Une Dinde En Novembre

Marie-Ange, matriarche bourgeoise attachée aux traditions, décide cette année
d’organiser le réveillon de Noël… avec un mois d’avance. Dans le vieil appartement
familial, les décorations sont déjà installées et les proches se retrouvent bien avant la date prévue.
Très vite, cette réunion hors calendrier fait remonter à la surface tensions, non-dits et anciennes rivalités. Les protagonistes, aux caractères profondément divergents, peinent à cohabiter dans cet espace familier devenu champ de confrontation. Les échanges s’enveniment autour d’un repas de fête qui dérape progressivement.
Une comédie familiale contemporaine, rythmée, explosive et foncièrement
humaine, où l’humour se mêle à une forme de gravité, et où les conflits les plus vifs
révèlent des besoins d’attachement et de reconnaissance plus essentiels.

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Liste des personnages (7)

Marie-Ange Femme • Âgé
Veuve depuis peu de monsieur Pasqualitchi, ancien propriétaire de l’entreprise du même nom, pompes funèbres et services funéraires. Marie-Ange est une femme âgée, calme et posée. Discrète, elle parle peu et observe beaucoup. Son regard bienveillant révèle l’amour profond qu’elle a pour ses enfants. Derrière sa douceur et sa pudeur se cachent une force tranquille et un secret douloureux qu’elle porte en silence. Coiffée d’un foulard qui lui dissimule les cheveux.
Ange Homme • Adulte
Héritier de l’entreprise familiale. Fils ainé de la fratrie. Eduqué dans la veine de son père. Excellent commercial, il n’en demeure pas moins cupide et narcissique. Attaché à l’image de réussite et de transmission, il vit difficilement sa stérilité, qu’il considère comme une faille. Refusant toute idée d’adoption, il préfère taire cette fragilité et maintenir une façade de contrôle. Personnage charismatique, mais dur et incisif, voire cruel avec les siens, il privilégie le pouvoir et ses intérêts au détriment des liens affectifs.
Marie-Cécile Femme • Adulte
Epouse d’Ange. Héritière de l’empire industriel de nourriture animale, Yakajaper. Ecrasée par la présence de son mari, elle souffre de déprime et de mauvaise estime d’elle-même. Sa dépression se traduit souvent par des conduites additives (alcool, tabac…) et des colères violentes. N’a jamais pu fonder une famille comme elle l’a toujours rêvé du fait de la stérilité de son mari et de son refus catégorique d’adoption. Personnage instable, elle oscille entre détresse silencieuse et explosions émotionnelles. Ses fragilités la rendent néanmoins touchante et attachante.
Anne Femme • Adulte
Cadette de la fratrie, Anne enchaîne les mariages comme d’autres changent de vie. Divorcée pour la quatrième fois, elle s’est toujours assuré un confort bourgeois grâce à ses unions avec des hommes fortunés. Derrière une apparente légèreté se cache une quête affective jamais satisfaite. Son dernier mariage avec Rodolphe, un artiste, se voulait une rupture : un choix de cœur, plus bohème et loin des convenances. Mais l’illusion a vite cédé : l’homme s’est révélé intéressé et sans talent. Désabusée, mais lucide, Anne conserve une certaine ironie sur elle-même et sur ses échecs, oscillant entre cynisme et besoin d’être aimée.
Rodolphe Homme • Adulte
Artiste peintre et sculpteur qui parle beaucoup de son art… mais qui crée assez peu. Il se présente comme un incompris, en avance sur son temps, alors que ses toiles peinent à trouver preneur. Il vit confortablement aux crochets de sa femme, qu’il appelle « son soutien artistique » … et qu’il trompe dès qu’il a l’occasion. Inspiré en amour, beaucoup moins en peinture, il a surtout réussi sa carrière de profiteur.
Charles Homme • Adulte
Dernier de la fratrie. Impulsif, révolté, un peu marginal. Il est de tous les combats (ZAD, méga-bassine, etc…). Anticapitaliste, il rejette le système entrepreneurial de sa famille tout en vivant grâce à la perfusion financière de sa mère qui refuse de le laisser tomber. Vis avec Libellule, sa petite amie, dans une ZAD installée dans un bocage pour empêcher la construction d’une zone commerciale.
Libellule Femme • Adulte
Jeune femme solaire, optimiste ; elle voit toujours la vie en rose. Elle l’aborde avec candeur et légèreté. Elle a choisi de vivre en marge, loin des conventions et de l’agitation, guidée par ses idéaux. Végan et anticapitaliste, elle rejette le matérialisme et les hiérarchies sociales, préférant les expériences humaines et la solidarité.

