Jamais sans mon ch’val
Yvanne, le chevalier sans peur est en route pour sauver une princesse, accompagné de son fidèle homme à tout faire, Robine Dubois. Ca fait un momen que la princese attend.
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PRÉAMBULE
Lutin / Dans un pays lointain, très lointain, très très très lointain.
Voix / On sait pas où.
Lutin / Errait un chevalier errant. Qui s’appelait Yvanne !
Voix / Yvanne Ohé !
Lutin / On le nommait ainsi car qu’à chaque fois qu’on l’appelait.. (Crié) Yvanne ?
Voix / Ohé !
Lutin / Ohé qu’il répondait. Aussi, étant très demandé, allait-il par monts et par vache.
Voix / Par vaux !
Lutin / Car il n’avait qu’un destin : sauver les opprimés, les enfants, la veuve.
Voix / Et pas que.
Lutin / Et aussi, les célibataires, les femmes mariées,
Voix / Jeunes
Lutin / Mais Yvanne n’était pas seul car il avait un compagnon.
Voix / Un fidèle compagnon !
Lutin / Presque un ami ! Un ami fidèle ! Et qui le servait comme bouffon, cuisinier, conseiller, écuyer, et des fois aussi, comme valet de nuit, quand il l’aidait à s’endormir en lui racontant des histoires.
Voix / Des histoires de.. ?
Lutin / Des histoires de fée, de sorcière, de légendes, de magiciens, de brigands, de loups méchants, de dragons pas gentils, et d’amour où un preux chevalier finit par sauver une princesse enfermée dans une méchante tour, ou une grotte, voire une cage, par un méchant seigneur qui voulait pas la lâcher.
Voix / Mais Yvanne n’était jamais loin.
Lutin / Ainsi commence l’histoire du preux chevalier Yvanne et de son fidèle compagnon, Dubois, Dubois Robine, qui rentrait avec lui des croisades où il avait occis deux mille trois cent quatre sarrasins et demi grâce à sa fidèle épée «Durenfer», qui avait été forgée par une fée qui s’était déguisée en forgeron.
Voix dans la nuit / Yvanne ?
Réponse / Ohé !
ACTE 1
Scène 1 : Yvanne, Robine
Le rideau se lève. Robine et Yvanne entrent et marchent. Avant d’aller sur scène. Ils se promènent dans la salle en passant parfois eu milieu des spectateurs.
Robine / On arrive quand ?
Yvanne / Quand le destin nous aura mis en face de notre destinée. Oh, fidèle écuyer, peux tu me dire ou nous sommes là, en ce moment ?
Robine / Messire, il me semble que nous entrons dans le pays sombre du Distréglande
Yvanne / Le Distréglande ? Mais pourquoi ce nom ?
Robine / A cause d’un terrible vilain dragon qui hanterait tout le temps la région.
Yvanne / Un dragon ? Il y en a partout, des dragons. Et qu’a t’il donc de particulier, cet horrible monstre ?
Robine / Il veille à la vertu des filles et aux bonnes mœurs.
Yvanne / Encore ! Ils font tous la même chose. Mais bon, ce n’est là que roupie de sansonnet. Ce dragon terrible, j’en ferai mon affaire ! Je le frapperai d’estoc et de taille. Ca me fera mon vingtième.
Robine / Oui messire, mais celui-là c’est un dragon dont il paraît qu’on ne peut s’en débarrasser qu’en lui infligeant un traitement très particulier ?
Yvanne / Et lequel, o fidèle écuyer ?
Robine / En lui coupant la queue. Car dans cette espèce de dragon, c’est la queue qui commande. Il a tout dans sa queue.
Yvanne / C’est une espèce protégée ?
Robine / Non. On peut en tuer tant qu’on veut. Et quand on lui coupe la queue, il meurt de chagrin.
Yvanne / Ca ne repousse pas ?
Robine / Jamais ! C’est pas comme les lézards.
Yvanne / Morbleu !
Robine / Que se passe-t’il, messire ?
Yvanne / J’ai mis le pied dans une bouse ! Elle est énorme !
Robine / Messire, c’est une bouse de dragon !
Yvanne / J’ai mis le pied gauche.
Robine / On dit que ça porte bonheur.
Yvanne / Ah Robine. Tu me réconfortes. Tu sais toujours trouver des mots. Parfois, je me demande si tu ne me lécherais pas un peu.
Robine / Messire, N’y voyez aucune flagornerie. Je vous admire, messire. Vous êtes tellement..
Yvanne / Je sais. Car je suis le chevalier sans peur ! Et sans ! .. Sans quoi déjà
Robine / Sans reproche !
Yvanne / C’est ça ! Je me targue sans nulle forfanterie de mes immenses exploits. Yvanne.. Ohé ! Le chevalier blanc ! Le vaillant chevalier blanc. (Il chante) Je suis le chevalier blanc ! Celui qui pourfend ! Celui qui s’démène. Je suis.. (Il marche encore sur une bouse) Merdum ! J’ai encore remis le pied dans une..
Robine / Vous avez étudié le latin, messire ?
Yvanne / Oui. Avec Julietta. Trois jours. Durant une virée dans le quartier latin. Il y a tant de langues à connaître.
Robine / Seulement, c’est encore loin. Si seulement, vous aviez encore votre cheval, nous ne cheminerions pas dans cette compote.
Yvanne / Tu as raison, Robine ! Mon cheval ! Mon meilleur ami après toi ! Je lui monterais volontiers dessus.
Robine / Et moi ?
Yvanne / Ce n’est pas un cheval pour deux. Tu peux très bien trottiner à mes côtés.
Robine / Vous l’avez perdu aux dés, messire.
