L’homme qui en bavait trop
Quand on a touché le jack-pot et qu’on vit avec la plus grande rapiat du monde, que faire à part compter sur ses amis.
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| L'homme qui en bavait trop | Saln contemporain (De radin) |
Quand on a touché le jack-pot et qu’on vit avec la plus grande rapiat du monde, que faire à part compter sur ses amis.
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ACTE 1
Scène 1 : Maurice, Aimée
Maurice entre. Il est enveloppé dans une doudoune. Il souffle dans ses mains pour se réchauffer. Il s’assoit puis attend sans rien dire. Aimée entre. Elle est vêtue beaucoup moins chaudement. Il se prépare du «café»
Maurice / Vous avez encore coupé le chauffage ? Il fait moins froid au Pole Nord
Aimée / Vous n’avez qu’à y aller. Le matin, moi tellement j’ai chaud, il y a de la buée dans la salle de bain.
Maurice / Ce n’est pas de la buée, c’est du givre. Pourquoi ne voulez-vous pas mettre le chauffage ?
Aimée / Je n’ai pas pour habitude de jeter l’argent par les fenêtres.
Maurice / Des fenêtres avec des carreaux cassés !
Aimée / J’ai mis des cartons, ça fait pareil.
Maurice / En plus, ça assombrit la pièce. Déjà que l’ampoule de notre chambre est grillée ; on pourrait au moins la changer.
Aimée / Elle n’est pas grillée ; je l’ai juste un peu dévissée. Pour ce qu’on y fait, on y voit bien assez.
Maurice / Et l’eau chaude ? Y’a plus d’eau chaude.
Aimée / Vous passez une heure sous la douche. Et l’eau, ça coûte cher. Surtout l’eau chaude. A l’eau froide c’est moins long.
Maurice / Je vais rallumer la chaudière.
Aimée / Vous ne rallumerez rien du tout. J’ai fermé la cave à clef.
Maurice / Vous commencez à me pomper !
Aimée / Comment ?
Maurice boit son café. Il manque de le recracher.
Maurice / Vous êtes sûre que c’est du café ?
Aimée / Je l’ai acheté moi-même.
Maurice / J’ai quand même droit à un bon café le matin. Le petit déjeuner, c’est surtout petit, et pour le reste de la journée, ça n’se bouscule pas dans l’assiette.
Aimée / Vu votre poids, et votre taille, vous avez droit à cinquante grammes de viande tous les deux jours. Et le demi-verre de vin le midi, c’est pour vous faire plaisir !
Maurice / C’est une vraie piquette.
Aimée / Vous voudriez peut-être du Château Lafite ? .. Je vous ai épousé, vous devriez m’en être reconnaissante. Mes parents auraient préféré un millionnaire, et moi, j’ai choisi un pauvre. Une vie simple ! Sans excès ! D’amour et d’eau fraîche comme on dit !
Maurice / D’eau fraîche, c’est sûr.
Aimée / Et puis cessez ces sarcasmes. Et au contraire, profitez ! Profitez de la vie.
Maurice / Pour profiter, je profite.
Aimée / Vous profitez de moi, c’est déjà beaucoup.
Maurice/ Je ne vous ai pas épousée pour votre argent.
Aimée / Moi non plus.
Maurice / On pourrait sortir, rencontrer des gens intéressants, fréquenter du beau monde !
Aimée / (Elle regarde à la fenêtre et regarde vers le public) Fréquenter du beau monde.. Vous en voyez ? Vous me fréquentez ; je ne vous suffis pas ?
Maurice / Si. Mais, de temps en temps..?
Aimée / Vous voulez quoi ? Des dîners au champagne ? Des chandeliers ? Du caviar tous les soirs ?
Maurice / Mais vous avez largement les moyens ! On pourrait vivre dans un château ! Avoir un grand jardin ! Avec des trucs qui s’mangent..
Aimée / Un château ! Avec un jardin ! Et pourquoi pas un parc avec des bœufs pour que vous ayez de la viande à chaque repas ! Vous n’en avez jamais assez !
Maurice / Jamais assez, jamais assez..
Aimée / Et bien non ! J’ai hérité de mes parents, et l’héritage, c’est sacré !
Maurice / Ca n’se verrait même pas.
Aimée / Moi je le verrais !
Maurice / Votre argent, vous le dépenserez au cimetière.
Aimée / Même pas ! Une petite tombe tout simple. C’est pas quand on est mort qu’il faut mener la grande vie.
Maurice / Tu parles d’une vie..
Aimée / C’est la mienne.
Maurice / Euh.. Je.. Pour mon argent de poche ?
Aimée / Évidemment, vous l’avez déjà dépensé.
Maurice / Si ça continue, je serai obligé de faire la manche.
Aimée / Et bien allez y ! Allez demander l’aumône !
Maurice / Ca ne vous ferait rien ?
Aimée / Du moment que ce n’est pas moi qui donne..
Maurice / Si ça continue, je vous quitterai.
Aimée / Me quitter ! Quitter la plus grosse fortune de la région. Mon ami, vous déraillez.
On frappe à la porte
Scène 2 : Maurice, Aimée
Maurice / On a frappé..
Aimée / Je n’ai rien entendu.
Maurice / Si vous faisiez installer une sonnette, vous entendriez mieux.
