Ca va pas être facile
Seriez-vous prêt à faire n’importe quoi pour récupérer 35 milliards de dollars ?
Kévin, lui, a bien sa petite idée. Le seul souci est une clause résolutoire qui ne va pas être facile à respecter.
Seriez-vous prêt à faire n’importe quoi pour récupérer 35 milliards de dollars ?
Kévin, lui, a bien sa petite idée. Le seul souci est une clause résolutoire qui ne va pas être facile à respecter.
A l’ouverture du rideau, nous sommes un jour de semaine juste avant les fêtes de fin d’année, ce qui explique qu’il y ait quelques décorations et un tout petit sapin de noël à lumières fixes pour ne pas perturber les spectateurs.
Nous sommes dans le bureau d’une petite agence de communication et les décorations murales sont en réalité des rappels de publicité faites par l’agence et des slogans spécifiques. Les décos et les slogans sont à l’appréciation du metteur en scène. Mais il est important de faire une très grosse faute d’orthographe sur l’un d’eux qui rappelle : « Votre agence de comunication préférée » (un seul « m » pour attirer l’œil du public).
Il y a un grand meuble principal derrière le bureau de Kévin où sont rangés des dossiers et en haut duquel sont entassés des piles d’autres dossiers qu’on devine plus vieux.
La totalité de la pièce va se dérouler sur environ une heure trente en fin de matinée et (pour permettre l’entracte) au retour après le déjeuner. Il est 11 heures passées à la grosse pendule murale.
J’ai limité les didascalies à la façon dont j’imagine au moment de l’écriture les réactions des acteurs. Le metteur en scène a toute liberté pour faire déjanter encore plus ce texte résolument prévu pour ne surtout pas rester statique sur scène.
Kévin (Entrant avec dans ses mains le courrier. Il se parle à lui-même) – Pas grand-chose aujourd’hui. Voyons donc. (Classant sur son bureau ou à la poubelle). Ça, pub, poubelle. Ah, enfin une réponse de la société Raymond. J’espère qu’il y a le chèque dedans. Ça, pub, poubelle, ça aussi. Ça, c’est quoi ? Cabinet de généalogie, pub, poubelle. (Après un court instant, il récupère le courrier de généalogie, curieux.) Provenance Washington ? Qu’est-ce qu’ils ne feraient pas pour vous emmerder avec des pubs. Incroyable ! C’est ma première pub qui vient des USA. Voyons de quoi ça parle leur généRALOGIE ? (puis continue son tri). Bon, ça aussi, poubelle, celui-là ça doit être la confirmation du virement de l’autre imbécile… (Posant le reste sur le bureau il décide d’ouvrir la fameuse enveloppe du généalogiste et lit « en diagonale » pour survoler le message et à voix haute :
Cher monsieur Kévin Laigue blablablabla…. Nous avons le plaisir de vous informer que notre cabinet spécialisé en recherche de succession via la généalogie, blablabla… Nous aurons donc le plaisir de venir vous rencontrer chez vous à l’adresse ci-dessus mentionnée pour vous informer, blablablabla… le 22 décembre dans la matinée. Nous vous saurions gré d’accueillir avec amabilité notre représentant en France pour votre affaire remarquable et qui a tout particulièrement attiré notre attention. Blablablabla… Bests regards. Signé à la place et pour le compte de notre client James Hochey par Alan Bicker, President of the American Genealogical Society of Washington. (prononcer à l’anglaise Alanne Baillequeur).
Kévin (Décidé à jeter le courrier à la poubelle, se ravise quelques secondes après et le reprend pour lire un passage précis) – N’importe quoi, pfffff. Avant on était envahis de spams dans nos boîtes mails et aussi d’appels téléphoniques publicitaires intempestifs et maintenant ils envoient carrément des courriers papiers, sous enveloppes, ciblés avec notre nom et tout et tout (Jetant de nouveau le courrier). Ah les emmerdeurs. (Se ravisant une nouvelle fois) C’est quoi la date à laquelle ils doivent venir ? (Lisant) Le 22 décembre ? C’était hier ça, bande d’imbéciles. La preuve que c’est bien une connerie ! On est le combien aujourd’hui (Consultant sa montre) Ah non ! Le 22 c’est aujourd’hui. Ben ils s’emmerdent pas eux. Ils préviennent le jour même de leur venue. Ah les baltringues. (Hésitant.) Après tout, s’il débarque réellement aujourd’hui, je vais bien voir ce qui se passe. Le pauvre démarcheur qui va venir, il ne peut pas se douter que je chausse du 46 ! Mais puisque nous sommes presque à Noël, je vais y aller doucement. Lui aussi il faut qu’il rentre à la maison pour fêter Noël en famille. Et tant pis s’il a mal au derrière avec le coup de pied au cul qu’il va recevoir de ma part. (Machinalement, il jette négligemment le courrier dans la poubelle.)
