Un si beau jour !

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Le mariage de Marilyn et Philippe s’annonce comme une journée parfaite. Pourtant, le jour J, rien ne va plus ! Entre les frasques d’Irène, la nymphomanie maladive de Marie-Jaja, la maladresse des témoins, le sarcasme de l’ex du marié, l’amateurisme du DJ, l’inexpérience des serveuses, et la mégalomanie de John, l’artiste maudit de la famille, tout semble se conjurer pour mettre ce mariage sens dessus dessous…

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1

 

à jardin, devant le rideau fermé.

Marcel, salopette sale et bottes en caoutchouc, est appuyé sur sa fourche. Il admire le paysage en se roulant une cigarette. Irène, très apprêtée et visiblement éreintée, le rejoint.

Irène. – Excusez-moi monsieur, peut-être pourriez-vous me renseigner, je suis totalement égarée dans cette campagne pleine de vaches. Je dois me rendre au Moulin de la Louche à Rivaille-les-Pouilles.

Marcel. – À Rivailles-les-Pouilles, vous dites?

Irène. – Oui, c’est ce qu’il y a écrit sur ce carton en tout cas, et un nom pareil, ça ne s’invente pas! (Elle déchiffre.) Rivailles-les-Pouilles.

Marcel. – Alors si c’est à Rivailles-les-Pouilles que vous allez, c’est pas compliqué, vous êtes arrivée.

Irène. – Ah. J’en étais sûre, cette journée va virer au cauchemar! Bon, et le Moulin de la Moule, là?

Marcel. – Le Moulin de la Louche, m’dame, vous voulez dire.

Irène. – Oui, c’est ça, la louche, elle est où la louche? Au centre-ville, je suppose?

Marcel. – Plait-il?

Irène. – Au centre-ville. Vous savez, cet endroit où l’on croise plus d’êtres humains que de vaches!

Marcel. – Vous y êtes au centre-ville, m’dame.

Irène. – Excusez-moi, cher monsieur, mais j’ai bien peur de ne pas saisir le sens de vos propos?

Marcel. – À Rivailles-les-Pouilles, le centre-ville, c’est moi. Avec Odette, ma mère. On est les deux derniers habitants de la Vallée des Crouilles. Attention, hein, à ne pas confondre avec Les Pouilles, qu’est le nom du lieu-dit, alors que Les Crouilles, c’est le nom de toute la vallée. Non, je précise parce que, quand on confond ça contrarie ma mère, et des fois elle fait un malaise.

Elle reste perplexe, ahurie.

Irène. – … Là, j’avoue que tout ça est au-delà de mes espérances!

Marcel, contemplant la vallée. – Je vous comprends. C’est beau, non?

Irène. – Bon, monsieur…

Marcel. – Marcel. M’dame, Marcel.

Irène. – Oui monsieur Marcel, ce n’est pas que votre compagnie m’ennuie, mais mon fils – enfin ce qu’il reste de mon fils – se marie dans moins d’une heure dans la Louche de vos Pouilles ou de vos Crouilles ou de vos Nouilles, je m’en fous, alors s’il vous plait : conduisez-moi à cette satanée louche!!!!

Marcel. – Ah, ah! Ah, ah! C’est drôle ça, votre blague des nouilles. On me l’avait jamais faite celle-ci. En 48 ans de vie que j’ai pas bougé des Crouilles, personne m’a jamais fait la blague des nouilles. J’ai bien eu celle des couilles, ah ça oui, plusieurs fois même, mais alors ça, les nouilles, ça me scie les deux jambes.

Irène. – Bon, laissez tomber. Je vais continuer tout droit, je finirai bien par trouver! Au revoir monsieur, au revoir.

Elle retire ses mules et s’éloigne pieds nus.

Marcel. – Pourquoi vous voulez pas m’appeler Marcel, m’dame. C’est pourtant facile de se rappeler, c’est comme le tee-shirt… Marcel quoi.

 

 

2

 

à cour, devant le rideau fermé.

Philippe, zen, peine à fermer le dernier bouton au dos de la robe de mariée de Marilyn, ultra stressée.

Philippe. – ça n’a aucune importance chérie, enfin, ça ne se voit pas qu’il est ouvert!

Marilyn. – Pas d’importance! Pas d’importance! Mais je le fermais dans la boutique! C’est impossible que j’ai gonflé des côtes!

Philippe. – Chérie. Calme-toi. Il est sous ton voile, tout le monde se fout qu’il soit fermé ou ouvert, il est inutile ce bouton, on ne le voit pas.

