Le Devant De La Scene

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Comédie drôle et sensible qui plonge dans les coulisses d’une troupe de comédiens. Ecrite en une vingtaine de courtes scènes rythmées, elle mêle répétitions chaotiques, rêves de scène et petits drames humains. Les comédiennes et comédiens se croisent, se disputent, s’encouragent et se révèlent peu à peu. Le théâtre devient un miroir de la vie avec ses masques, ses fragilités et ses instants de vérité. “Le devant de la scène” est avant tout un hommage aux comédien.ne.s et à l’amour du théâtre.

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LE DEVANT DE LA SCÈNE

 

 

Personnages :

Une multitude de rôles pouvant donner une distribution modulable. La distribution des personnages est donnée en début de chaque tableau.
Il n’y a qu’un personnage qui sera toujours interprété par le même comédien c’est MONSIEUR DELMAS, le directeur du théâtre.

Décor :

La scène d’un théâtre sans décor, sans artifice. Selon les tableaux, des éléments de décor pourront être apportés et repartir à la fin des tableaux : table, chaises, bibelots, accessoires, costumes.

Liste des tableaux :

  • Monsieur Delmas
  • Ne pas monter bien haut
  • La visite de l’auteur
  • Le cactus
  • Mon père ce héros
  • L’affrontement
  • Répétition des affiches
  • Les SDF
  • Le malaise du directeur
  • Mathieu et le pantalon rouge
  • Le TNP
  • Adèle
  • Les clowns sont dans la lune
  • L’audition
  • La servante et le sofa
  • Répétition avec un fantôme
  • C’est pour l’art
  • Sans parole
  • Le Maire et l’enveloppe
  • L’adieu aux vieux murs

 

 

 

MONSIEUR DELMAS

 

Un vieux bureau au bord de la scène. Une lampe éclaire un homme assis devant une machine à écrire. On entend le bruit lent et irrégulier des touches. Des feuilles sont empilées autour de lui. Il tape quelques mots, s’arrête, soupire. Puis il lève les yeux vers le public.

  1. DELMAS
    Ah… vous êtes là.

Petit sourire fatigué.

Excusez-moi… je ne vous avais pas entendus entrer.
Avec l’âge, on finit par ne plus entendre que les souvenirs.

Il retire ses lunettes.

J’écris.
Enfin… j’essaie.
Toute une vie dans un livre, vous imaginez ça ?
Des années entières résumées en quelques pages… c’est presque insultant.

Il tapote la machine.

Cette vieille chose, elle aussi, elle fatigue.
Comme moi.

Silence léger.

Je suis le propriétaire de ce théâtre.
Enfin… plus pour très longtemps.

Il regarde autour de lui.

Ces murs… je les connais mieux que ma propre maison.
Chaque fauteuil qui grince, chaque ampoule qui claque cinq minutes avant le lever de rideau… chaque tache sur le parquet… je pourrais les retrouver les yeux fermés.

J’ai vu passer ici des génies…
et des catastrophes absolues.

Petit rire sincère.

Un soir, un acteur est entré complètement ivre sur scène et a joué le deuxième acte avant le premier.
Le public a cru que c’était expérimental.
Ils ont applaudi dix minutes.

Une autre fois, la pluie traversait le toit pendant une tragédie classique… les acteurs jouaient Racine avec des seaux autour d’eux.
Et malgré ça… malgré tout… c’était magnifique.

Parce que le théâtre… ce n’est pas la perfection. Rigide et froide.

C’est des humains qui essaient.
Qui tombent.
Qui oublient leur texte.
Qui tremblent derrière le rideau.
Et qui avancent quand même sous la lumière.

Il baisse les yeux vers ses feuilles.

J’écris tout ça avant que ça disparaisse.
Parce que oui…

Long silence.

Je vais vendre ce théâtre.

Il a du mal à continuer.

Je ne l’ai encore dit à personne.
Pas aux troupes.
Pas aux techniciens.
Pas aux jeunes comédiens qui répètent ici jusqu’à minuit en croyant que leurs rêves sont éternels.

Comment leur dire ?
Comment leur annoncer que cet endroit… leur refuge… leur maison… pourrait bientôt ne plus exister ?

Il se lève lentement.

On m’a fait des offres.
De très belles offres.
Alors évidemment, tout le monde me dit d’accepter.
“Tu es vieux.”
“Profite.”
“Repose-toi.”

Comme si on pouvait se reposer après avoir vécu toute sa vie dans le bruit des applaudissements. Mais parfois le corps se moque des applaudissements et vous envoie des alertes, des signes de catastrophe à venir.

