Bureaux et dépendances
Le temps d’une pause cigarette… électronique, quelques accros au boulot échangent des propos brumeux.
Comédie à sketchs.
🔥 Ajouter aux favorisLe temps d’une pause cigarette… électronique, quelques accros au boulot échangent des propos brumeux.
Comédie à sketchs.
🔥 Ajouter aux favorisCe qui ressemble à une terrasse. Deux personnages, hommes ou femmes, arrivent. Ils se mettent à fumer. Et rêvassent en observant les volutes qui sortent de leurs cigarettes éventuellement électroniques.
Yaël – Tu savais que les particules peuvent se trouver à deux endroits différents en même temps?
Alex – Les particules ?
Yaël – Les particules élémentaires ! Les photons, si tu préfères. D’après les lois de la physique quantique, en tout cas.
Alex – Tu es sûr que c’est de la nicotine, que tu es en train de fumer ?
Yaël – Non, je t’assure. J’ai entendu un truc là-dessus, hier, à la radio.
Alex – Ouais. Ben moi, ça m’arrangerait d’être une particule, tu vois. Je pourrais être à la réunion qu’on m’a collée aujourd’hui à cinq heures, et en même temps à la sortie de l’école pour récupérer ma fille.
Yaël – C’est vrai que ce serait pratique, le don d’ubiquité. Tu imagines ? Le samedi matin, on pourrait faire la queue à la caisse à Auchan avec sa moitié. Et en même temps traîner au lit avec son illégitime dans un petit hôtel de charme à la campagne.
Alex – Et en rentrant, le frigo serait plein. On serait insoupçonnable.
Yaël – Même plus besoin d’alibi.
Alex – Est-ce qu’on pourrait même encore parler d’infidélité ?
Yaël – L’adultère, ça suppose la concomitance. On n’est pas infidèle avec les partenaires qu’on a connus avant ou après son mariage. Or la physique quantique décrit un état de la matière où c’est la notion même de temps qui est suspendue.
Alex – Donc les particules ne sont jamais cocues. C’est vrai que ça fait rêver.
Yaël – Plus de temps, donc plus de causalité et par conséquent plus de culpabilité.
Alex – Ce n’est pas très catholique, tout ça.
Yaël – Il faut croire que Dieu ne régit pas l’infiniment petit. La physique quantique, c’est une théorie de la partouze généralisée.
Alex – Malheureusement, mes particules à moi, elles ne relèvent pas des lois de la physique quantique.
Yaël – Tu as raison… Nous on relève plutôt de la loi de l’emmerdement maximum.
Alex range sa cigarette électronique.
Alex – D’ailleurs, il faut que j’y retourne, parce que je ne suis pas sûr que mon patron soit très versé dans la physique quantique. Tu vas rire, mais il est encore persuadé que quand je suis en pause, je ne suis pas en train de bosser.
Yaël – Ce qui démontre toute l’étendue de son inculture. S’il savait le très haut niveau des conversations qui peuvent avoir lieu pendant une pause cigarette.
Yaël range à son tour sa cigarette.
Alex – C’est vrai qu’on est de plus en plus mal vus, nous les nicotinomanes. Bientôt on n’aura même plus droit à notre salle de shoot.
Yaël – C’est pour ça que lundi, j’arrête.
Alex – J’ai déjà entendu ça.
Yaël – Non, non, je t’assure. Cette fois c’est la bonne.
Alex – Pourquoi attendre jusqu’à lundi, alors ?
Yaël – Je dois aller chercher ma belle-mère ce soir. Elle passe le week-end avec nous. Et crois-moi, un week-end avec ma belle-mère, c’est pas le bon moment pour arrêter de fumer.
Alex – Je vois…
Yaël – Tu as une belle-mère, toi aussi ?
Alex – On peut choisir de ne pas se marier, mais on ne peut pas choisir de ne pas avoir de belle-mère.
Yaël – À moins de se marier avec un orphelin…
Alex – Abandonné sous X, de préférence. Pour ne pas avoir à se taper les chrysanthèmes au cimetière à la Toussaint…
Yaël – Ça nous ramène à la mécanique quantique. Il faut qu’un chat soit mort ou vivant. Et pour les belles-mères, c’est pareil…
Alex – Un chat ?
Yaël – Tu n’as jamais entendu parler non plus du Chat de Schrödinger ?
Alex – Non.
Yaël – C’est un pote d’Einstein qui a remis en question les lois de la physique quantique.
Alex – Et donc, il avait une belle-mère.
Yaël – Je t’expliquerai ça une autre fois. Tiens, il ne faut pas que j’oublie de mettre de l’essence dans la voiture, moi. Sinon, je vais tomber en panne sèche sur l’autoroute en allant chercher ma belle-doche.
Ils sortent.
Une terrasse. Un homme arrive. Suivi de près par une femme. Leurs regards se croisent, mais ils ne se connaissent visiblement pas et détournent rapidement la tête. L’homme sort une cigarette électronique. La femme en fait autant. L’homme fait mine de chercher quelque chose dans ses poches, puis s’approche de la femme.
Antoine – Excusez-moi, vous auriez du feu, s’il vous plaît ?
La femme semble déstabilisée.
Clara – Mais, c’est une cigarette électronique, non ?
Antoine – C’est vrai, autant pour moi. Maintenant que j’ai arrêté de fumer, il va falloir que j’actualise un peu mes méthodes de drague.
Clara – Si je peux me permettre, vous auriez dû les actualiser depuis la fin des années 80, non ?
Antoine – Allez, soyez un peu indulgente, vous aussi. On est si fragiles. Être un homme libéré, vous savez, ce n’est pas si facile.
Clara – Ça me rappelle une chanson qu’écoutait ma mère.
Antoine – En fait, j’essayais seulement de vous faire rire. Mais visiblement c’est raté.
Clara – Je vois. Donc le coup du feu, c’était une blague. Dans ce cas bravo, c’est très drôle. Il me manquait juste le mode d’emploi et la posologie… Je ne sais pas, un petit avertissement, genre « Attention blague ».
Antoine – Il m’arrive aussi d’être drôle sans le faire exprès, vous savez. Faire rire, c’est une deuxième nature chez moi. Parfois, je comprends mes propres blagues après celles à qui elles sont destinées. Vous avez arrêté il y a longtemps ?
Clara – De quoi ? De faire des blagues ?
Antoine – De fumer.
Clara – Ah non, mais je n’ai jamais fumé de cigarettes. Pas encore. En fait, je vapote juste pour essayer.
Antoine – Pour essayer ?
Clara – Pour voir si ça me plaît vraiment.
Antoine – Ah oui…
Clara – Et si ça me plaît, je me mettrai à fumer de vraies cigarettes, avec du vrai tabac. Ça vous semble idiot ?
Antoine – Pas du tout.
Clara – Pourtant, c’est complètement idiot.
Antoine – Donc là, c’est vous qui me faites marcher ?
Clara – Voilà. Et dans mon cas, croyez-moi, c’est tout à fait intentionnel. Je ne suis drôle que quand j’ai décidé de l’être.
Antoine – Bon… Alors un partout, on est à égalité… J’apprécie aussi qu’une femme ait le sens de l’humour, vous savez. Et je vous avoue que dans un premier temps, j’ai craint que vous en soyez totalement dépourvu.
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