Boa aux fraises.

Un homme marié (abominablement infidèle) voit soudain ses nombreuses maîtresses débarquer toutes ensemble dans son appartement et se présenter à son épouse.

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La scène est vide.

Venant de la chambre, Arthur entre habillé mais enfilant péniblement ses chaussures.

Arthur. – Dépêche-toi, ma chérie ! Dépêche-toi ! L’heure tourne !

Laura, off. – Ce serait déjà terminé si tu m’aidais !

Arthur. – Je te l’ai dit cent fois : je suis incapable de faire un lit ! C’est une technique sophistiquée qui m’échappe complètement !

Laura, off. – Tu me prends pour une pomme ?

Arthur. – Accepte les choses telles qu’elles sont : je ne suis pas un manuel !

Il continue de se chausser. Puis Laura entre en se recoiffant.

Laura. – Mission accomplie. (Elle continue de se recoiffer.)

Arthur. – S’il te plaît, te relaxe pas. Dans quelques minutes, ma femme va arriver.

Laura. – C’est pénible cette situation, mais pénible !

Arthur. – Comment veux-tu faire autrement ? Je suis marié, et tu vis avec ta sœur. Faut bien qu’on aille quelque part.

Laura. – Pourquoi pas à l’hôtel ?

Arthur. – Un hôtel ? Il n’y a pas plus sinistre pour des amoureux ! Mon bureau est à cent mètres d’ici et on se retrouve dans la chambre d’amis. C’est un peu comme si, toi et moi, étions chez nous.

Laura. – « Chez nous » !

Arthur. – Je sais : il s’agit de mon appartement ; mais c’est la chambre d’amis ! Je ne t’entraîne pas sur l’horrible lit conjugal. C’est ça la délicatesse. C’est très important pour moi, la délicatesse. (Un temps.) Attention, tu mets des cheveux partout !

Il ramasse les cheveux un à un – par terre et sur lui – et les met dans sa poche.

Laura. – Au fait, puisqu’on n’en parle pas, tu divorces quand ?

Arthur. – Pardon ?

Laura. – Tu divorces quand ?

Arthur, en continuant de ramasser des cheveux. – C’est dans le planning.

Laura. – Si c’est dans le planning…

Arthur. – Ma petite Laura, faut que je la prépare progressivement. Tu sais bien que ma femme est une grande cardiaque. La moindre émotion et plouf ! l’hôpital.

Laura. – Ouais…

Arthur. – Rassure-toi : de nos jours, avec les progrès de la médecine, je pense que bientôt, très bientôt, elle ira mieux et, là, en toute simplicité, je pourrai lui parler de… de…

Laura. – Cela fait un an que tu répètes ça régulièrement et on en est toujours au même point.

Arthur. – Parce que la situation est très compliquée. (Un temps.) Attention, tu oublies ton foulard ! Tu le fais exprès ou quoi ?

Laura. – J’adore te voir stressé. (Elle noue lentement son foulard.)

Bruits de clé et de porte.

Arthur, à voix basse. – Et voilà ! Et voilà ! C’est ta faute ! Va dans la chambre ! Vite ! Vite ! Dès que je peux, je l’emmène dans une autre pièce et tu en profites pour sortir discrètement. Mais attention : ne claque pas la porte comme d’habitude.

Il expédie carrément Laura dans la chambre d’amis et referme la porte.

Entrée de Pauline (en excellente santé).

Pauline. – Salut, Arthur !

Arthur. – Bonsoir, Pauline !

Ils s’embrassent.

Pauline. – Alors, comment va monsieur mon époux ?

Arthur. – Super. J’ai une grande nouvelle à t’annoncer : j’ai signé avec les Chinois !

Pauline. – Non ?

Arthur. – Si !

Pauline. – Eh ben ! Ça s’arrose !

Arthur. – Avec plaisir ! Mais avant, viens au bureau, j’aimerais te montrer le contrat.

Pauline. – Whisky d’abord ! (Elle sert deux whiskys. Arthur est inquiet et regarde souvent vers la chambre.) Tu me sembles un peu tendu. Je me trompe ?

Arthur. – Non....

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