C’est alors que débarque sans regarder dans le bureau, Aldo. Il semble tout affolé. Il ouvre très brutalement la porte du bureau de Kévin et se cache immédiatement derrière elle en fermant bien à clef. Positionné face contre la porte, donc dos tourné au public et à Kévin. Il respire très, très, fort et semble complètement paniqué. On entend des bruits violents de l’autre côté de la porte. Quelqu’un tambourine très brutalement et Aldo, de toute évidence est effrayé. Il crie qu’il ne veut surtout pas ouvrir. Il est débraillé et sa chemise est défaite, les cheveux hirsutes comme s’il s’était battu. Il crie au travers de la porte.
Aldo – Non, Madeleine, je ne veux plus te voir. C’est fini entre nous. Je t’ai déjà dit plein de fois que JE NE VEUX PAS d’enfant avec toi. Je ne suis pas une machine. Tu dois me respecter. Arrête de me harceler sinon je crie au feu. (Oreille collée sur la porte, il s’exclame enfin en se retournant vers Kévin sans le voir vraiment. Il est épuisé et cassé) Ca y est, elle s’en va enfin. (Se parlant tandis que Kévin qui, pourtant est là, l’observe avec stupéfaction) Il ne faut jamais crier « au secours » sinon tout le monde s’enferme chez soi. Il faut crier « Au feu » comme ça tout le monde sort de chez lui pour voir ce qui se passe. Ouf ! (Il s’adresse alors à Kévin, s’imaginant qu’il parle à une autre femme) Tu sais, ma biche, je te l’avais dit que ce n’était pas une bonne idée de faire semblant de sortir avec cette meuf hyper friquée sous prétexte qu’on pourrait en tirer plein de pognon… (Réalisant qu’il ne parle pas à une femme mais à Kévin resté scotché à l’écouter depuis son entrée). Mais vous êtes qui vous ? Vous n’êtes pas ma bibiche ? Qu’est-ce que vous faites chez ma maîtresse, vous ?
Kévin (Etonnamment calme) – Je ne sais pas ce qui vous arrive mon brave monsieur que je ne connais pas, mais j’ai comme l’impression que vous vous êtes trompé de porte. Ici, je suis chez moi, dans le bureau de MA société qui s’appelle « PUB’Com’ » ! Alors vous seriez assez aimable de ressortir de chez moi et d’aller piquer votre crise de Biche ou Bibiche, ailleurs.
Aldo – Mais monsieur, je ne vous permets pas de venir sans mon autorisation chez Alix. Alix s’appelle effectivement Bibiche dans l’intimité. D’abord où est Alix ? (Il appelle fort en espérant une réponse) Alix ? Alix mon cœur, ma bibiche, tu es où ? Viens ma biche et explique-moi ce que ce monsieur fait dans ton appartement, et pourquoi tu as complètement changé la déco ?
Kévin – Ici vous êtes chez moi comme je viens de vous le dire et je ne sais pas qui est votre Hélice (Hélice), mais je m’en fous complètement. Alors soyez gentil de repartir immédiatement.
Aldo (Qui s’emballe aussitôt, comme un Italien au sang chaud. Il se jette sur Kévin prêt à lui casser la figure) – Mais je vais te faire ta fête, toi, si tu touches à mon Alix. Espèce d’abruti.
Alors que les deux en viennent aux mains, on frappe très fort à la porte. Les deux se calment et écoutent ce qui se passe. Kévin comprend que la porte est verrouillée et Aldo se met à avoir de nouveau peur au point de se cacher derrière Kévin, tremblant.
Kévin – Forcément, la porte est fermée à clefs, donc plus personne ne peut plus entrer. Qu’est-ce qui vous a autorisé à fermer ma porte d’entrée à clef, espèce de sale mec. Et d’abord arrêtez de me coller comme ça. Je ne sais pas si c’est vous, mais ça pue la sueur. (Il se prépare à déverrouiller) Je vais ouvrir.