Yvanne / Ah oui ! Le jeu. C’est là mon point faible.
Robine / C’est vrai qu’avec un cheval, c’est moins fatigant.
Yvanne / Tu as raison. D’ailleurs, je vais te monter dessus.
Robine / Sire, je ne suis pas une monture.
Yvanne / Mais non, fidèle écuyer. De quoi as tu peur ? Ne vois tu pas là une plaisanterie dont je suis fort érudit ?
Robine / C’est que, des fois..
Yvanne / Il me tarde d’arriver. J’en ai soupé de cette sombre forêt ! Comme nomme tu, cette «buissonnade» ?
Robine / La forêt de la brosse à Yolande. Elle est impénétrable.
Yvanne / La brosse à Yolande ? Quel curieux nom ?
Robine / Il paraît que dans cette forêt vit une fée qui a de long cheveux, et qui a évidemment a une brosse en conséquence.
Yvanne / Peut-être pourrais-je apercevoir cette curieuse créature ?
Robine / Cela n’est point aisé, messire. Elle n’apparaît pas à chaque voyageur ; seulement ceux dont elle est intriguée.
Yvanne / Et bien, moi, si je la voyais, je la contemplerais sans doute avec un grand contentement. Une fée n’est-elle pas aussi une femme. Et visible ou pas, les femmes m’ont toujours intéressé.
Robine / Espérons le, messire ; espérons le.
Yvanne / Tu as raison, fidèle compagnon ! Aussi, continuons et quittons cette sombre forêt que tu dis impénétrable.
Robine / Et encore ! Quand on est dedans, paraît que c’est encore plus dur d’en sortir.
Yvanne / N t’inquiètes pas, fidèle écuyer. Je m’en sors toujours !
Robine / (Montrant un spectateur) Oh messire, on dirait que ça remue dans ce fourré.
Yvanne / Ne bouge pas Robine ! Quoi que ce fut, je m’en vais l’occire !
Robine / Oh pardon messire ! Ce n’est point la peine. C’est un blaireau.
Yvanne / Un blaireau ? Je n’aime pas le blaireau, c’est pas bon. Je l’épargnerai donc.
Robine / Vous avez raison messire. D’ailleurs, il a une sale mine. Vous pourriez attraper une vilaine maladie.
Ils montent sur scène
Yvanne / Une maladie ? Dieu m’en garde ! Un chevalier ne meurt pas de maladie.
Robine / Des fois, avec des dames.
Yvanne / Ah Robine ! Tu me réjouis. Parfois, il est vrai qu’un lit peut ressembler à un champ de bataille. Ah ! J’ai envie de rire ! Ah ah ah ah !
Robine / Rien ne peut tuer le chevalier Yvanne ! .. Yvanne !
Yvanne / (Il fait l’écho) Ohé ! .. Oh ! J’aperçois une clairière. Peut-être pourrions nous y passer la nuit ?
Robine / Une nuit à la nuit étoilée.
Yvanne / C’est que la nuit tombe vite de nos jours. Aussi, stoppons maintenant notre marche et dormons tout notre saoul. Il me tarde d’aller demain délivrer à nouveau une princesse en train de m’espérer.
Les lumières s’éteignent aussitôt.
Robine / D’autant messire qu’il ne faudrait pas les laisser se flétrir. Ces jouvencelles sont souvent fort pressées. On dit même que ces novices seraient plus pressées de courir le guilledou que de ramasser des fraises et qu’elles seraient prêtes à bien des hardiesses pour partager leur couche avec le premier venu.
Yvanne / Il est vrai que ces gredines sont souvent rusées.
Robine / D’autant que la récompense est toujours à la hauteur de vos exploits. Grâce au maniement de votre.. épée, vous les libérez sans faiblir.
Yvanne / Ah Robine, tes paroles sont de bon aloi. (Il brandit son bras) Je les libérerai toutes ! Avec cette main, je ferai du bel ouvrage !
Robine / Messire, je n‘en doute point ! Vous êtes un redoutable ferrailleur.
Yvanne / Ferrailleur ?
Robine / Ferrailleur ! Bretteur ! Escrimeur ! Fleurettiste ! Sabreur ! Spadassin !
Yvanne / Spadassin ?
Robine / Ben, des fois..
Yvanne / Il est vrai que lorsque je suis parti, je ne sais m’arrêter.
Robine / J’en suis tout ébaudi. Mais grâce à votre science, nous ferons bombance.
Yvanne / Aurais tu faim ?
Robine / Ben. J’aurai comme un p’tit creux.
Yvanne / Et la faim est une saine maladie. J’entrevois déjà ces ripailles où nous pourrons goûter à de la bonne mangeaille dont nous ne sommes que trop souvent privés.
Robine / C’est sûr.
Yvanne / Et bientôt nous convolerons de concert en juste noces.
Robine / Vous voulez vous marier ?
Yvanne / Parfois j’y pense.
Robine / C’est vrai que ça nous ferait pas d’mal..
Yvanne / Grâce à ma chère épée ! (Il la brandit) Durenfer ! Car je le jure ! .. Sur ta tête ! Je bouterais hors de ma vue les importuns ! J’étriperais ! J’étrillerais ! Je viderais ! Et je pourfendrais sans faillir ceux qui voudraient m’en empêcher
Robine / Euh.. Sans vous commander. Si vous pouviez ranger votre attirail
Yvanne / Tu tressailles ? .. Canaille !
Robine / Euh.. Pas du tout. Mais c’est parce que le temps est à l’orage. Et la foudre, maître ! Ne dit-on pas que le fer attire la foudre.
Yvanne / Tu as raison. Ce serait idiot de périr à cause d’un coup de foudre. Sauf...