Changement de régime
Les femmes ont pris le pouvoir, c’est la fin du monde. Enfin, pas forcément.
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ACTE 1
Scène 1 : Jean-Paul, Irène
Irène entre. Elle enlève son manteau.
Irène / Jean-Paul ? .. (Impatiente et pas aimable) Jean-Paul !
Jean-Paul entre. Il porte un tablier. Il prend les affaires d’Irène et va les accrocher à un porte-manteau.
Jean-Paul / T’étais où ?
Irène / T’es d’la police ?
Jean-Paul / Je m‘inquiétais.
Irène / Pas moi. (Irène s’assoit dans un fauteuil. T’as fait quoi à manger ?
Jean-Paul / Une tarte aux champignons.
Irène / Encore !
Jean-Paul / T’aimes pas ça ?
Irène / J’en ai déjà eu le mois dernier.
Jean-Paul / C’est parce que j’ai pas arrêté.
Irène / Et moi ? Tu crois que tous les jours, je pars en vacances ? Je bosse, moi ! Alors si monsieur n’a pas le temps de faire un peu de cuisine, je me demande à quoi tu sers !
Jean-Paul est dépité
Irène / Mes pantoufles.
Aussitôt, Jean-Paul va les chercher.
Irène / (Crié) Et ramène mon journal !
Irène prend ses aises dans le fauteuil. (Par exemple elle peut balancer ses chaussures sans se lever. Jean-Paul revient avec le journal et les pantoufles.
Irène / C’est pas trop tôt.
Jean-Paul / Tu veux que je t’aide ?
Irène / Je suis capable d’enfiler une paire de pantoufles toute seule ! .. J’ai soif.
Jean-Paul / Tu veux boire quoi ?
Irène / Une tisane.
Jean-Paul / Une tisane ?
Irène / (Pas aimable) Un cognac ! Et pendant que tu y’es, allume la radio.
Jean-Paul ramasse les chaussures d’Irène puis va dans la cuisine.
Irène / Faut tout lui dire.
Irène ouvre le journal et le parcourt rapidement
Irène / Non ? Ca c’est la meilleure ! Une manif ! Des hommes qui vont manifester. Ces messieurs veulent l’égalité des sexes ! Ils en ont jamais assez ! Si y’avait que moi, je réglerai le problème en moins de deux. Allez hop ! Rien qui dépasse, égalité !
Jean-Paul / (Il revient) Y’a un problème ?
Irène / (Elle le regarde) Ca va être bientôt réglé.
Jean-Paul sert deux verres. Irène boit le premier verre. Jean-Paul veut boire le second.
Irène / Si t’as soif, y’a d’la flotte.
Irène ferme le journal et allume la radio. Jean-Paul reste pour écouter
Irène / T’as pas un truc à faire ?
Scène 2 : Irène, Voix de la présidente, Voix de Jean-Paul
On entend un hymne national. Jean-Paul repart en cuisine
Voix de la Présidente / Mes chères concitoyennes !
Irène / (Crié vers la cuisine) A cause de toi, un peu plus, je ratais son discours !
Voix de la présidente / Cela fait maintenant un an que vous m’avez élue, et je vous en remercie.
Irène / (En trinquant) Y’a pas d’quoi !
Voix de la présidente / Aussi, après tous ces mois à la tête de notre gouvernement, il m’a semblé indispensable de faire le point, et de vous annoncer de prochains et profonds changements dans notre cher pays et dans votre vie.
Irène / Ah !
Voix de la présidente / Alors.. Pour ce qui est de la situation économique, les exportations, les importations, le chômage.. Tout ! Va ! Bien !
Irène / Tant mieux !
Voix de la présidente / Ceci n’est pas bien entendu dû au hasard. C’est le résultat de la politique que nous menons avec les femmes, pour les femmes, sans oublier nos amis les hommes, qui, je le sais, nous en sont très reconnaissants.
Irène / (Crié) C’est sûr.
Voix de la présidente / Bien sûr, il y aura toujours des critiques de la part de certains hommes qui s’obstinent à refuser le progrès. Mais ne tirons pas sur l’ambulance, il ne s’en remettraient pas. (Elle rit toute seule)
Irène / (Vers le public) Celle-là, elle est bonne.
Voix de la présidente / C’est pourquoi, nous allons dès aujourd’hui, commencer une grande enquête dans le but de mieux connaître la population masculine afin de mieux la comprendre de mieux la contrôler.
Irène / (Crié) Alors là, bravo !
Voix de la présidente / Et après cette enquête, je reviendrai vers vous pour vous parler d’un grand projet qui, j’en suis convaincue, améliorera d’une façon radicale le sort des femmes et leur permettra de jouir pleinement des droits dont elles ont été durant des siècles, honteusement privées. Alors, à bientôt..
On entend l’hymne national
Voix de Jean-Paul / Qu’est-ce qu’elle a dit ?
