Scène 1
Jean-Alain, Yolande.
Musique de salsa, le rideau s’ouvre. Un chat dort sur une chaise. Une enceinte Bluetooth posée sur la table diffuse de la salsa. Yolande l’assistante danse avec une vadrouille coté cour. Quelques minutes après, entrée de Jean-Alain, il porte deux petits cartons avec des bouteilles. Il reste planté et pantois en regardant danser Yolande.
Jean-Alain,
Hum hum. (Il toussote légèrement.) Hum, hum. (Un peu plus fort.) Hum hum. (Beaucoup plus fort. Pas de réaction de Yolande, il se dirige vers l’enceinte et l’éteint.)
Yolande, (se détourne et très surprise en voyant Jean-Alain, pousse un cri aigu.)
Aaaah. Vous m’avez fait peur…
Jean-Alain, (sursaute en entendant le cri de Yolande et sous le choc lui dit :)
C’est vous qui m’avez fait peur, ça va pas de crier comme ça. J’ai failli lâcher une caisse.
Yolande, (en regardant sa montre.)
Mais, qu’est ce que vous faîtes ici à 16H30 ? Vous ne devriez pas être dans votre restaurant pour préparer le service de ce soir ?
Jean-Alain,
Non, pour une fois je ne travaille pas ce soir. C’est mon second Marius qui me remplace, il est très talentueux et très professionnel.
Yolande, (au public.)
C’est surtout un beau gosse, fondant, croquant. (Elle minaude. Puis en mode drague.) Et pourquoi, vous ne travaillez pas Jean-Alain ? Vous avez d’autres projets ? (Elle lui tourne autour.)
Jean-Alain,
Oui, avec ma femme, nous sommes invités chez nos amis les …
Mais pourquoi je vous dit tout ça moi, cela ne vous regarde pas que je sache.
Yolande,
Excusez ma curiosité, Jean-Alain, je ne pensais pas être indiscrète. Je suis confuse et … (Il lui coupe la parole.)
Jean-Alain,
Est ce que je vous demande si votre grand-mère fait du vélo. Vous n’avez donc rien d’autres à faire ? Aller, ramassez moi votre enceinte. (Elle s’exécute et file vers la cuisine.) Vous n’oubliez rien ? (Elle le regarde bêtement.) Votre balai. (Elle le ramasse maladroitement. Il la regarde désabusé filer vers la cuisine puis pose les deux cartons sur la table. Elle ressort avec un listing.)
Yolande,
Ah sinon Jean-Alain, j’ai le listing des participants au cours de cuisine de demain.
Jean-Alain,
Ah merci Yolande. Voyons voir le gratin. (Il lit le nom des participants en marmonnant.)
Six personnes, c’est très bien, on pourra les faire travailler par équipes de deux.
Yolande,
C’est vous le chef Jean-Alain, c’est vous qui décidez...
Jean-Alain,
Oui. Et justement pour prendre un peu d’avance sur le cours de demain, je vais déjà préparer la sauce pour le poisson.
Yolande,
Et ce sera quoi cette fois ci ? Parce que la dernière fois, votre sauce était parfaite, quel talent Jean-Alain. (Il sort du carton une fiole, une deuxième, et une petite boîte en plastique.)
Jean-Alain,
Dans cette fiole j’ai du jus d’oignon et dans celle ci du jus de citron, comme tu le sais, le jus d’oignon est agressif pour l’œsophage et peut provoquer des brûlures, alors pour atténuer cette agressivité, j’y ajoute du gingembre en poudre.
Yolande,
Ah, Jean-Alain, c’est très intéressant. Surtout que le gingembre est reconnu pour ses vertus aphrodisiaques. (Elle lui fait les yeux doux.)
Jean-Alain, (faisant semblant de ne pas l’avoir entendu.)
12cl de jus d’oignon, 10cl de jus de citron et une bonne pincée de poudre de gingembre mélangés dans 40cl de vin blanc. Ensuite, on laisse macérer le tout toute la nuit au frigo. Et demain matin, j’y ajouterai les œufs et le beurre. (Il sort du carton une bouteille et un tire bouchon.)
Yolande,
Ah, Jean-Alain, c’est très très intéressant. (Elle continue à lui faire les yeux doux.)
Jean-Alain,
Pendant que j’ouvre la bouteille, peux tu aller me chercher un verre ?
Yolande,
Mais avec grand plaisir Jean-Alain. (Elle se dirige vers l’enfilade en tournant du cul et prend un verre. Il la regarde sans réaction et débouche la bouteille.)
Jean-Alain,
Tiens, pose le là. (Il le remplit, le boit lentement mais cul sec. Puis un second idem au premier.)
Yolande,
Et bien quelle descente, Jean-Alain ! j’aimerais pas la monter en vélo, même en vélo électrique, j’aurais top peur de griller le moteur, ah ah ah... (Elle lui sourit bêtement.)
Jean-Alain,
Ah très drôle ! Tiens puisque le bon dieu t’a mis là, va donc me chercher un petit entonnoir.