Il regarde la salle vide.

Je ne sais même pas ce qu’ils feront de cet endroit.
Peut-être qu’il restera un théâtre. C’est ce que j’espère.
Peut-être qu’ils garderont la scène, les rideaux, les loges…
Ou peut-être qu’ils détruiront tout.
Un supermarché.
Des bureaux.
Des appartements modernes avec de grandes fenêtres propres où personne ne saura qu’ici… autrefois… des gens venaient rêver ensemble dans le noir.

Sa voix se brise légèrement.

C’est étrange…
Un théâtre paraît immortel quand il est plein.
Et pourtant… il suffit d’une signature pour qu’il disparaisse.

Il passe doucement la main sur la machine à écrire.

Parfois, tard le soir, quand tout le monde est parti…
je reste ici dans le silence.
Et je crois encore entendre les voix.
Les répétitions.
Les disputes dans les coulisses.
Les rires.
Les saluts.
Les applaudissements.
Ils sont tous encore là quelque part. Accrochés aux murs.

Long silence.

Vous savez…on croit qu’on possède un théâtre.
Mais ce n’est pas vrai.
C’est lui qui nous possède.
Et quand vient le moment de le quitter…

Il regarde la scène avec émotion.

…on a l’impression d’abandonner une partie de soi dans la pénombre.

Il remet une feuille dans la machine. Hésite. Puis tape lentement quelques mots.

“Fin du premier chapitre.”

Il reste immobile un instant. Puis dans un souffle :

J’aurais voulu que le rideau ne tombe jamais.

Des comédiens entrent sur le plateau. Ils ne remarquent pas le vieil homme. L’un pousse la table dans les coulisses. L’autre déplace la chaise. Ils chahutent, rient, se lancent quelques phrases.

  • Je ne sais pas qui répétait avant nous mais ils auraient pu ranger leur décor.

Alors le vieil homme sort tranquillement.

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NE PAS MONTER BIEN HAUT

 

Personnages :

  • GÉRARD, metteur en scène
  • MARINE, comédienne
  • NINO, comédien
  • CLARA, comédienne
  • PAULINE, comédienne

Cette scène peut s’enchainer directement après le monologue du directeur.
On entend au loin un faible grondement d’orage.
Tous les comédiens ont un texte en main sauf PAULINE qui fouille désespérément dans son sac.

GÉRARD
Bon. Vous avez laissé vos téléphones dans les loges ?

TOUS
Ouiiii.

GERARD
On se connait tous alors on va commencer la lecture de la pièce que je vous ai envoyée…

Petit tonnerre.

MARINE
« Ne pas monter bien haut… »

NINO
Le titre donne confiance.

CLARA
Lèche-botte !

GÉRARD
Titre en référence à Cyrano, vous l’avez noté ?

TOUS
Ouiiiii.

GERARD
C’est une pièce sur l’ambition humaine.

LÉO
Ah. Bien.

GÉRARD
Et ses limites.

LÉO
Ah moins bien.

PAULINE (paniquée)

Attendez… J’ai oublié mon texte.

MARINE
Le premier jour ?

PAULINE
Je l’ai imprimé… puis je l’ai laissé sur l’imprimante.

NINO
Le théâtre contemporain commence fort.

GÉRARD
Ce n’est pas grave. On partage. Le théâtre, c’est aussi le collectif.

PAULINE
Je peux regarder avec quelqu’un ?

Personne ne répond.

PAULINE
…Quelqu’un ?

CLARA
Pas avec moi. J’ai annoté.

GERARD
Annoté quoi ? On n’a pas encore commencé.

NINO
Moi aussi, on faisait ça avec l’ancien prof. Il aimait bien qu’on apporte des idées.

MARINE
Viens.

PAULINE s’approche de MARINE et tente de lire sur sa feuille.

MARINE
Oh, pas si près, ça me chatouille.

PAULINE
Pardon.

MARINE
Et me souffle pas dans le cou. Tu veux mon 06 ou bien ?

PAULINE
Je vois rien.

MARINE
Ben mets tes lunettes, mamie.

Rires.

GÉRARD
Bon, on peut commencer ? Alors ! Avant toute chose, je vais vous parler de ma vision.

Tonnerre un peu plus fort.

NINO (bas)
On est partis pour une heure.

GÉRARD
Comme vous avez vu, dans cette pièce… il y a quatre grands rôles.

Tous se redressent.

GÉRARD
Et énormément de petits rôles.

Tous se tassent immédiatement.

GÉRARD
Mais attention ! Des petits rôles essentiels.

NINO
Évidemment.