Aimée / C’est vous qui payez l’électricité ?
Maurice va à la porte et regarde à travers l’œilleton.
Maurice / C’est la voisine.
Voix de Josette / Y’a quelqu’un ?
Aimée / Cette profiteuse vient encore emprunter quelque chose. Cachez-vous !
Ils se cachent dans la pièce. La voisine continue à frapper à la porte. Elle crie. Aimée et Maurice chuchotent.
Voix de Josette / C’est moi ! Josette Pougnette ! Y’a quelqu’un ?
Aimée / Y’a personne.
Maurice / On pourrait quand même ouvrir.
Aimée / Ah non ! La dernière fois, elle m’a emprunté du sel. Elle ne me l’a jamais rendu !
Voix de Josette / J’ai quelque chose pour vous !
Aimée / (Chuchoté) C’est quoi ?
Voix de Josette / (Comme si elle avait entendu) Le journal ! Je l’ai lu ! J’en ai plus besoin,
Maurice / Qu’est-ce qu’on fait ?
Aimée / Et bien ouvrez ! Qu’est-ce que vous attendez ?
Maurice va ouvrir
Maurice / (Il ouvre) Madame Pougnette !
Josette / Ah ! Ben dîtes donc ! J’ai cru que vous étiez morts.
Maurice / Nous ne nous avions pas entendu.
Josette / Je vous ai apporté le journal. D’habitude je le lis en prenant mon café, mais ce matin, je l’ai lu sans café. J’ai encore oublié d’en acheter.
Aimée / C’est trop dommage. Je vous en aurais bien prêté, mais on n’en a plus non plus. Je m’en veux, mais je m’en veux !
Josette / C’est pas grave. Comme on dit, c’est l’intention qui compte.
Aimée / En plus, je n’ai plus d’sucre. La dernière fois que vous êtes venue, je vous en avais même prêté, et j’ai oublié d’en racheter.
Josette / Ne vous en faîtes pas pour moi ; je fais un régime.
Aimée / Un régime ? Sans sucre ? C’est le docteur qui..?
Josette / Ah non ! C’est pas l’docteur, c’est la banque. Mon régime, c’est pas les kilos en trop, c’est l’argent en moins ! Payée le 30, fauchée l’quinze ! Carottes chimiques le neuf, et poireaux congelés le douze. Les mois sont de plus en plus longs, vous savez.
Aimée / Enfin. Tant qu’on a la santé..
Josette / C’est ça.. Tant qu’on a la santé..
Aimée / Bon, et bien, merci. Pour le journal.
Josette / J’l’ai payé, mais tant pis ! Quand c’est lu, c’est lu ; et puis entre voisins, faut s’entraider !
Aimé l’accompagne jusqu’à la porte.
Aimée / Et bonne journée.
Josette / On va essayer.
Aimée / Voilà, voilà..
Josette / Euh.. ? Vous..? Non ?
Aimée / Non. Mais c’est gentil d’être passée. (En même temps, elle la pousse dehors. Josette Pougnette sort.
Voix de Josette / Merci quand même !
Aimée / Y’a pas d’quoi !
Aimée ferme la porte
Scène 3 / Aimée, Maurice
Aimée / On les laisserait faire, ça s’installerait chez vous !
Maurice / C’est quand même gentil. Elle nous a donné son journal.
Aimée / Un journal dont elle n’a plus besoin. Elle nous prend pour qui ? La poubelle ?
Maurice / Vous n’exagérez pas un peu ?
Aimée / C’est vrai ; j’oubliais que monsieur est de gauche ! De gauche, alors que j’aurais pu épouser quelqu’un de droite ? Mais non, il a fallu que je craque pour un gauchiste ! Je m’en veux, mais je m’en veux !
Aimée lit le journal. Durant quelques secondes on n’entend rien. Aimée tourne les pages. Maurice a l’air très malheureux.
Aimée / Heureusement que nous n’achetons pas ce torchon. Pour ce qu’ils ont à dire, ça ne vaut pas l’coup de dépenser. (S’ensuit un certain silence) Tiens ! Y’a un abruti qui n’a pas réclamé son gain au loto.
Maurice / Ah bon ? Y’a beaucoup ?
Aimée / Douze millions !
Maurice / Douze millions ? Je peux voir ?
Aimée / Si ça vous amuse.. (Elle lui donne le journal)
Maurice lit puis fouille dans ses poches. Il sort un ticket.
Maurice / Non ?
Aimée / C’est pas vrai. En plus vous jouez ! Vous êtes irresponsable, Maurice !
Maurice / (Il ne répond pas et sort un ticket de sa poche. Il vérifie) 21.. 4.. 5.. 3.. 44.. 12.. C’est pas vrai !
Aimée / En plus il a perdu.
Maurice / Pas du tout ! J’ai gagné.
Aimée / Vous avez gagné quoi ?
Maurice / Tout ! J’ai tout gagné ! Douze briques ! J’ai gagné le Jack-po (Prononcer po)
Aimée / Faîtes voir !
Maurice / C’est marqué ! Tenez ! Regardez (Il lui montre le ticket)
Aimée / (Elle vérifie) Merde. Douze millions.
Maurice se lève et improvise une danse sour le regard ébahi d’Aimée.
Maurice / Moi...