Irène / (Crié) Elle a dit : C’est quand qu’on bouffe ?
Jean-Paul / C’est toujours moi qui fait la cuisine !
Irène / Si t’es pas content, t’as qu’à retourner chez ta mère ! .. (Vers le public public) On les écouterait, ils ne foutraient rien du tout.
Irène reprend son journal et le parcourt. On entend une pub à la radio.
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Pub radio / (Jingle) Monsieur ! Vos poils poussent et repoussent sans arrêt ? Et vous trouvez ça rasoir ? Essayez «Ras l’poil» ! Avec Ras l’poil, fini les poils ! Ras le‘poil ! C’est au poil !
Irène éteint la radio.
Scène 3 : Irène, Jean-Paul
Jean-Paul revient
Jean-Paul / Au fait, tu sais qu’aujourd’hui, c’est mon anniversaire.
Irène / Ah bon ? Et alors ?
Jean-Paul / Je voulais te dire que je t’aimais comme au premier jour.
Irène / C’est tout ?
Jean-Paul / Ben.., comme c’est mon anniversaire.. Je pensais que ça te ferait plaisir.
Irène / Ton problème, c’est que tu penses trop.
Jean-Paul / Je ne pense qu’à toi.
Irène / Et vas-y que j’te fais d’la lèche.. Tout est bon pour arriver à ses fins.
Jean-Paul / Jamais je ne pourrais te quitter !
Irène / Moi si.
Jean-Paul / T’es pas gentille. (Jean-Paul a l’air vraiment très malheureux) ,
Irène / Oh non ! Il est tout malheureux. Tiens ! Je t’ai acheté un truc !
Jean-Paul / C’est vrai ?
Irène / Tu m’traîtes de menteuse ?
Irène sort de sa poche un paquet que Jean-Paul déballe.
Jean-Paul / C’est quoi ?
Irène / Un cafetièr !
Jean-Paul / On dit pas une cafetière ?
Irène / On dit plus. C’est les hommes qui font l’café, donc c’est une cafetière.
Jean-Paul / Le vocabulaire, c’est plus l’même.
Irène / Et oui ! Maintenant c’est l »féminin qui a a l’dessus ; alors fais gaffe quand tu parles.
Jean-Paul / Un bracelet !
Irène / Une bracelette.
Jean-Paul / C’est pour moi ?
Irène / T’aurais préféré un collier ?
Jean-Paul / (Content) Je suis drôlement gâté. (Il veut le mettre au poignet)
Irène / C’est pas là que ça s’met.
Jean-Paul / Ca s’met où ?
Irène / Au pied.
Jean-Paul / Au pied ?
Irène / Viens là ; je vais te l’mettre. (Irène lui met le bracelet)
Jean-Paul / D’habitude c’est pas pour les femmes ?
Irène / Pas ceux-là.
Jean-Paul / Et pourquoi ?
Irène / Marche un peu pour voir.
Jean-Paul / Je vais où ?
Irène / Marche !
Jean-Paul, très content, marche, puis hurle de douleur.
Jean-Paul / Aaah ! C’est quoi ça ?
Irène / Ca marche avec mon téléphone. Y’a un petit gadget à l’intérieur. Dès que tu dépasses une certaine distance, ça t’envoie une décharge, et après, tu t’arrêtes.
Jean-Paul / Mais ça fait mal !
Irène / Pas si tu fais attention. Et comme ça, je saurai toujours où tu es. C’est pratique, non ?
Jean-Paul / Je vais l’enlever.
Irène / C’est pas conseillé.
Jean-Paul / Alors, je peux plus aller partout ?
Irène / Ca dépend..
Jean-Paul / Ca dépend de quoi ?
Irène / De moi..
Jean-Paul / J’en avais pas besoin.
Irène / Mais si. Parce que dehors, ça peut être dangereux. Y’a des femmes qui rôdent. Et toi, tu ne saurais pas te défendre. C’est pour ton bien.
Jean-Paul / En plus, ça a dû coûter cher.
Irène / Quand on aime, on n’compte pas.
Jean-Paul / Tu m’aimes ? Alors, pour mon anniversaire.. (Il veut s’approcher d’Irène)
Irène / (Montrant son téléphone) A ta place, j’éviterais..
Jean-Paul / T’es sûre ? Tu vas pas regretter ?
Irène / (Montrant du doigt la cuisine) Cuisine !
Jean-Paul / (En marmonnant et en retournant dans la cuisine) T’es pas gentille.
Irène / (Crié) Tu pourrais au moins dire merci !
Scène 4 : Irène, Juju
On sonne à la porte. Elle regarde sa montre.
Irène / Ca, ça doit être Juju. .. J’arrive !
Irène va ouvrir. Juju entre. Elles se font rapidement la bise.
Juju / J’ai passé une soirée, mais une soirée..
Irène / Non ? T’as pas..?
Juju /...