GÉRARD
Sans les petits rôles… (Il cherche.)…les grands rôles seraient seuls…

MARINE
C’est beau comme un mug de développement personnel.

GÉRARD
Je veux dire qu’un rôle n’est grand que par sa hauteur mais sans petits rôles il est comme un baobab en plein désert…

Tout le monde est épaté et brouhahate.

LEO
Wah, ça c’est de la métaphore !

GERARD
Et puis au théâtre, il n’y a pas de hiérarchie.

NINO
Tu viens de dire qu’il y avait quatre grands rôles.

GÉRARD
Oui mais humainement il n’y a pas de hiérarchie.

Un éclair illumine légèrement la salle.

CLARA
Ça tape fort dehors quand même.

PAULINE
J’aime pas l’orage.

NINO
C’est pratique pour les effets spéciaux. Allez-y les sorcières, c’est le sabbat.

Nino improvise une gestuelle satanique reprise par les autres.

GÉRARD
Bon, on se calme. Distribution.

Tous deviennent tendus.

GÉRARD
LÉO… tu joueras Victor.

LÉO
Le premier rôle ?

GÉRARD
Le personnage central.

LÉO
Merci Gérard. Pile celui que je visais. Je sens une vraie proximité avec ce personnage.

NINO
Parce qu’il est arrogant ?

GÉRARD
MARINE… tu joueras Estelle.

MARINE
Ah non. Je voulais Madame Barlot.

GÉRARD
Estelle est un rôle magnifique.

MARINE
Elle est cruche, elle minaude, dit trois phrases et meurt dans un placard.

GÉRARD
Oui mais intérieurement elle existe énormément.

NINO
Intérieurement au placard.

GÉRARD
NINO… tu seras Le Facteur, Le Policier, Le Client numéro deux, L’Homme dans l’escalier et Bruit de toux.

NINO
Pardon ?

GÉRARD
C’est un parcours.

NINO
C’est quoi « Bruit de toux » ? Je joue une infection pulmonaire ?

GÉRARD
PAULINE… tu seras Madame Barlot.

PAULINE
Ah super !

MARINE
Tu veux pas qu’on échange. Estelle t’irait bien.

PAULINE
Parce qu’elle est cruche ? Merci bien.

GÉRARD
Ah, Pauline, tu seras aussi la Voix dans le noir.

PAULINE
Ok. Ça me va.

GÉRARD
Et la chèvre.

PAULINE
…La chèvre parle ?

GÉRARD
Deux fois. C’est un conte fantastique.

NINO
Je me disais aussi…

GÉRARD
Et enfin… CLARA…

CLARA sourit déjà.

GÉRARD
Tu joueras… le vieux Mathurin.

Silence.

CLARA
Qui ? Le vieux quoi ?

GÉRARD
Mathurin. Vieillard bossu de quatre-vingt-sept ans. Tu as lu la pièce ?

CLARA
Mais… c’est un homme.

GÉRARD
Oui. Et alors ?

CLARA
Très vieux.

GÉRARD
Oui.

CLARA
Et bossu.

GÉRARD
Artistiquement bossu. C’est quoi le problème ?

CLARA
Mais… Pourquoi moi ?

GÉRARD
Parce que tu as une grande sensibilité physique.

NINO
Il veut dire que tu sais marcher bizarrement.

CLARA
Je voulais Estelle !

MARINE
Elle est morte dans un placard.

CLARA
Au moins elle a des cheveux !

GÉRARD
Ecoute Clara, du temps de Shakespeare, tout le monde jouait tout.

NINO
Oui enfin Shakespeare est mort.

GÉRARD
Mais son théâtre est bien vivant. Vous savez, le théâtre demande du courage.

CLARA
Le courage de devenir un papi voûté dès le mois de septembre ?

GERARD
Tu sais, Sarah Bernhard a joué L’Aiglon, Lorenzaccio, Hamlet. Trois hommes.

CLARA
Mais pas le vieux Mathurin bossu et chauve.

Le tonnerre éclate plus fort. Une vitre tremble.

PAULINE
Oh là ça se rapproche.

MARINE
Si le toit fuit encore, évitez le côté jardin. La dernière fois on y mettait des seaux.

GÉRARD
Bon. Ne perdons pas de temps si on ne veut pas rentrer chez soi sous la pluie. Lecture.

LÉO (théâtral)
“Victor entra dans la pièce avec une noblesse tragique…”

NINO
Déjà insupportable.

LÉO
“…car il savait que le destin…”

PAULINE (penchée sur le texte de MARINE)
Attends, attends, tu vas trop vite.

