La pension de Madame rosa !
Septembre 1975. Comme chaque année, a St Farci-les-Molles, a lieu le festival du “cri du dindon en rut” et comme chaque année, dans ce petit village, les hôtels alentours sont pris d’assaut ! reste la petite pension de Madame Rosa, une veuve fermière bien brave, mais très maline surtout ! elle en profite pour louer ses chambres durant le fameux festival. Seuls bémols : son fils est un demeuré et alors son petit, fils … c’est pire que tout !
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La pension de Mme Rosa
(Lumières. Sur scène, une femme âgée et mal fagotée est en train d’écrire une lettre tout en la lisant à voix haute…)
Rosa : Monsieur le président de la république Valéry Giscard d’Estaing, (elle lève la tête, tire la langue et semble réfléchir) virgule ! Valéry … non mais … quel prénom ridicule pour un homme !!! et pourquoi pas Véronique … n’importe quoi, j te jure ! où j’en était moi … ah oui… (elle relit) … si je vous écris cette lettre, écrite par moi-même, … (au public) que je suis bête, c’est évident que c’est moi qui écrit ! (elle raye et reprend) je vous écris une lettre de moi-même … voilà, ça c’est mieux ! parce que j’ai appris aux informations que vous venez manger chez des gens, de temps en temps avec votre dame… Alors, voilà, à mon tour, je vous invite à bien vouloir venir manger chez moi, votre dame…
c’est bizarre, j’ai l’impression qu’il manque quelque chose (elle relit la dernière phrase) AVEC, il manque avec !! je vous invite à bien vouloir manger AVEC moi, chez votre dame. Voilà, c’est mieux comme ça. Je vous propose un week end, c’est-à-dire en fin de semaine, n’importe lequel sauf celui du pendant le festival du cri du dindon en rut, car ces jours-là, je suis débordée, comme on dit ! j’attends de vos nouvelles et je vous embrasse vous et votre dame, ainsi que votre imbécile de 1er ministre, je sais plus son nom !Signé Mme Rosa (elle met la lettre dans une enveloppe dont elle lèche les bords exagérément)
Voilà. Il n’y a pas de raison après tout. Moi ça me ferait bien plaisir de le recevoir le président. J’en profiterai pour lui faire goûter mon boudin ! Tiens, en parlant de boudin … où qu’elle est la Justine ? elle devait venir ce matin.
Une femme, à peu près du même âge que Rosa apparaît sur scène, les femmes s’embrassent.
Justine : dis donc, j’ai l’impression qu’il va y avoir encore plus de monde au festival que l’année dernière… les affaires vont reprendre ! comment que tu vas ?
Rosa : oh bien. Figure-toi que je pensais à faire du boudin prochainement … et ça m’a fait penser à toi, dis donc.
Justine : merci, ça fait plaisir.
Rosa : oh, entre cousines, on peut bien se moquer un peu …
Justine : si tu le dis. Pour le boudin, va falloir abattre ton cochon comment que tu l’as appelé déjà ?
Rosa : Gérard !
Justine : Ah oui voilà. Quelle idée… Comme ton mari, qu’il repose en paix le brave homme.
Rosa : c’est ça, je transmettrai.
Justine :et pourquoi donc tu veux faire du boudin, au fait ?
Rosa : pour le Valéry.
Justine : Le ? tu veux dire La !
Rosa : bah non. Le Valéry Giscard d’Estaing, le président, quoi !
Justine : ah ? tiens ! Il t a fait une commande ?
Rosa : bin non. Mais je compte l’inviter à manger … tu sais bien, c’est toi qui m’en as parlé l’autre jour… paraît qu’il choisit au hasard une famille pour aller manger chez eux.
Justine : ah oui, c’est vrai. Ils en parlaient aux informations. C’est le rigolo là qui l’a dit … comment qu’il s’appelle déjà …Roger Gicquel.
Rosa : voilà ! alors du coup, je lui ai écrit une lettre, pour la sélection. J’ai même mis une rondelle de saucisson dans l’enveloppe, pour avoir plus de chance !
Justine : t’as eu raison. C’est pas bête !
Rosa : j’avais pensé à ma compote d’escargots, mais c’est un peu liquide, tu comprends ?
Justine : oh là, oui ! et pis, c’est un auvergnat, il doit bien aimer le saucisson. Et pis de toute façon, avec les festivaliers qui vont arriver, va bien falloir les nourrir. Tu veux que j’aille poster ta lettre ?
Rosa : laisse donc faire. Je vais y demander au Claude.
Justine : t’as raison, il n’a rien d’autre à faire ton fiston. Comment qu’il va d’ailleurs ?
Rosa : bof, toujours aussi con. Que veux-tu… celui-là, le jour où je l’ai engendré, j’aurais mieux fait de le jeter direct au fond des toilettes !
Justine : tu ne pouvais pas savoir …
Rosa : c’est surtout qu’à l’époque, je n’en avais point de toilette… à part la petite cabane au fond du …terrain. De toute façon, il ne passait pas dans le trou… le môme y faisait dans les 5 kg.
Justine : oui … (silence) … il aurait fallu le scier.
Rosa : bah … j’avais pas bien le goût, et pis, c’est mon fils quand même !
Justine : non, je parle du trou… l’aurait fallu le scier pour l’agrandir.
