La marquise et le soupirant
Un soupirant chante toutes les nuits ; ça énerve le marquis
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| la marquise et le soupirant | Ambiance dix huitième siècle |
Un soupirant chante toutes les nuits ; ça énerve le marquis
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ACTE 1
Scène 1 : Léontine / Marie
Marie / Alors, t'as entendu cette nuit ?
Léontine / Entendu quoi ?
Marie / Ben. L'autre. Il est r'venu.
Léontine / Qui ça ?
Marie / L'chanteur. Tous les soirs, il vient chanter sous les f'nêtres. Et t'as rien entendu ?
Léontine / Oh tu sais, moi avec ma tisane, je dors comme une souche.
Marie / C'est quoi ta tisane ?
Léontine / De la goutte.
Marie / De la goutte ?
Léontine / Pas beaucoup ! Juste la moitié du verre. Mais alors après, toutes les vaches du coin pourraient se mettre à beugler, j'entends rien du tout.
Marie / Ouais. Mais moi, j'entends tout. Tiens, j'aurais des sous, je lui jetterais une pièce.
Léontine / Pour qu'il chante ?
Marie / Non. Pour qu'il la ferme.
Léontine / C'est peut-être un troubadour ?
Marie / Les troubadours, ça chante en plein jour.
Léontine / On devrait lui envoyer un seau d'eau, ça l'calmerait. Tiens ! J’me rappelle ! J'avais fait ça avec un taureau.
Marie / Un taureau ?
Léontine / Et fallait voir le morceau ! Toutes les vaches lui tournaient autour. Mais l'taureau, il connaissait pas Léontine. Je suis allée dans l'champ, et hop ! Un seau d'eau à travers le museau. J'peux t'dire qu'après, le taureau quand il m'voyait arriver, il la mettait en veilleuse.
Marie / Oui mais celui-là, au moins, s'il chantait des berceuses, ça aiderait à fermer l’œil.
Léontine / C'était pas une berceuse ?
Marie / Tiens, écoute ! (Elle chante, façon troubadour)
«Oh souffrez donc mademoiselle
Que je dise que vous êtes belle
Qu'à vos pieds je suis tout petit,
Que vous soyez enfin ma mie».
Léontine / Ma mie ! Moi, le gars qui m'appelle comme ça, je lui fiche une taloche.
Marie / Et comment que c'est t'y qu'y faut qu'on t'appelle ?
Léontine / Moi, on a pas besoin de m’appeler.
Marie / Dans ceux d'la haute, les chansons d''amour, ils en font toute une affaire, alors que franchement, la chose, c'est toujours pareil.
Léontine / Dans l'grand monde, faut toujours qu'ils fassent des manières. Ça s'appelle «faire sa cour».
Marie / Ah bon ? Parce que dans la haute, quand tu veux... Bon, j'vais pas t'faire un dessin. Faut d'abord qu'il te casse les oreilles ?
Léontine / Ou les pieds. Dans l'grand monde, on se jette pas comme ça sur une dame.
Marie / Faut pas être pressée.
Léontine / Y s’ont qu'ça à faire.
Marie / Ça vaut pas nos chansons à nous. Tiens, écoute celle-là. (Elle chante)
«ll est venu chez nous, le faiseurs de paniers,
Il est venu chez nous, demander à coucher,»
Léontine / J'la connais !
Ensemble / «Cric crac, j'entends l'bois du lit qui craque,
Écoutez, j'entends l'bois du lit craquer».
Marie / Au moins là, on sait tout d'suite où ils veulent en v'nir.
Léontine / C'est sûr, que dans cette chanson là, le gars, il y va pas par quatre chemins, il prend l'raccourci.
Marie / C'est pas comme celui de cette nuit.
Léontine / Celui-là, il est pas près d'arriver.
Marie / Ça doit être encore pour mademoiselle. Tous les mois, y'en a un nouveau.
Léontine / Ça s'peut pas, mademoiselle est pas là en c'moment.
Marie / Mais peut-être que le chanteur, il est pas au courant.
Marie / Si ça s'trouve, c'est pour moi qu'il vient chanter. C'est peut-être moi sa mie.
Léontine / Ça m'étonnerait ! T'es pas du même panier.
Marie / J'en connais, ils s'en fichent bien du panier. C'qui les intéresse, c'est ce qu'il y'a dedans.
Léontine / Dans l'panier, faudrait qu'tu pondes des œufs en or, là ils traînent pas pour s'occuper d'la poule.
Marie / Ou alors, c'est pour l'invitée de madame.
Léontine / La comtesse ?
Marie / Paraît qu'la comtesse, elle est capable d'attirer les chanteurs autant que ceux qui savent pas chanter.
Léontine / Et comment qu'elle fait ?
Marie / Parait qu'elle leur jette un truc personnel ?