Décor (1)

DECOR Séjour : table nappée, 7 chaises, vaisselle, sapin et décoration de Noël, quelques cadres accrochés au mur. Piédestal (pour poser la sculpture). Un ou deux meubles anciens, coin salon (avec des fauteuils), bibliothèque…* Divers accessoires : Sculpture de Rodolphe, une peinture représentant la Dinde en Novembre, une peinture absurde, bouteilles de vin, bouteille de digestif, un plat de four avec une dinde. * Ces décors ne sont pas indispensables pour le metteur en scène. Ils peuvent néanmoins, en fonction de l’espace scénique et du budget de la troupe, être mis en place et apporter une plus-value (proche réalité, déplacements des comédiens…)

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SCENE 1 – les présentations.

 

Rideau fermé

 

Son : bruits de ville, circulation.

 

Lumière : Poursuite sur le personnage. Noir sur la scène.

 

Anne, entre par le fond de la salle, à l’arrière du public, téléphone à l’oreille. Elle s’avance lentement vers la scène : Quoi ? (…) Quoi ?! (…) Quoi ?!! (…) Quoi ?!!! (…) Non, mais je rêve. Tu te moques de moi. Et je reste polie. Tu te fous de ma (…) T’es une ordure. Tu veux que je te dise. Tu veux que je te dise ? (…) Rodolphe, ça suffit ! Tu n’as aucun talent, tu n’en as jamais eu et tu n’en auras jamais. Les seules toiles que tu aies vendues dans ta triste vie, c’est moi et ma famille qui te les avons achetés. Même ma mère ne supporte pas tes croutes. Elle les sort du placard uniquement les premiers dimanches du mois (…) Eh bien, si le rituel du déjeuner dominical ne te convenait pas, il ne fallait pas venir. Je ne t’ai jamais forcé. (…) Comment ça ? Ma famille ne t’a jamais accueilli, ne t’a jamais accepté ? C’est une blague, non, mais je rêve. Ils ont toujours été adorables avec toi. Tes seuls clients, je te rappelle. (…) Mon frère a accroché tes toiles dans la chambre froide de son centre funéraire ? (…) Oui, tu le connais. Il n’a jamais respecté les familles des défunts…, euh, l’art moderne. (…) Comment appeler cela autrement ? C’est moderne, voire très très moderne ce que tu fais. Le portrait de maman, un mélange d’hiboux fossilisé passé au crash test. La pauvre femme. Déjà qu’avec le décès de papa, elle ne remonte pas la pente. Avec un cadeau pareil, c’est la chute assurée. (…) La seule sympa, c’est Libellule. Je ne suis pas étonné. Je voyais bien ton petit manège à lui mater les fesses et le décolleté tous les dimanches. En même temps, c’est de ton niveau. Une gamine avec deux de QI (…) Non, Rodolphe, elle ne s’est jamais émerveillée sur tes œuvres. C’est le pétard et les ecstasys qui la font planer. Peut-être même qu’elle les fumait tes toiles. Pour le reste… (…) Nous y voilà. Non, non, nous avons bien fait un contrat de mariage. Tu m’as prise pour une conne, maintenant je ne t’aide plus. Je coupe tout. (…) Ta galerie d’art ? Terminée. Mon avocat s’occupe déjà de la résiliation du bail. (…) Je vais le payer cher si je fais ça ? Mais, mon cher Rodolphe. Je suis déjà passé à la caisse. Tu m’as trompé avec le tout Paris et tu m’as siphonné une jolie somme d’argent. (…) Quoi ? Je suis qu’une vielle bourgeoise coincée et je finirai seule ? Oui, et toi, t’es… Regarde son téléphone, se tourne vers le public. Il a raccroché. Oh le salop.

