moment, on entend comme un grand bruit de ferrailles mais Jacot, qui est habitué au chantier ne porte pas plus attention que cela.
Jacot (Râlant) - Ah ! ils sont pénibles parfois à faire autant de bruit avec leur échafaudage...
A ce moment, entre Marcello, le représentant de commerce qui a l'air tout affolé.
Marcello (Paniqué) - Bonjour Jacot...
Jacot - Bonjour Marcello... Qu'as-tu ? Tu sembles tout perturbé...
Marcello - Fais vite Jacot, je crois que l'échafaudage vient de s'effondrer...
Jacot (Qui se met à paniquer) - Hein ! Qu'est-ce que tu dis ?
Marcello - Non, enfin ce n'est pas l'échafaudage qui...