Marilyn. – Tout le monde s’en fout? Moi je ne m’en fous pas, Philippe! Tu sais combien j’ai payé cette robe, tu le sais?!

Philippe. – Oui, je sais.

Marilyn. – 4300 euros.

Philippe. – 4300 euros!

Marilyn. – Oui, alors au prorata, essaie juste d’imaginer le prix de ce petit bouton inutile, comme tu dis, ou même de sa boutonnière! Je dois fermer ce bouton.

Philippe. – Chérie. C’est le plus beau jour de notre vie.

Marilyn. – Oui, ben ça commence bien!

Philippe. – On attend ce moment depuis des mois. Tu as tout sublimement préparé. Tout est parfait. Laisse juste tranquille ce ridicule bouton et je te jure que notre mariage n’en sera pas moins merveilleux.

Elle lui sourit, il l’enlace, très amoureux.

Marilyn. – Philippe…

Philippe. – Oui mon amour?

Marilyn. – J’ai un doute sur le DJ.

Philippe. – Pourquoi, c’est le frère de Paul.

Marilyn. – Justement. Paul est alcoolique, alors…

Philippe. – Alors quoi?

Marilyn. – Alors il paraît que c’est dans les gènes l’alcoolisme, et moi, un DJ alcoolique, ça ne me rassure pas… (Un temps.) Imagine qu’il mette du Michel Sardou.

Philippe. – Du Michel Sardou? Mais enfin pourquoi mettrait-il du Michel Sardou?

Marilyn. – Je ne sais pas, parce que je déteste Michel Sardou alors je…

Philippe. – Marilyn. Arrête de t’inquiéter pour rien. Tout va bien se passer. Paul est un ami qui nous connait bien, s’il nous conseille son frère, c’est qu’il est dans l’esprit. En plus, au prix où on le paye, il va être bien, c’est sûr.

Il lui caresse le visage et l’embrasse. Elle se détend quelques secondes puis son visage se crispe et elle fond en larmes.

Philippe. – Qu’est-ce qui se passe encore?

Marilyn. – Je dois t’avouer quelque chose.

Philippe. – Quoi?

Marilyn. – J’ai peur que le champagne ne soit pas bon, j’ai choisi sur catalogue, c’est stupide, j’ai choisi sur la couleur de l’étiquette… Pour qu’il soit assorti avec mon fard à paupières. Si ça se trouve, il est imbuvable!

Philippe. – Marilyn. Je t’aime. Tu es sublime dans ta robe hors de prix, le DJ déteste sans doute Michel Sardou autant que toi, et le champagne sera très bon. Maintenant : pense à nous deux.

Ils s’étreignent. Célia, fille un peu cul-cul, entre, un coussin à l’effigie de Buzz l’éclair à la main.

Célia. – Excusez-moi de vous déranger les amoureux mais j’ai besoin juste d’une confirmation : ça vous va comme coussin pour les alliances?

Philippe et Marilyn restent perplexes une seconde. Marilyn se remet à pleurer.

Célia. – Elle a un contentieux avec Buzz l’éclair?

Philippe. – écoute Célia, comment te dire…

Célia. – J’en étais sûre! J’aurais dû prendre celui avec Tom et Jerry. Toi, le gros chat, elle, la petite souris, c’était plus cohérent. Tu vois, j’ai hésité mais je me suis dit que Buzz l’éclair, « Vers l’infini et au-delà! », c’était un super présage pour votre amour… Enfin je veux dire… Tu vois quoi… Oh, je suis flinguée! Flinguée!

Philippe. – écoute Célia, ne t’inquiète pas, ça va aller.

Célia. – Oh, je suis flinguée. (Jetant un œil à Marilyn, effondrée plus loin.) Elle pleure avec des vraies larmes, j’ai l’impression, là... Oh… Je suis flinguée.

Philippe. – écoute, je pense que c’est l’idée de Buzz L’éclair à côté de sa robe à 4300 euros qui la contrarie.

Célia. – 4300 euros!

Philippe. – Oui, je sais, c’est abusé. Bon, pour le coussin, oublie ton copain Buzz et prends celui qui est sur la banquette arrière de ma Twingo, ça dépannera.

Célia. – Ok. Je fais ça… (à Marilyn.) Eh ma chérie, t’inquiète hein, tu m’as choisie comme témoin, tu seras pas déçue. Et arrête de pleurer...

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