Aldo (Reniflant ses aisselles, surpris, à genoux, suppliant Kévin de ne pas ouvrir) – Je vous en supplie monsieur le directeur de pub, n’ouvrez pas. Pitié, pitié, pitié. Je ne veux pas mourir aujourd’hui. Je suis certain que c’est Madeleine qui revient pour me tuer. Elle est peut-être armée. Elle va tirer sur tout ce qui bouge. (Soudain joyeux et ragaillardi) Si ça se trouve elle va se tromper et elle va tirer sur le premier qu’elle va voir. C’est qu’elle a le sang chaud la meuf. Alors si c’est vous qui ouvrez, vous allez peut-être vivre la dernière ouverture de porte de votre vie. Pitié, ne me laissez pas mourir tout de suite. Je suis trop jeune pour quitter la vie. J’ai encore plein de bons coups à faire.
Kévin (Alors que ça tambourine, Kévin s’abstient et vers Aldo, il réfléchit tout haut) – Vous croyez vraiment qu’elle peut s’en prendre au premier qui va ouvrir ? Vous faites un drôle de couple, vous deux. Dans ce cas, monsieur, je vous prie de bien vouloir débarrer vous-même MA porte d’entrée. TOUT DE SUITE. (Empoignant énergiquement Aldo, tel un condamné qu’on envoie à la guillotine.) Dépêchez-vous, sinon j’appelle les flics !
Aldo (Avançant tellement lentement qu’on peut compter ses pas,) – Mama mia. Aldo il était brave dans la vie avant de mourir si atrocement. Mama mia. Qu’est-ce qu’il a fait Aldo pour mériter une mort aussi atroce. C’est con quand même de mourir simplement parce qu’on ne veut pas d’enfant avec un thon qui pèse 500 kg de large !
Kévin – Si je comprends bien vous vous appelez Aldo. Vous ne seriez pas un peu italien, vous ?
A cet instant, le téléphone portable de Kévin retentit et Kévin se précipite pour répondre.
Tél. - …
Kévin – Comment ça tu es derrière la porte et tu ne peux pas entrer ?
Tél. - …
Kévin – Ben oui, c’est normal que tu entendes des voix derrière la porte puisque je suis avec quelqu’un. (Kévin va vers la porte et la déverrouille, laissant entrer Camille). Ben voilà Camille, pas la peine de s’énerver. Maintenant c’est ouvert, je t’en prie, entre.
Camille (Elle se jette dans les bras de Kévin, qui ne s’y attendait pas et reste très distant, surpris par Camille qu’il ne veut pas tenir dans ses bras restés en l’air.) – J’ai eu tellement peur. Tout va mal aujourd’hui. La journée commence très mal. Camille quitte les bras de Kévin, se nettoie les yeux qui avaient pleuré et s’emballe) – Mais comment ça se fait que tu t’enfermes maintenant. C’est parce que tu étais avec ce monsieur. Et pourquoi le monsieur que je ne connais pas est-il si débraillé. Qu’est-ce que vous étiez en train de manigancer ou de faire avec la porte fermée ? Kévin, ne me dis pas que… ?
Aldo (Eberlué et s’adressant avec humour à Kévin) – Ah parce que vous aussi, vous avez une maîtresse ? Bienvenue au club ! Et vous en avez plusieurs ?
Kévin – Mais ça va pas bien dans votre tête, monsieur, enfin Aldo je veux dire. Camille n’est pas ma maîtresse… Elle ne l’a jamais été.
Camille (Au public) – Pas encore. Quand il va savoir que mon mari veut me quitter…
Aldo – Elle cause toute seule la dame. Vous êtes charmante madame. C’est à vous tout ça ?
Camille (Qui ne comprend rien) – Tout ça quoi ? De quoi parlez-vous cher monsieur qui s’enferme avec Kévin, mon patron dans un bureau pour faire je ne sais quoi…
Aldo (Avec un petit air coquin italien) – Mama mia. Mais je parlais bien sûr de toute cette beauté que vous portez. Ce n’est pas trop dur d’être aussi jolie madame ? Ah mama mia ! Si vous voulez que je vous aide à porter cette beauté, Aldo il est là pour aider les jolies femmes perdues qui pleurent dans les bras d’un inconnu. (Vers Kévin) Inconnu qui a l’air de s’en foutre.
Kévin – Mais ça suffit pour aujourd’hui. Laissez donc tranquille ma comptable, je vous prie. Et surtout barrez-vous de chez moi. Vous n’avez rien à faire ici. Allez voir votre Bibiche et vous faire tuer par votre Alix et ne revenez plus jamais dans mon bureau. Non mais !
Camille – Ah parce que Kévin, tu ne connais pas ce monsieur ? De mieux en mieux. Tu prends le premier venu ou quoi ?
Kévin – Stoooop ! Chacun chez soi. Et puis Camille, comment se fait-il que tu arrives ici, en pleurs et sans m’avoir prévenu. Tu as un souci avec mes comptes ? Je veux bien entendre ta misère, mais tout de même, ton attitude laisse supposer des choses !