S’assoit près de la scène. Range son téléphone et allume une cigarette, pensive.

 

Lumière : Poursuite sur Anne P s’éteint.

 

Charles P et Libellule, entrent par le fond de la salle à l’arrière du public et s’avancent doucement vers la scène.

 

Lumière : Poursuite sur le couple.

 

Libellule : Qu’est-ce que je suis contente. Ta famille est tellement, tellement sympa et cool et…

Charles P : Et calme-toi Libellule. T’as pris un truc ?

Libellule : Non, non, je suis tellement heureuse de les voir. La petite mamie avec sa petite tête toute mimi. Et ton frère qui fait son dur, mais au fond, il est chou avec ses oreilles toutes, toutes rondes.

Charles P : Non, mais Libé, t’as craqué. Mon frère ? Ce capitaliste n’a rien de chou. Depuis que papa est parti, il joue les chefs de famille. Le grand patron avec tout son pognon. Il suce les forces vives et se nourrit du prolétariat. La lutte ne fait que commencer. Il est tout comme papa. Maman s’est fait bouffer toute sa vie avec ces deux vautours. Elle n’a jamais pu en placer une, ni travailler, ni sortir, ni même penser à elle.

Libellule : Ne te fâche pas mon Carlitounet. C’est mauvais pour ton eczéma. Pétunia, la druidesse du camp, te l’a bien dit : chasse les ondes négatives et vol haut, au-dessus des tourments des hommes.

Charles P : Chez les Pasqualitchi, depuis des générations, on se vautre dans le système capitaliste. Ils ont fait leur fortune sur le malheur des autres. Déjà, papy vendait des cercueils aux Allemands en 40. Papa ratissait dans les EPAHD pour vendre des contrats obsèques à tous les résidents. Et aujourd’hui, le grand frère, l’héritier de l’entreprise de pompes funèbres Pasqualitchi, il est le pire.

Libellule : Ecoute, Chacha, t’es tout griffonnou. Il me reste un peu d’herbes cultivées à la ZAD par Pâquerette, la femme de Héron Cendré. Je vais t’en faire fumer un peu pour te détendre.

Charles P : Je suis sérieux, Libé. Je ne peux plus laisser passer ça sans me battre. C’est une ordure mon frère. Il a offert un séjour tout compris au curé de la paroisse pour la vente de plusieurs concessions au cimetière. Et à ton avis, pourquoi il fait du golf avec le chef du service des soins palliatifs de l’hôpital ?

Libellule roule un joint : Ta mère veut fêter Noël ce soir Charlitou. C’est que de l’amour ces moments-là.

Charles P : Noël au mois de novembre ! Maman perd la tête. Surement une idée de Ange, l’héritier du trône, j’imagine. Il va encore m’offrir un livre sur le marketing ou sur le capitalisme chez les pygmées.

Le couple s’assoit proche de la scène et allume le joint.

 

Lumière poursuite s’éteint.

 

Ange P et Marie-Cécile entrent par le fond de la salle à l’arrière du public et s’avancent doucement vers la scène.

 

Lumière : Poursuite sur le couple.

 

Ange P : Avec le boulot que j’ai en ce moment, nous invités en novembre pour fêter Noël, je ne comprends pas. Maman est complètement perdue depuis le décès de papa. Un pilier, l’ancien. Dur, mais juste. Ma mère n’a jamais manqué de rien : le confort et le respect des autres. Une vraie vie de bourgeoise. Mieux, une aristocrate au sang pur. Madame de Pasqualitchi, baronne, comtesse de Pasqualitchi. Ça brille, c’est chic.

Marie-Cécile : Mais qu’est-ce que tu racontes Ange ! On n’est pas arrivé et tu vrilles déjà. Tu me fais peur.

Ange P : Ecoute Marie-Cécile, un peu...

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