Yolande,
Ça peut le faire s’il est gris ? Un entogris à la place d’un entonnoir.
Jean-Alain,
Dis donc t’as mangée un clown ce matin.
Yolande, (mielleuse.)
Non, mais…je suis tellement heureuse de travailler avec vous, Jean-Alain.
Jean-Alain, (verse les deux fioles dans la bouteille y ajoute le gingembre en poudre et secoue le tout.)
Pourtant dès fois, je ne suis pas un cadeau.
Yolande,
Ah au fait, en parlant de cadeau. (Elle va chercher dans son sac de course un cadeau.) Bon anniversaire mon ché… heu, Jean-Alain. (Il prend le cadeau, indifférent.)
Jean-Alain,
Pfff, ça fait un an de plus, la roue tourne.
Yolande, (minaudant.)
Tu sais Jean-Alain, ça me fait tellement plaisir. J’espère que je ne me suis pas trompée dans la taille. (Interloquée et confuse.) Oh pardon, je m’excuse, je vous ai tutoyé.
Jean-Alain,
C’est pas grave. D’ailleurs depuis le temps que l’on se connaît, ça ne me dérange pas plus que ça.
(Il ouvre le cadeau et reste pantois, l’air surpris.) Un chapeau… !!!
Yolande, (très excitée.)
Oui, comme le grand cuisinier qui tient un grand restaurant dans les Pyrénées à coté de Grenoble.
Jean-Alain,
Mais enfin, Grenoble c’est pas dans les Pyrénées, c’est dans les Alpes.
Yolande,
Mais on s’en fout, tout ça c’est des montagnes. Mais le grand cuisinier, je sais bien qui c’est. C’est Laurent Gerra. Je l’ai vu dans une émission à la télé.
Jean-Alain,
Mais non nunuche, c’est Marc Veyrat. Gerra c’est un imitateur…
Yolande,
Ah bon… !!! il fait des imitations de chapeaux ?
Jean-Alain, (désabusé.)
Sainte marie mère de dieu ayez pitié d‘elle, car là on touche le fond. (puis interrogatif.) On dirait un chapeau de cow-boy !
Yolande, (très excitée.)
Oui, Jean-Alain. Je fais partie d’un club de danse country et j’aimerais que tu sois mon partenaire de danse. Et ainsi, nous nous verrons aussi tous les week-end.
Jean-Alain, (très embêté.)
Ah bon...mais ça risque de faire beaucoup, on se supporte déjà toute la semaine, et tu sais moi la danse c’est pas du tout mon truc.
Yolande,
Essaye le pour voir. (Elle lui met le chapeau sur sa tête.) Super Jean-Alain, il te va super bien. On dirait un vrai cowboy, il ne te manque plus que la monture, va te voir dans la glace.
(Il va se mirer dans la glace des toilettes et revient.) Alors, comment tu te trouves mon cowboy ?
Jean-Alain, (fait la moue.)
Bof. C’est très gentil de ta part, mais je n’aime pas trop les chapeaux, surtout s’ils sont trop voyant. Alors, ton chapeau, je le mettrais pour faire, heu... du jardinage. (Il se dirige vers le chat.)
Yolande, (très déçue.)
Dommage Jean-Alain, je pensais te faire plaisir. (Il ne l’écoute pas, prend le chat et le caresse.)
Jean-Alain,
Tu aimes les caresses toi…
Yolande,
Oh oui, j’adore ça, tes mains ont l’air si douce.
Jean-Alain, (très embêté.)
Heu...je parlais à la petite chatte. Kiki fleur de rose.
Yolande, (retombant sur terre.)
Ah oui notre kiki fleur de rose. (Elle s’approche et caresse le chat.) Sinon, j’ai une autre surprise pour toi. j’ai réservée pour demain soir une table aux deux nigauds avec un dîner en tête à tête.
Jean-Alain,
Ah, demain soir, ça va pas être possible, ma femme à invitée des amis, justement pour mon anniversaire. (Il repose le chat sur la chaise.)
Yolande, (très déçue et triste.)
Mais tu m’as dit l’autre jour que tu t’étais fâché avec ta femme et que tu voulais la quitter !
Jean-Alain,
Ah oui, mais tu mélanges tout toi. Une petite brouille de couple, on s’engueule, on se décolle, puis après on se recolle, puis on se re-décolle pour enfin finir par se recoller…tu le comprends ça ?
(Elle reste sans voix, totalement hébétée. il range la bouteille de vin dans le frigo et s’en va dans son bureau. Yolande est très remontée.)
Yolande,
Ah le gros con...le fumier. Il va me le payer.
(Elle met son manteau prend son sac et sort.)
NOIR
Scène 2
Émile, Jean-Claude.
Voix off : le lendemain matin à 6H00.
Bruit de moteur, de freinage et portes qui claquent. Émile et Jean-Claude portent à deux une caisse de poissons. Ils arrivent par le...