Morts de rire

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19 saynètes comiques sur le thème de la mort, mêlant humour noir, absurde et réflexions existentielles. Chaque sketch, conçu comme une mini-histoire autonome, aborde des thèmes universels à travers des situations inattendues, souvent conclues par un twist renversant les attentes.
Sketchs pour 2 ou 3 comédiens ou comédiennes.

Les trois coups…
1 – Condoléances
2 – Dead Line
3 – Faux Départ
4 – Interrogatoire
5 – The End
6 – Justice Express
7 – Chrysanthème
8 – Champagne
9 – Oraison funeste
10 – Consultation
11 – Double inconnu
12 – Mort de Rire
13 – Dehors
14 – Faire-part
15 – Travelling
16 – Tri sélectif
17 – Double vie
18 – Tunnel
Fin de séries

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Les trois coups...

Deux personnages entrouvrent le rideau pour observer les spectateurs attendant le début du spectacle.

Un – C’est qui, cette vieille dame, au premier rang, avec son appareil auditif ?

Deux – Ben c’est l’ayant droit...

Un – L’ayant droit...?

Deux – L’arrière-petite-nièce de l’auteur ! C’est à elle qu’on a dû demander l’autorisation de jouer. Et crois-moi, les héritiers, c’est encore plus casse-couilles que les auteurs vivants...

Un – À quoi bon monter des auteurs morts s’il faut payer les ayants droit...

Deux – Enfin, celui-là, plus que dix ans et il tombe dans le domaine public...

Un – Espérons au moins que le spectacle va lui plaire.

Deux – Ça, ce n’est pas vendu. Elle a assisté à la création de la pièce en 1927. Alors évidemment, elle a des a priori...

Un – Pourquoi elle est venue, alors ?

Deux – Pour compter les spectateurs, j’imagine, et vérifier qu’on ne l’arnaquerait pas sur ses dix pour cent. Et dire qu’on a été obligé de l’inviter, pour l’amadouer...

Un – Pour l’instant, elle a les yeux fermés. Elle se concentre, ou elle dort ?

Deux – Ou alors elle est morte...

Un – Ah, non, elle ronfle...

Deux – Il faudrait peut-être la réveiller. On va frapper les trois coups...

Un – Je vais demander à ce qu’on les frappe un peu plus fort...

Noir. On frappe les trois coups...

1. Condoléances

Un homme se recueille devant une tombe. Un autre arrive.

Deux – Excusez-moi, je cherche la tombe de Polnareff...

Un – Il est mort ?

Deux – Pardon... Je voulais dire Gainsbourg, bien sûr.

Un – Au fond de l’allée, à gauche... Vous ne pouvez pas vous tromper... Il y a plein de mégots autour...

Le deuxième s’apprête à y aller, puis se ravise et regarde à son tour la tombe devant laquelle est planté le premier.

Deux – C’est un drôle de truc, les cimetières, quand on y pense... Est-ce que les morts sont radioactifs, pour qu’on les enterre dans des enceintes confinées pendant des siècles, comme des déchets nucléaires ? Moi, je suis pour l’incinération, pas vous ?

Un – Pardon ?

Deux – Vous la connaissiez ?

Un – C’était ma maîtresse...

Deux – Ah, je suis désolé.

Un – Oh, c’est vraiment pas la peine... C’était une salope...

Deux – Allez, dites pas ça... Alors c’est pour ça que vous venez seulement maintenant, après la cérémonie. Pour ne pas croiser le mari.

Un – Oui...

DeuxCe n’est pas vous qui l’avez tuée, au moins ?

Un – Ah, non...! Elle est morte écrasée par un tramway... Elle sortait de chez moi pour aller me chercher mon briquet que j’avais oublié dans mon quatre-quatre... C’est en retraversant la rue que... Ils avaient inauguré la ligne la veille. Elle ne s’est plus souvenue...

