Acte I
La porte s’ouvre. Une dame entre, suivie par deux amis portant des sacs de voyage.
La tante. – Et voilà, messieurs, vous y êtes !
Olivier. – Ah ! un peu de fraîcheur !
Jeff. – Le soleil tape fort, aujourd’hui !
La tante. – Hé, c’est que vous êtes pas dans le Nord ! Ici, le soleil, il est généreux et c’est pas la pollution qui lui fait de l’ombre ! Vous allez voir comme vous allez être bien. Ici, le silence, il vous écorche le tympan que c’est un bonheur ! C’est que vous êtes à l’écart de la route et que ça vous évite les pétarades de moteurs ! (Elle remonte le store.) Alors ? C’est pas beau cette vue ?
Olivier. – Oh ! on voit la mer ! Il y a un sacré panorama !
Jeff. – Oui, et ça sent bon la lavande…
La tante. – Je vous l’avais pas dit, histoire de faire la surprise. Oh ! c’est qu’un petit bout, té, mais ça scintille qu’on dirait des diamants…
Jeff. – En tout cas, quel calme !
La tante. – Ah ! pour ça, vous serez tranquilles ! Quand je vois tous ces Parisiens qui viennent s’entasser sur la Côte… Ils se plaignent que dans le métro ils sont serrés comme des anchois, et en vacances ils trouvent rien de mieux que de venir s’entasser sur la plage. Té, il faut être fada !
Olivier, regardant la mer, au loin. – On en est à combien ?
La tante. – Oh ! bé ça je peux pas vous dire… Moi, les estivants, je les compte pas !
Olivier. – Non, je voulais dire, on est à combien de kilomètres de la plage ?
La tante. – Ah… trois ou quatre.
Jeff, à Olivier. – Tu parles… Disons plutôt six ou sept…
Olivier. – C’est dingue, ici. Ils exagèrent tellement que tu es obligé de diviser par deux ce qu’ils te racontent, mais pour les distances, c’est le contraire, tu es obligé de multiplier par deux !
La tante. – Bon, que je vous montre. La quittechenette, avec tout le barda qu’y faut, que si par hasard il vous manque quelque chose, vous me dites, je suis pas loin ! Bon, là, c’est le salon, le livingue roume comme ils disent les Anglais. Venez, que je vous montre les chambres, la salle de bains et le petit coin, comme qui dirait le pipiroume, quoi ! (Ils la suivent.)
On entend une sonnette de vélo puis une jeune fille arrive.
Magali. – Y a quelqu’un ? Youhou, la tante, tu es là ?
Elle voit les sacs, se regarde dans la glace, arrange ses cheveux. Les garçons et la tante reviennent.
La tante. – Té, te voilà, toi ! Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
Magali. – Je suis venue voir s’il y avait besoin de rien. (Elle dévore les garçons des yeux, fait sa coquette.)
La tante. – Arrête de me raconter des histoires ! Je sais bien pourquoi tu es là… (Aux garçons.) C’est Magali, ma nièce, la fille de mon frère. Il me l’envoie pour les vacances.
Magali, minaudant. – Bonjour… On pourrait se faire la connaissance : c’est quoi, vos petits noms ? (Chacun dit son prénom.) Et qu’est-ce que de beaux garçons comme vous viennent faire dans ce coin perdu ?
La tante. – Ils sont venus pour la tranquillité ! Alors, tu vas la leur faire, la tranquillité ! Et plus vite que ça !
Magali, l’ignorant. – Je suis là pour le service. Si vous avez besoin, y faut pas hésiter, vous pouvez me demander ce que vous voulez…
Les garçons sourient, gênés, acquiesçant.
La tante. – Tu vas finir, dis ! Et que je te minaude, et que je te fais des œillades, et que je te tortille du croupion qu’on dirait une pintade en folie !
Olivier. – C’est gentil à vous, mais on va se débrouiller…
Jeff. – Pas de soucis, on a l’habitude, vous savez, quand on est célibataire…
Magali, se rapprochant encore plus. – Pas pour très longtemps, ça m’étonnerait, vous envoyez des ondes qu’on dirait des aimants et que même ça me fait comme des chatouillis…
La tante, l’attrapant par le bras. – T’as pas de honte, dis ! Allez, zou ! Tu te rentres ! (Elle la pousse vers la sortie.) Tu te le prends, le vélo, t’y poses tes fesses et tu pédales vite fait jusqu’à la maison et que je t’y trouve quand je reviendrai de chez la Marie Pichon ! (On entend la sonnette du vélo. La tante crie.) Et que je t’y reprenne à venir ici, espèce de gourgandine ! (Aux garçons.) Si c’est pas malheureux ! Tout le portrait de sa mère, que son mari, peuchère, que pourtant il est pompier, il a jamais pu lui éteindre le feu qu’elle avait au derrière ! Bon… Il faut que j’y aille. Vous avez des vélos dans la remise derrière la maison. Pour aller à la mer, c’est plus pratique rapport à la circulation.
Jeff. – Je vous raccompagne en voiture.
