ACTE I
Scène 1
(Hall de l’hôtel Zanzibar.
Un bar avec une pancarte « Zanzi bar ». Derrière : un meuble avec les clefs de chambre, quelques boissons.
Côté jardin, au fond, des valises enchevêtrées. Devant la scène : deux fauteuils.
Décoration très “hawaïenne” avec cocotiers, poster d’océan, ambiance cosy, musique douce type western.
Une petite porte discrète se trouve à gauche du bar, côté cour.)
(Derrière le bar, VICTOR — le neveu de Rosette — essuie des verres en dansant maladroitement. C’est comique.)
(Tout à coup, côté cour, TOBY l’aspirateur surgit bruyamment. FANNY, qui le tient tant bien que mal, tente de l’arrêter en utilisant le fil comme un lasso. Elle disparaît côté jardin avec lui. VICTOR la regarde, abasourdi.
Puis FANNY réapparaît, tirant TOBY.)
FANNY :
Arrête Toby ou je tire sur le fil ! Attention, ah…
(ROSETTE et FÉLICITÉ entrent avec des paniers à la main. Elles s’arrêtent net en voyant la scène. L’aspirateur se calme et s’arrête. FANNY, cambrée en arrière, tient toujours le fil comme un lasso. TOBY ronronne deux fois, fait un soubresaut puis s’éteint.)
FANNY :
Tout doux Toby, tout doux. Mon bon Toby.
(VICTOR la regarde, hébété, verre et chiffon à la main. Il arrête la musique et regarde successivement ROSETTE, FÉLICITÉ, FANNY et l’aspirateur.)
VICTOR :
Alors là, Fanny, yipee ! Ça c’est du rodéo on the rock !
ROSETTE :
Ahah ! Elle l’a dompté. Enfin ! V’là Fanny sur son cheval fou !
FÉLICITÉ :
Fougueux, le canasson ! Hiha !
(FANNY se lève et tient TOBY “en laisse”.)
FANNY :
La fougueuse, c’est moi ! Non mais !
On peut aspirer à la liberté, il n’en reste pas moins qu’on ne met pas le cheval avant la poussière. Toby, au pied !
(Elle bombe le torse, fière.)
(ROSETTE et FÉLICITÉ posent leurs paniers et commencent à préparer un petit en-cas.)
VICTOR :
Il ne manquerait plus que les pistolets et on y est.
ROSETTE :
Ne dis pas ça. Si on lui en donne, elle va me flinguer les affaires !
FÉLICITÉ :
Avec ce vieux destrier… gare à son caractère.
FANNY (regard farouche vers Félicité) :
Eh bien moi je connais de vieilles carnes qui en ont aussi, du caractère !
FÉLICITÉ :
Victor, donne-moi une arme : cette vanne vaut bien un duel !
(Elles miment un duel au ralenti : pan pan !
Elles rient ensemble. ROSETTE et VICTOR rient aussi.)
ROSETTE :
Mon cher Victor, il faut dire que Toby est aussi un fin limier. Sans lui et sans Fanny…
FÉLICITÉ :
… sans Bonnie and Clyde…
ROSETTE :
Oui, sans eux, on n’aurait jamais attrapé le voleur de bijoux qui a sévi dans cet hôtel il y a six mois.
VICTOR :
Un voleur, ici ?
ROSETTE :
Oui, c’est une longue histoire.
(Elle parle très vite, presque sans respirer.)
L’ancienne patronne voulait vendre l’hôtel. Un client a volé par amour le collier d’une cliente, elle-même mariée à un homme valeureux et envahissant avec deux enfants bargeots — d’ailleurs leurs valises sont toujours là, ils sont partis au pôle Sud ou au pôle Nord, de toute façon ils avaient perdu le nord vu qu’ils ne savent pas où c’est — et la patronne voulait partir à Tombouctou, s’est barrée finalement à Zanzibar (d’où en partie le nom de l’hôtel, c’est une longue histoire) et tout s’est bien terminé grâce à mon Apollonius, parce que Toby a trouvé la perle et j’ai découvert le collier et tout s’est bien fini comme au théâtre. Et voilà !
FÉLICITÉ (déclamant comme un cri...