Deux – C’est le problème, avec les tramways. Comme c’est électrique, on ne les entend pas arriver...

Le premier sort une cigarette et la met à sa bouche.

Un – Vous avez du feu...? Du coup, je n’ai plus de briquet...

Deux – Bien sûr.

Un – Ce n’est pas interdit, au moins ?

Deux (lui donnant du feu) – Les cimetières, c’est le dernier endroit où on a encore le droit de fumer. Et puis si c’était un cimetière non fumeur, ils n’y auraient pas enterré Gainsbourg...

Le premier tire avec avidité sur sa cigarette.

Un – C’est comme ça que son mari a appris notre liaison... Elle lui racontait qu’elle allait voir sa grand-mère à la maison de retraite. La grand-mère ne se souvient jamais de rien, c’était pratique. Mais comme le tramway lui est passé dessus en face de chez moi... Son mari a dû se douter de quelque chose...

Deux – Évidemment... Apprendre en même temps qu’on est veuf et qu’on est cocu...

Un – Depuis, je suis à pied...

Deux – Pardon...?

Un – Il a fait enterrer sa femme avec mes clefs ! Pour se venger, sûrement...

Deux – Vos clefs ?

Un – Les clefs de mon quatre-quatre ! Je les lui avais données... Pour qu’elle aille me chercher le briquet...

Deux – Ah, oui, bien sûr...

Un – Je suis allé à la présentation du corps, je les ai vues qui dépassaient de sa poche... Mais il y avait plein de monde... J’ai rien pu faire... Maintenant, je ne sais plus comment les récupérer...

DeuxMais vous n’avez pas un double...?

Un – Si... C’est ma femme qui l’a...

Deux – Vous n’avez qu’à lui dire que vous avez perdu les vôtres...

Un – On est séparés... Cette salope venait de lui apprendre que je la trompais avec elle... Alors il y a peu de chance que mon ex-femme me rende le double des clefs...

Deux – Je vois...

Un – Il va bientôt faire nuit... Vous n’auriez pas une pelle ?

Deux – Vous plaisantez ?

Un – Vous n’avez pas de pelle... Vous êtes en voiture ?

Deux – Je vous ramène ?

Un – Volontiers. Vous allez de quel côté ?

Deux – La Butte aux Cailles.

Un – Tiens, c’est marrant, c’est là qu’habitait ma maîtresse.

Deux – Je sais... Je suis son mari...

Un – Ah, d’accord... J’ai eu un doute, aussi, quand j’ai vu le briquet...

Le premier ressort le briquet de sa poche.

Deux – Ah, oui, excusez-moi... Je vous le rends, bien sûr... Je ne savais pas qu’il était à vous... J’étais étonné, aussi, de trouver ça dans sa main, quand ils me l’ont ramenée. Comme ma femme ne fume pas... Enfin, ne fumait pas...

L’autre prend le briquet.

Un – Merci. (Jetant un regard au briquet) Pas une égratignure... C’est un miracle...

Deux – Ma femme, en revanche...

Un (rangeant le briquet) – J’y tiens beaucoup... C’est elle qui me l’avait offert...

Deux – Mais pour vos clefs... Je suis vraiment désolé... Je vous jure que je n’étais pas au courant... Je n’ai pas eu l’idée de lui faire les poches...

Un – Je vous crois... Vous avez l’air d’un brave type...

Ils s’apprêtent à partir.

Un – Mais je croyais que vous cherchiez la tombe de Gainsbourg ? C’est pour ça que je ne me suis pas méfié... C’était pour me piéger...?

Deux – Pas du tout... Pendant la cérémonie, évidemment, je n’ai pas eu trop le temps de flâner... Je me suis dit que je reviendrai plus tard pour faire un peu de tourisme... Ça fait rien, ce sera pour une autre fois... (Un temps) Je me suis toujours demandé ce qu’on faisait des morts quand les cimetières étaient pleins...

