Désert rural
Une commune se bat contre la désertification rurale. Pour attirer de nouveaux habitants elle fait croire à l’apparition d’une vierge. Mais cela fonctionne trop bien. A tel point qu’un grand complexe touristique menace de s’installer et de déstabiliser la commune. Heureusement un habitant met en avant le fait que le village est un site de nidification du serin à tête de canard…..
Lire le texte intégral
1
Les personnages :
Victor : employé municipal. Cousin du maire et un peu sot
Mario : le maire
Cécile : la secrétaire
Marc : le curé
Josselin : un habitant, ex député. Le boute en train.
ACTE 1
Scène 1
Sur la place de la mairie. Mario, Cécile et Victor.
Au début Mario, le maire, est seul, il s’impatiente en tournant en rond, l’œil fixé sur sa montre. Il lève les bras de soulagement en voyant arriver Victor.
Mario
Ah, ben quand même !
Victor
J’ai vu la vierge monsieur le maire, la vraie vierge avec un halo lumineux et tout.
Mario
Allons, allons.
Victor
Je vous assure monsieur le maire. Je l’ai vue comme je vous vois. Comme je vois la mairie.
Mario
Vous êtes sûr que vous ne l’avez pas vu comme vous voyez le vin derrière la sacristie ?
Victor
Non, la vierge je vous dis. Une viergasse comme ça, énôôôrme. Avec un halo de 2000 watts.
Mario
Mais enfin Victor la vierge ça n’existe pas, surtout dans notre village.
Victor
Mais si, une vierge en couleur et tout. Et en plus, elle m’a parlé.
Mario
Et il entend des voix maintenant ! Pour les élections je veux bien mais pas n’importe quand.
Victor
Elle m’a parlé je vous dis, en vrai, elle m’a parlé.
Mario
Elle ne vous a pas demandé de bouter l’anglais hors de France ?
Victor
Au contraire, elle voulait plus de touristes dans le village.
Mario
Plus ? Plus que quoi ? y’en a jamais des touristes. Ils vont tous dans les villages à côté. C’est n’importe quoi votre vierge.
Victor
Ça semble pas de bon quand même, personne ne veut me croire quand je dis que j’ai vu la vierge Marie.
Mario
A la rigueur mon cher Victor je veux bien croire que vous ayez vu un fantôme, ça arrive, mais la vierge. Et encore, les fantômes, je suis sûr que, même vous, vous n’y croyez pas.
Victor
Si j’y crois aux fantômes. Un jour j’étais dans ma salle de bain, quand tout à coup j’ai vu une espèce de gnome ignoble avec des cheveux gras et frisés, un regard effrayant, les yeux exorbités comme ça.
Mario
Dans votre salle de bain ? Ce n’était pas un fantôme c’était un miroir.
Victor
Ah oui, vous avez raison, ça devait être un miroir.
Cécile
Bonjour Mr le maire.
Mario
Ah bonjour Cécile. Vous êtes en retard ce matin et n’allez pas me parler d’embouteillages à St Poulque.
Cécile
Non, je suis en retard, mais vu le boulot qu’il y a à la mairie on peut dire que je suis en avance d’une heure ou deux.
Mario
C’est vrai qu’on n’est pas débordés. Mais bon, d’un c’est vous qui avez les clés et de deux vous pourriez au moins prendre la peine de chercher une excuse, même ridicule, je ne sais pas moi, vous pourriez me dire que vous avez vu la vierge et qu’elle vous a parlé. (Regard à Victor)
Cécile
(Regard à Victor) On me l’avait dit mais je ne le croyais pas !
Mario
Ah vous voyez Victor. Il n’y a pas de vierge au village et Cécile confirme. Non, vous forcez trop sur la bouteille, je vous l’ai déjà dit. La dernière fois vous aviez vu quoi déjà ? Ah oui vous aviez vu un présentateur télé et il vous parlait normalement sans rire idiot et avec des paroles sensées.
Victor
Ah non, ça c’est quand je me suis endormi sur la télécommande et que ça zappait entre C news et ARTE.
Cécile
Mr le maire. Si on veut parler de choses sérieuses parlons du budget, il y a conseil tout à l’heure.
Mario
Ne me parlez pas du budget. Il y a conseil et on n’a même pas de quoi payer l’apéro comme on fait d’habitude. Je vais me faire engueuler, je les connais, la plupart ne viennent que pour ça.
Victor
Vous parlerez quand même de la réparation du clocher ?
Mario
Vous le saurez bien assez tôt puisque vous venez toujours au conseil. Et écoutez-moi pour une fois : arrêtez avec votre vierge. Ça devient fatigant. Surtout au moment où la survie du village subit une attaque tous azimuts, d’accord ?
Victor
Oui monsieur le maire…mais.
Mario
Et voilà : mais ! Avec vous il y a toujours un mais. Mais quoi Victor ?
Victor
Non, non, je suis d’accord mais c’est quoi un azimut ?