Camille – Si je n’en avais qu’un seul souci, ce serait merveilleux !
Aldo – Ah je crois que la dame elle est venue régler vos comptes, ça c’est sûr.
Camille – Espèce de sale dragueur. Qu’est-ce que vous faites encore ici, d’abord ? Kévin vient de vous demander de vous casser.
Aldo (A Camille) – Mais Aldo il ne comprend pas. Aldo il était poursuivi par une femme qui veut absolument que je lui fasse un enfant et Aldo il ne veut pas faire un enfant avec elle. Elle est déjà assez grosse comme ça. Alors Aldo il est rentré en courant chez Alix, sa bibiche, pour se protéger et il découvre qu’Alix a disparu et que quelqu’un d’autre vit dans son appartement… Du coup, Aldo il est perdu. Aldo il ne comprend pas ce qui lui arrive… Mama mia !
Kévin – C’est complètement dément ce qui se passe. J’arrive au boulot tranquillos puisque nous sommes en pleine trêve des confiseurs et vlan, je me retrouve avec plein de trucs bizarres auxquels je ne comprends rien du tout. C’est ahurissant la façon dont démarre cette journée.
Camille – Soyons clairs. Je suis comptable et j’aime bien quand tout est carré. Kévin, tu connais ou tu ne connais pas ce monsieur ?
Aldo – Si Aldo, il comprend bien, vous êtes sa charmante comptable mais vous le tutoyez ? C’est louche, non ? C’est pas trop carré ça. Et une comptable qui ne sait pas compter comme il faut…
Kévin – Mais qu’est-ce que ça peut vous faire ? Camille et moi on se connaît depuis le lycée. Ce n’est pas parce qu’on a eu une fois une petite idylle amoureuse d’adolescents qu’on couche ensemble.
Camille (Dépitée au public) – Qu’est-ce que ça peut être con un mec quand ça veut pas comprendre ?
Kévin (A Camille) – Tu dis quoi, là, Camille. Que monsieur est un con ? Tu as raison, je confirme.
Aldo – Mais si vous êtes en manque d’affection, jolie mademoiselle, Aldo, il peut vous rendre service. Et c’est gratuit, mais il y a des limites quand même.
Camille – Vous m’agacez monsieur Mado avec vos baratins. C’est passé de mode. Donc, vous vous réfugiez ici en pensant que c’est chez vous, c’est ça ?
Aldo – Aldo jolie mademoiselle, pas Mado. Aldo ! Et vous vous trompez, je ne débarque pas chez moi, mais chez mon autre maîtresse. C’est pas pareil. Aldo il a plein d’appartements dans cette ville de (Citer le nom de sa ville si la troupe le souhaite).
Kévin – Mais vous en avez combien de maîtresses, alors ?
Aldo – Pas facile de répondre. Ça dépend aussi de la réponse de madame la comptable… Je l’ajoute ? Je l’ajoute pas ? C’est que ça varie assez vite mes comptes et mes décomptes.
Camille (Fixant Aldo et commence à le secouer) – Tu veux vraiment que je te dise ce que j’en pense ? Non ? Ben c’est mieux sinon tu risques d’avoir des soucis de reproduction si je m’énerve sur toi. CAPITO !
Aldo – Ma ! T’énerve pas ma belle. Je tente ma chance. Aldo il aime bien jouer avec les belles dames.
La sonnette retentit.
Kévin – Oh miracle, la sonnette fonctionne de nouveau. Depuis hier, je ne sais pas ce qui s’est passé, elle ne fonctionnait plus très bien. Faut dire que si tout le monde se met à taper comme des malades sur la porte, c’est normal que plus rien ne fonctionne.
Camille – C’est vrai que tout à l’heure j’ai voulu sonner et que ça ne fonctionnait pas. Mais comme je vous ai surpris dans une drôle d’affaire, je n’avais pas trouvé ça étonnant. Du coup, tu ouvres ou tu n’ouvres pas à tes clients, Kévin ?
La sonnette retentit une seconde fois avec un peu plus d’insistance. (Il doit y avoir un jeu de scène où chacun refuse d’aller ouvrir et se planque le plus possible.)
Kévin (A Aldo) – Puisque vous avez l’amabilité de nous quitter monsieur Aldo, ce serait bien que vous alliez ouvrir. Ainsi vous pourrez vous en aller et on verra qui est derrière la porte.
Camille – Je ne comprends pas pourquoi tu dis ça, Kévin. Tu es chez toi. C’est donc à toi d’aller...