Un – On les oublie... À part quelques célébrités... Ça doit être ça l’immortalité. Une concession perpétuelle...

Ils s’éloignent.

Un – C’est vrai que c’est un bel endroit...

Deux – C’est elle qui a tenu à être enterrée ici...

Un – Ça doit coûter bonbon, non ? C’est très people...

Deux – Ça vous pouvez le dire... C’était son côté show-biz...

Ils s’en vont.

Deux – Vous avez raison, c’était vraiment une salope...

Un – Allez, dites pas ça...

2. Dead line

Un personnage est assis face à un autre installé devant un ordinateur.

Un (consultant son écran) – Alors, d’après tous les renseignements que vous nous avez fournis, ce serait pour le... 27 décembre 2041 dans la soirée.

Deux – Ah...

Un – Ça vous pose un problème ? Si je ne me trompe, vous aurez 76 ans et 3 mois... C’est un peu jeune, bien sûr, mais... Compte tenu de votre hygiène de vie, et de votre logement plutôt insalubre... Croyez-moi... Vous ne pouviez guère espérer mieux...

Deux – Oui, bien sûr, mais... Le 27 décembre, c’est en plein dans les fêtes... Ça ne m’arrange pas. Ma femme et moi, on tient un magasin de chocolat. On fait la moitié de notre chiffre d’affaires de l’année à cette époque là... (L’autre lui signifie qu’il n’y peut rien.) Et si j’arrêtais de fumer...?

Un – Ah, là, évidemment... Voyons voir... (Il pianote sur son ordinateur.) Non-fumeur... Vous n’envisagez toujours pas de déménager...?

Deux – C’est à côté du magasin... et avec la flambée des prix de l’immobilier...

Un – Bien... Ça nous ferait donc... le 29 février 2044... C’est une année bissextile... Vous gagnez presque trois ans.

Deux – Est-ce que ça vaut vraiment le coup...

Un – Ah, ça, c’est vous qui voyez.

Deux – Et si j’arrêtais aussi les apéritifs...?

Un – Il faut bien vivre...

Deux – Vous avez raison... On ne peut pas se priver de tout... (Un temps) Et ma femme...?

Un – Oh, ça, vous savez, ça n’a guère d’incidence. Ce serait même plutôt bon pour le coeur... et pour la prostate.

Deux – Non, je veux dire ma femme, euh... C’est prévu pour quand...?

Un – Ah... Désolé... Mais... C’est strictement confidentiel...

Deux – Mais... Avant, ou après moi...?

Un – Même si je le savais, je ne pourrais rien vous dire... Vraiment...

Deux – Mmmm... Elle ne fume pas...

Un – Oh, vous savez, des fois, ça ne veut rien dire. Et puis il faut aussi prendre en compte le tabagisme passif...

Deux – Elle m’oblige à fumer sur le balcon...

Un – Elle peut avoir un accident... Elle fait beaucoup de kilomètres par an en voiture ?

Deux – Elle ne conduit pas...

Un – Les piétons aussi peuvent se faire écraser en traversant la rue, vous savez... Et puis il y a aussi les accidents domestiques... Une fuite de gaz... Une chute dans l’escalier...

Deux – Un sèche-cheveux qui tombe dans la baignoire...

Un – Ça vous tient tant à coeur que votre femme parte avant vous ? Vous voulez lui épargner la peine de vous survivre, c’est ça...?

Deux – C’est pas ça... C’est pour le caveau de famille... Depuis que ma mère est morte, il ne reste plus qu’une place...

Un – Et...?

Deux – Eh bien... Je m’entendais très mal avec ma mère... Je ne tiens pas à... Vous comprenez...? Alors si ma femme part la première, ça résoudrait le problème... Elle prend la dernière place, et moi je peux aller m’installer ailleurs... Sans que ça fasse d’histoires...

Un – Je comprends...

Deux – Et si je me mettais à faire un peu de sport...?

Un – Si ce n’est pas un...

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