Mario
Quand vous en verrez un vous le saurez. Je n’ai pas le temps de vous expliquer, il faut que je prépare l’étude du budget pour le conseil de ce soir.
Cécile
L’étude du budget elle ne sera pas fatigante. On n’a presque rien. L’état nous a abandonnés. On a toujours plus de charges et de responsabilités avec toujours moins de moyens.
Mario
Eh oui, alors que nous pouvions agir concrètement, aider les gens tout simplement, on nous a transformés en bureau des plaintes incompétent.
Cécile
Voilà ! On est là simplement pour dire « adressez-vous ailleurs ». On n’est pas une mairie, on est une bretelle de dérivation.
Mario
Si au moins on pouvait être une bretelle d’autoroute.
Cécile
Ne rêvez pas Mr le maire on vient d’être classé comme territoire non pas rural mais hyper rural. Je vous assure que ça existe. Vous chercherez sur Wikipé…(elle les regarde et rectifie) sur le Larousse.
Mario
Oh je vous crois ma pauvre Cécile. Ce n’est pas pour rien qu’à la préfecture on ne nous appelle pas Saint Poulque mais Saint Plouc. On n’est plus rien depuis l’intercommunalité. Avant y’avait les communes, après il nous ont fait les communautés de communes. Puis, les agglos et enfin les communautés d’agglo. Certaines communautés pouvant être à cheval sur plusieurs départements. Au final, il n’y aura plus que des villes. Et au bout du bout qu’une seule ville. Une méga-méga-mégalopole. Et quitte à vous décevoir, je ne pense pas qu’elle s’appelle Saint Poulque.
Cécile
En gros, ils veulent que les villages disparaissent.
Mario
Eh oui, nous sommes gouvernés par des monstres ma jeune amie. Nous ne sommes pas en démocratie mais en démoncratie. Je crois que c’est une phrase historique non ?
Victor
Mais nous on ne va pas disparaitre hein Mr Mario ? On va s’accrocher ?
Mario
Non seulement on va s’accrocher mais en plus on va remonter la pente.
Cécile
Bravo Mr le maire ! On va lutter contre la désertification.
Mario
On a été désertifiés et bien on va se battre. Je vous le promets : Saint Poulque sera le grain de sable de la désertification, que dis-je, la dune de la désertification. Nous allons nous dédésertifier. Oui, je peux vous certifier qu’on va se dedésertifier. Vive Saint Poulque, vive l’oasis de la France !
NOIR PROGRESSIF AVEC MARSEILLAISE ET LES 3 AU GARDE A VOUS
Scène 2
Le curé Marc, Josselin et Victor.
La même place que précédemment sauf que là il y a une table avec 2 chaises. Sont assis le curé et Josselin. Ils sont assis en arrêt sur image. Puis Josselin démarre. Peut-être en décor un texte avec écrit : décor en fond : une église. On peut aussi faire comme les textes sur panneau des films muets.
Josselin
Heureusement mr le curé…
Marc
Appelle moi Marc depuis le temps qu’on se connait Josselin.
Josselin
Heureusement Mr le curé Marc…
Marc
Regard
Josselin
Oui ben j’ai du mal. Je te disais heureusement que tu as sorti la petite table avec le vin de messe.
Marc
Je n’avais pas le choix depuis que le bistrot a fermé.
Josselin
C’est vrai que ça fait un peu bistrot portugais ici.
Marc
Pourquoi bistrot portugais ?
Josselin
Ben, chez Jésus. (Il montre l’église en fond)
Marc
J’aurais dû m’en douter avec toi.
Josselin
A part ça, c’est bien le côté troquet, ça peut attirer le chaland à l’église.
Marc
Regard
Josselin
Pardon, c’est vrai qu’on n’est pas à Lourdes.
Marc
S’il te plait.
Silence, ils boivent.
Josselin
Josselin imitant soudain Victor avec son accent du sud.
Mr le curé j’ai vu la vierge. J’ai vu la vierge, en vrai.
Marc
Ah Josselin ce n’est pas beau de se moquer.
Josselin
Je l’ai vue comme je vous vois.
Marc
Arrête s’il te plait.
Josselin
Pourquoi ? Je l’imite bien Léon.
Marc
Léon ? Tu te moques du pape ?
Josselin
Mais non.
Marc
Alors dis Victor, c’est son nom Victor. Même si certains l’appellent Lexomil.
Josselin
Tu sais bien pourquoi je l’appelle Léon.
Marc
Non, je ne sais pas.
Josselin
Pour pas éveiller ses soupçons !
Marc
Comment ça ?
Josselin
Parce qu’en vérité je l’appelle Léon. Mais pour éviter qu’il se méfie je l’appelle Léon. Comme ça il croit que je l’appelle Léon.
Marc
Euh … oui mais pourquoi tu l’appelles Léon ?
Josselin
Je l’appelle Léon parce que son...