La tante. – Vous voulez rire ? Vous croyez que je les ai eus comment, les mollets bien ronds ? Merci quand même et à la revoyure ! Que si vous avez le besoin, vous hésitez pas, hé ?
Les garçons. – Au revoir ! Merci !
La tante s’en va.
Olivier. – Ben dites donc ! (Imitant Magali.) « Vous pouvez me demander ce que vous voulez. » Elle promet, la gamine ! Elle a du boulot, la tantine, moi je te le dis !
Jeff. – C’est son problème, pas le nôtre. Bon, on s’installe vite fait et on file. Je vous dis pas les canons qu’on va trouver à la plage !
Olivier. – En parlant de plage, on en est quand même un peu loin. C’est pas vraiment l’ambiance bord de mer…
Jeff. – T’es marrant, c’est pas les mêmes prix non plus ! Et puis rien ne nous empêche de rentrer uniquement pour nous coucher.
Olivier. – C’est vrai. Et puis, l’avantage, c’est qu’on va se faire des grasses matinées royales ! Écoute ce silence…
Jeff. – Je sais pas toi, mais moi j’ai trop envie de me baigner. On rangera plus tard.
Olivier. – T’as raison ! (Il attrape un sac de sport.) Maillots, serviettes, tout est là-dedans, on peut y aller !
Jeff. – On arrive, les filles ! Ça va déménager ! Mon vieux, je sens qu’on va faire des ravages !
Magali, de dehors. – Youhou ! C’est re-moi !
Jeff. – Oh ! ben non !
Olivier. – Qu’est-ce qu’elle veut ?
Jeff. – Je sens qu’elle va me fatiguer…
Magali, entrant. – Vous me voyez toute confuse, mais j’ai crevé ma roue de vélo et je suis si tellement gourde que je sais pas la réparer toute seule !
Olivier. – La maison de votre tante n’est pas si loin. Vous pouvez le pousser jusque là-bas.
Magali. – Ça serait bête que j’abîme le pneu alors que j’ai la rustine…
Jeff. – Moi, j’ai jamais fait ça. Je vais défaire les bagages.
Magali, se tournant vers Olivier. – Et vous ? Vous voulez bien me la coller, la rustine ? Y a ce qu’il faut dans la remise.
Olivier. – Ben c’est-à-dire que… on allait partir…
Jeff. – Mais si, il va le faire ! On a bien cinq minutes… Il adore le bricolage !
Olivier, regard noir et entre ses dents. – Merci…
Magali. – Venez, que je vous montre. (Ils sortent.)
Jeff. – Ah ! le pauvre vieux ! Il est cuit ! Moi, cette fille, elle me fait peur ! Elle a l’air gourmand du cannibale devant l’explorateur dans sa marmite ! (Il emporte des sacs vers les chambres, revient.) Bon, ben y a plus qu’à attendre ! (Il allume la télé. C’est le tirage du loto.) Encore perdu ! (Il éteint la télé.) Je me demande pourquoi on joue…
Olivier revient, échevelé, la chemise à moitié ouverte, un pan hors du pantalon, les lunettes de travers, des traces de rouge à lèvres un peu partout sur le visage.
Olivier. – C’est pas une fille, c’est une sangsue doublée d’une pieuvre !
Jeff le regarde, halluciné.
Jeff. – Ben mon pauvre vieux… Elle t’a sauté dessus ?
Olivier. – Carrément ! (Il se nettoie avec un torchon.)
Jeff. – Pendant que tu rebouchais le trou ? (Imitant Magali.) « Avec la rustine ? »
Olivier. – Sa roue n’était même pas à plat ! C’était une ruse pour m’attirer dans la remise.
Jeff. – Dis donc, elle est culottée ! Et elle voulait que tu la déculottes !
Olivier. – Hilarant ! J’aurais aimé t’y voir !
Jeff. – Allez, c’est pas si terrible ! Tu as sauvé ta virginité, j’espère ?
Olivier. – C’est ça, rigole bien ! T’avais qu’à y aller, toi, dans la remise.
Jeff. – Moi, je préfère les filles qui se font désirer, et quand enfin elles te tombent dans les bras, tu as l’impression d’avoir remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques.
Olivier. – Eh ben moi, j’aime mieux tester des tas d’échantillons. Comme ça, le jour où je me déciderai, je serai sûr d’avoir fait le bon choix, mais elle… elle me fait peur !
Jeff. – Elle est repartie ?
Olivier. – Je pense que oui.
Jeff. – T’en sais rien ?
Olivier. – Ben, je me suis positivement échappé. Elle m’avait coincé contre un vieux bahut. Elle a voulu enlever son tee-shirt. J’ai profité qu’elle avait la tête prise dans l’encolure pour me tirer !
Jeff rit. La tante arrive.
La tante. – Pardon pour le dérangement, mais dites, la Magali, elle serait pas revenue, par hasard ? (Ils font signe que non.) C’est que je me méfie, hé ! Quand je suis revenue de chez la Marie...