MARINE
Arrête, tu me pousses avec ton épaule.

PAULINE
J’essaie de lire !

MARINE
Et tu respires dans mon cou ! T’es lesbienne ou quoi ?

CLARA (lisant sèchement)
“Mathurin avance lentement, rongé par le temps…”

NINO
Ça te va bien finalement.

CLARA
Je vais te ronger toi.

GÉRARD
Plus de sincérité ! Servez-vous de l’orage. L’orage doit nourrir la scène !

Énorme coup de tonnerre.

PAULINE
Eh ben il nourrit. J’ai plus faim.

MARINE
On peut fermer une fenêtre ?!

NINO
Elle ferme plus depuis 2008.

LÉO
On entend plus le texte.

NINO
C’est peut-être une chance.

GÉRARD
STOP ! Vous pouvez arrêter les vannes ?

Silence relatif.

GÉRARD
Je sens des frustrations.

CLARA
Je joue un fossile.

NINO
Je joue une toux chronique.

MARINE
Je meurs dans un meuble.

PAULINE
Je suis une chèvre sans texte.

GÉRARD
Très bien. Puisque cette distribution provoque autant de tensions…

Il réfléchit.

NINO
Il va encore parler de Shakespeare.

GÉRARD
… vous allez tirer les rôles au sort.

Tous réagissent.

LÉO
Quoi ?!

GÉRARD
Le hasard est un immense metteur en scène.

NINO
Et un alcoolique dangereux si je tombe sur Estelle, la cruche.

PAULINE
Ça t’ira très bien.

GÉRARD découpe fébrilement des papiers.

GÉRARD
Un rôle chacun. Le destin choisira.

Le tonnerre devient violent. Les lumières clignotent.

PAULINE
Je le sens mal. C’est une très mauvaise idée.

MARINE
Clairement le ciel essaye d’intervenir.

CLARA
Dieu évite moi la quinte de toux !

Ils tirent chacun un papier.

GÉRARD
Très bien. À tour de rôle, lisez ce que vous avez obtenu.

NINO
Zeus, fait quelque chose ! Je ne veux pas jouer la chèvre.

Un gigantesque éclair.
BOUM TERRIFIANT.
Toutes les lumières s’éteignent brutalement.

Noir complet.

UNE VOIX DANS LE NOIR
Qui m’a touché le visage ?!

UNE AUTRE VOIX
C’est pas moi !

MARINE
Qui a pris mon papier ? Je veux mon papier, je suis sûre que j’avais un beau rôle.

NINO
Quelqu’un respire comme la chèvre !

PAULINE
J’AI PEUR !

GÉRARD
Ne bougez plus !

CLARA
J’ai marché sur quelqu’un !

LÉO
C’ÉTAIT MA MAIN ! Idiote.

GERARD
Ne bougez plus, je vais chercher un téléphone portable.

Un dernier énorme coup de tonnerre.

NINO

…Et si on répétait demain ?

 

 

 

LA VISITE DE L’AUTEUR

 

Personnages :

  • CLAIRE, metteuse en scène
  • JULIEN, comédien
  • SOPHIE, comédienne
  • MAXIME, comédien
  • LINA, technicienne
  • ARMAND DELCOUR, auteur

 

Sur scène. Répétition générale. Quelques éléments de décor. Claire, la metteuse en scène, observe les acteurs avec son cahier. Lina, en salopette, règle une poursuite.

JULIEN (jouant avec intensité)
“Je vous aime depuis toujours, Éléonore…”

SOPHIE (jouant)
“Alors pourquoi attendre la veille de mon mariage pour me le dire ?”

MAXIME (entrant précipitamment)
“Le comte approche ! Vous devez partir immédiatement !”

CLAIRE
Très bien. Maxime, l’entrée est bonne, mais un peu plus rapide. Plus affolée. Le Comte est juste derrière lui, il arrive, il va les surprendre.

Une porte claque. Un homme entre.

ARMAND DELCOUR
Arrêtez.

Tout le monde se retourne. Un homme traverse le théâtre.

CLAIRE
Monsieur Delcourt…

JULIEN (à voix basse)
C’est l’auteur ?

SOPHIE
Je ne sais pas. Je crois.

ARMAND DELCOUR
Bonjour. Bonjour tout le monde. Continuez, je vous prie.

Petit flottement.

MAXIME
Vous étiez au courant, vous ?

CLAIRE
Vous n’étiez pas sensé ne venir que la semaine prochaine, monsieur Delcourt ? Là, nous sommes loin d’être prêts.

ARMAND DELCOUR
Justement. J’ai...

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