Ne fais pas de l’oeil à Lilli

Cette comédie raconte une méthode douce, quotidienne, presque invisible par laquelle on croit aimer, protéger, guider et par laquelle on façonne, on entrave, on transmet la peur sous couvert de bienveillance. Il n’y a ni monstre, ni victime, il n’y a que des adultes qui pensent savoir, des jeunes qui apprennent trop vite et une femme, Lilli, qui comprend avant les autres que le pouvoir ne se prend pas ; il se retourne.
La pièce explore ce moment précis où l’autorité parentale cesse d’être un cadre et devient une emprise. Le mensonge n’est plus une faute morale, il devient un outil de survie.
Aimer, c’est parfois apprendre à partir.
Le spectateur n’est pas invité à juger mais à reconnaître, se demander : “Qui dans ma vie, m’a appris à dire oui en pensant non?”.

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ACTE I

Scène 1 – Catherine / Lilli

  • On sonne à la porte. Catherine entre seule en scène. Elle se regarde une dernière fois dans le miroir, ajuste une mèche de cheveux qui dépasse, se remet une touche de rouge à lèvres. Tout est en ordre pour la visite. On sonne à nouveau. Catherine se parfume rapidement et va ouvrir la porte.

 

Catherine : Voilà, j’arrive ! (Bruit de la porte d’entrée) Ma chérie ! Entre voyons. (Elles entrent dans le salon) Je suis heureuse de te voir. (Bises) Depuis combien de temps ?

Lilli : Oh ! Encore plus que ça, depuis que Madame s’est fiancée !

Catherine : (Montre fièrement son alliance) Mariée. Assieds-toi, mets-toi à ton aise. Je te sers un café ?

Lilli : Si t’avais quelque chose de fort pour aller avec, il fait un d’ces froids dehors ! (Elle croise les jambes en s’asseyant. Le geste sonne faux).

Catherine : (Brandit une bouteille de liqueur de Mandarine impériale) Je n’ai pas oublié ton pousse-café préféré !

Lilli : Tu t’en es souvenue ! Ça m’fait bien plaisir. (Son corps reprend ses habitudes, celles d’avant. Il glisse hors du rôle et reprend sa place. Les jambes s’écartent. Son passé s’assoit simplement avec elle) Tu t’rappelles ? « Autant d’liqueur que d’café ! ». (Rit) C’que j’ai pu en boire ! Et toi, c’était quoi déjà ?

Catherine : (Elude le sujet) Je ne sais plus. (Sombre) J’ai laissé tomber tout ça. (Change) J’ai un autre vice, le chocolat noir. Je t’en ai mis là, dans la petite coupelle.

  • Elles sirotent leur café, échangent tour à tour des regards discrets. Le passé les lie encore malgré les années.

Lilli : (Observe autour d’elle) Eh ben dis donc… quand on voit d’où tu pars et où t’en es aujourd’hui, c’est dingue. T’as fait un sacré ch’min. Chapeau, vraiment.

Catherine : J’ai eu beaucoup de chance. Le parcours n’a pas été simple pour me stabiliser, crois-moi. Bon, assez parlé de moi, parle-moi de toi plutôt.

Lilli : Oh ben moi… pfff… qu’est-ce que tu veux que j’te dise ? J’ai raccroché aussi. Quand tu dis « pas simple », ouais, je confirme. La galère, la vraie. À cause de René, t’imagines bien. Et puis fallait s’retourner, changer d’vie, trouver un toit, un endroit où poser mes valises… (Elle se redresse, le menton un peu plus haut.) Mais bon, maintenant, c’est moi la patronne. Un p’tit salon de coiffure, que pour les dames. Alors ouais, y a de la paperasse à n’en plus finir… mais au moins, c’est calme. Et ça, ça n’a pas de prix.

Catherine : Félicitations ! Dis-moi où tu es, j’irai me faire refaire les racines !

Lilli : Si tu veux éviter les anciennes connaissances, j’te prends après la fermeture. Tranquille.

  • Court silence. Elles terminent leur café. Lilli se remplit un autre verre de liqueur. Le boit cul-sec.

Lilli : Quand t’es partie, on a ressenti un drôle de vide. (Court silence) T’as su qu’il s’était fait dessouder le grand René ?!

Catherine : Je ne souhaite plus rien savoir de cette époque, Lilli. Me sortir de toute cette histoire a été suffisamment compliqué, je n’ai pas envie de m’appesantir sur cette période. Je suis désolée mais c’est derrière moi et … .

Lilli : Non, t’excuse pas. Je vois. Le passé, vaut mieux le laisser là où il est.

 

Scène 2 – Catherine / Lilli / Vincent

Catherine : Bon ! Avec toi j’irai droit au but. C’est au sujet de mon fils, Maxime.

Lilli : J’ai laissé le salon aux garçons. Si tu r’fais surface après toutes ces années, c’est du sérieux.

Catherine : Plus ou moins. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a que toi qui puisses m’aider. J’ai une mission à te confier. Ce n’est pas grand-chose, ne fais pas cette tête-là.

  • Arrive le mari.

Vincent : Dis-moi chérie … (Petit silence. Regard interrogateur vers Catherine, puis vers Lilli). Bonjour, Vincent, le mari.

Catherine : Vincent, je te présente Lilli, une amie. On ne s’était pas revues depuis … Ufff… On venait de se connaître tous les deux.

Vincent : (Compte rapidement) Minimum vingt-deux ans alors. On s’est peut-être croisés à l’époque.

Lilli : (Visiblement mal à l’aise) J’prends un sacré coup d’vieux !

Vincent : Laissons-là le passé. (Catherine approuve de la tête). Je ne voulais pas interrompre votre conversation. Continuez, je vous en prie. Je me prends juste un p’tit café rapide dans mon coin et je repars. (Elles se regardent, embarrassées) Il en reste ? Ah, oui !

Catherine : Et donc … ton salon de coiffure ! Ça marche bien ? Il est situé où ?

Lilli : Euh, oui, plutôt pas mal. J’ai une équipe de trois coiffeurs. Des amours. Les clientes les adorent. Souvent, le salon, c’est plus un salon de coiffure, c’est un confessionnal ! … Ca papote, ça boit l’thé, ça se confie. Y’a des fois, c’qu’on rigole ! Je voulais surtout créer une ambiance qui fasse famille.

Vincent : (S’ennuie. Termine vite son café) Je vous laisse à vos retrouvailles. (A Lilli) C’était un plaisir. Je vais creuser un peu mais je suis certain de vous avoir déjà vue. (Sort).

Lilli : Mais c’est …

Catherine : Oui. Il ne t’a pas encore remise …

Lilli : Ça m’troue l’cul ! C’est sa voix surtout qui … (Admirative) Il aurait pu faire chanteur.

Catherine : Au lieu de ça, monsieur a préféré faire entrer aux impôts. Mais bon, il s’épanouit. Chacun ses goûts. Plus sérieusement, j’en étais où ?

Lilli : Ton fils.

Catherine : Ah oui, merci. Écoute, je me fais du...

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Posté le 17 juillet 2026 par Franck PITEL

Franck PITEL
Franck PITEL

Je n'ai pas rencontré les partenaires, amateurs, pour une vraie aventure théâtrale. Alors pour ne pas m'ennuyer dans une vie sans théâtre, j'ai écrit mes textes, comme thérapie.

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