Rosa : ahhh oui ! et puis, les toilettes, c’est l’endroit idéal pour scier ! (rires !!) enfin, toujours est-il qu’il a grandi comme une mauvaise herbe dans un jardin…déjà que son père c’était pas une lumière … mais lui …
Justine : bah lui, c’est pas une ampoule non plus ! (elles rient)
Rosa : et en plus, il a réussi a engendré lui-même. Oh le con !
Justine : ha ça … tout le monde s’en rappelle. Ce jour fameux, en plein festival, tiens ça fera 18 ans demain… une panière devant la porte avec le mouflet dedans et cette lettre … je m’en rappelle comme si c’était hier : « voici l’œuvre de votre fils, je suis désolée, je l’aurais bien gardé mais c’est au dessus de mes forces … il est trop moche. » pas de signature, rien !
Rosa : mais s’il n’était que moche encore … c’est qu’il est encore plus abruti que son géniteur ! à croire qu’à sa naissance, on lui a greffé un bout de cerveau de son père !
Justine : déjà que le père n’en avait point … mais bon, ça reste ton petit fils et puis il est gentil.
Rosa : encore heureux, manquerait plus qu’il morde, tiens !
A ce moment-là, entre en scène un jeune homme, à l’allure étrange, sourire aux lèvres et traversant la pièce …il sort, et revient. C’est François.
Justine : ah, bin tiens, quand on parle du loup…
Rosa : où que tu vas, comme ça ?
François : moi ?
Rosa : non, le curé !
François : (se tournant à droite et à gauche) … ah ? y a Monsieur le curé ?
Rosa : Mais non ! toi idiot, où donc c’est y que tu vas comme ça ?
François : ahhh ! bin y a mon papa y m’a dit « va donc voir là bas si j’y suis »
Justine : et alors ?
François : bin … il n’y est pas. Alors je m’en retourne lui dire !
Rosa : (à Justine) voilà ! qu’est-ce que tu veux que je te dise …
Justine : ça fait peur !
François : bon bin … j’y vais. (il s’apprête à sortir mais s’arrête). Et bonjour à Monsieur le curé. (il sort)
Rosa : attends !! reviens ici, fils d’imbécile.
François : oui ?
Rosa : dit à ton père de venir me voir, j’ai un service à lui demander.
François : d’accord. (il bouge pas)
Rosa : bin alors … vas-y !
François : d’accord. (il sort et reviens aussitôt) et je lui dit quoi ?
Rosa : bin de venir ici parce que j’ai un service à lui demander.
François : ah, oui d’accord. (il sort et revient aussi vite) mais à qui je dis ça ?
Justine : Au curé ! (elle éclate de rire … puis silence)
François : ahh d’accord, à monsieur le curé ! (il sort)
Rosa : tu comprends mon calvaire maintenant ?
Justine : oui, c’est pas facile tous les jours j’imagine. Tu as pensé à le faire voir à un docteur ?
Rosa : pourquoi faire ? on risquerait de nous le garder et même s’il a pas inventé le fil à couper l’eau chaude, il me rend des services. Et pis, je sais pas comment il fait, mais il n’est jamais malade l’animal.
Justine : c’est bin vrai.
Rosa : Et ta Micheline, comment qu’elle va ?
Justine : ça va, ça va. Elle a moins le cafard ces temps-ci… elle pose plus de question.
Rosa : à propos de son adoption ?
Justine : oui, enfin surtout de sa sœur ! tu te rends compte ? on pouvait pas bien faire autrement avec mon mari… On pouvait pas avoir d’enfant …
Rosa : quelle misère !
Justine : alors nous vlà parti pour adapter !
Rosa : quelle misère !
Justine : moi, je voulais pas les séparer les 2 petites, tu comprends ? mais la directrice de l’orphelinat a dit qu’on n’avait pas les moyens d’en prendre 2 ! quel crève cœur !
Rosa : quelle Misère.
Silence
Rosa : il a fallu faire un choix… et pourquoi Micheline ?
Justine : c’était la plus jeune des 2.
Rosa : t’as bien fait.
Justine : et surtout la moins vilaine !
Rosa : quelle misère !
Entrée de Micheline, la policière municipale
Micheline : salut la compagnie !
Rosa : tiens ? bin la voilà notre petite Micheline ! on parlait justement de toi. Comment que tu vas ? qu’est ce qui t’amène dans les parages ?
Micheline : oh pas grand-chose… cette année c’est moi qui supervise le festival. (elle est fière)
Rosa : ah bon ? mais c’est bien ça, bravo !!
Micheline : oui, merci. c’est une sacrée responsabilité. Et puis c’est une évolution… l’an dernier, je devais rester au poste, derrière le téléphone… les gens appelaient surtout pour savoir où se trouvaient les toilettes les plus proches.
Rosa : mais c’est important comme information. Surtout que tu les envoyais chez moi, ça m’a fait un peu de bénéfice ! (elles rient !)
Micheline : sans doute… mais au moins maintenant j’ai la main sur tout un village. Vous vous rendez compte ? je suis peut-être une des 1eres femme flic de France !
Justine : ne t’emballe pas ma jolie, c’est surement qu’il manquait de la main d’œuvre masculine à la mairie… ce monde ne verra pas de sitôt des femmes au pouvoir.
Rosa : ne nous décourageons pas… c’est déjà un bon début. De toute façon, nous sommes plus fortes… tiens j’ai lu un truc l’autre jour,...