Le roi des mages et la reine des gaffes

C’est après avoir reçu la publicité d’un medium africain dans leur boîte aux lettres que deux chômeurs, Rebecca et Gaspard, avec le concours bien involontaire de leur meilleur copain, décident de monter leur propree cabinet de voyance. Rebecca recopie soigneusement le prospectus en changeant le nom de Moussa Boubacar par celui de Gaspard Leroy… mais oublie d’enlever “mage africain”. Surprise des premiers clients : une paysanne qui souhaite qu’on “ensorcelise” son voisin, une parachutiste qui a des problèmes avec son fils, une sportive obsédée par l’hygiène et la performance et une épouse éperdumment amoureuse mais trompée.

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PREMIER ACTE

(maximum 30 minutes)

A l’ouverture du rideau, Rebecca est montée sur une table le long d’un mur. Elle met deux punaises dans le bas d’une grande affiche, s’apprête à la dérouler pour fixer le haut. Entrée de Gaspard avec une marmite retournée en guise de grosse caisse qu’il tient par des bretelles.

GASPARD, chante à tue-tête, en frappant sur sa marmite. - « Fais-moi du couscous, chérie, fais-moi du couscous. Fais-moi du couscous, chérie, fais-moi du couscous.» (Rebecca, de peur, fait tomber les punaises.)

REBECCA. - Tu m’as fait peur !

GASPARD. - Qu’est-ce que tu fais ?

REBECCA. - Fais attention aux punaises !

GASPARD. - Quelles punaises ?

REBECCA. - Les punaises. Je commençais à agrafer ton affiche.

GASPARD. - Non, non. Ton affiche ! C’est ton idée ! Pas la mienne !

REBECCA. - Faut bien essayer quelque chose. Depuis qu’on a été virés de la boîte, tu ne sors plus que pour aller jouer avec la fanfare.

GASPARD. - C’est le seul truc qui me distrait.

REBECCA. - Peut-être, mais c’est pas en jouant « Fais-moi du couscous, chérie » que les merguez vont tomber toutes seules dans l’assiette. En plus, t’es ridicule avec ça. Quand est-ce qu’ils vont finir par t’acheter une véritable grosse caisse ?

GASPARD. - Tu sais le prix que ça vaut une bonne grosse caisse ?

REBECCA. - Comment veux-tu que je sache ? C’est pas moi qui fais partie de la fanfare...

GASPARD. - Plus de 150 euros ! et ils m’ont dit, « Pour l’instant, vu les progrès que tu fais, on préfère attendre pour investir. »

REBECCA. - T’es nul, quoi !

GASPARD. - Pas du tout ! J’ai juste besoin qu’on m’apprenne un peu plus que les autres. (Frappe sur sa grosse caisse.)

REBECCA, à quatre pattes sur la table, commence à ramasser les punaises. - Au lieu de perdre ton temps, aide-moi, donc avant de partir. (Gaspard ramasse au sol comme il peut, la marmite le gêne. Un temps.)

GASPARD. - Ça marchera pas.

REBECCA, autoritaire. - Si ! ça marchera ! (Un temps. Ramasse les punaises.)

GASPARD. - Je me demande bien ce que je vais pouvoir leur dire…

REBECCA. - T’inventeras.

GASPARD. - Inventer quoi ? Pour ça, faudrait que je les connaisse tous ces gens qui vont venir.

REBECCA. - Et moi, tu me connaissais quand tu m’as draguée ?

GASPARD. - Non.

REBECCA. - Ça t’a pas empêché de me baratiner… monsieur était entrepreneur… et bla-bla-bla…

et bla-bla-bla…

GASPARD. - Pour entreprendre, j’ai entrepris, non ? T’as pas résisté longtemps à mon charme.

REBECCA. - Oui, mais j’ai vite déchanté quand j’ai vu la taille de l’entreprise ! c’était juste une petite boutique de rien du tout qu’avait du mal à être productive !

GASPARD. - A l’époque, je travaillais dans les chambres froides et le froid, ça aide pas beaucoup à être performant.

REBECCA. - Oui, ça fait rentrer l’escargot dans sa coquille, comme on dit !

GASPARD. - Qu’est-ce que t’as pu être naïve !

REBECCA. - Non. Tu me disais, juste, ce que moi je voulais entendre et ça me faisait rêver, eh bien, là, ce sera pareil, les gens s’y laisseront prendre ! Tiens, tu te souviens quand tu me parlais de placements en bourse ?

GASPARD. - Depuis qu’on se connaît, j’en ai quand même fait quelques uns…

REBECCA. - Oui, mais moi, je pensais pas à ceux-là… Et ceux-là, ils rapportent pas grand-chose.

GASPARD. - Si ! beaucoup de plaisir et ça coûte pas cher !

REBECCA. - De toutes façons, je vois pas pourquoi je reparle de ça…

GASPARD. - Tu le regrettes ? (Derrière Rebecca en train de ramasser les punaises, mais la marmite le gêne.)

REBECCA. - Mais non… sinon je serais pas encore là, aujourd’hui, avec toi.

GASPARD. - On se fait un petit bisou ?

REBECCA, se retourne, va pour embrasser Gaspard, la marmite les en empêche. - C’est pas facile de se joindre avec ton engin.

GASPARD. - Faut savoir ce que tu veux, un coup j’en ai un petit, le coup suivant, j’en ai un gros.

Entrée de Paulo, avec deux couvercles de casseroles en guise de cymbales qu’il fait retentir.

PAULO. - Debout là-dedans !

GASPARD. - Salut Paulo.

PAULO, va embrasser Rebecca. - Bonjour Rebecca.

REBECCA, en ramassant ses punaises. - Tu peux pas sonner, comme tout le monde ?

PAULO. - Et ça, c’est quoi ? (Rejoue des cymbales.) Je viens chercher Gaspard, on répète avec les majorettes, ce matin.

REBECCA. - Toi aussi, tu progresses lentement ?

PAULO. - Je progresse dans quoi ?

REBECCA. - Dans les cymbales ! Dis-moi si je me trompe mais, pour toi aussi, la fanfare attend pour investir ?

PAULO. - Ça se voit que tu connais pas les prix. Tu sais ce que ça vaut une bonne paire de...

REBECCA, l’interrompt. - Je veux pas le savoir et je m’en fiche !

PAULO. - Quelle humeur, ce matin ! On y va. A tout à l’heure. (Rejoue des cymbales, accompagné par Gaspard à la marmite. Ils vont pour sortir en chantant.)

GASPARD. - Allez, on est partis.

REBECCA. - Non ! Tu restes ici !

PAULO. - Qu’est-ce qui t’arrive ?

GASPARD. - Il lui arrive qu’elle se met des trucs dans la tête.

PAULO. - Des trucs de quel genre ?

GASPARD. - Du genre qui m’enchante pas trop. On a reçu un prospectus dans la boîte aux lettres, l’autre jour et ça lui a donné des idées. Depuis, elle s’imagine de faire pareil.

REBECCA. - Tu vas voir, ça va te scotcher !

PAULO, crie. - Aïe ! (Retire sa chaussure.)

REBECCA. - Qu’est-ce que t’as à beugler comme ça ? Tu fais plus de bruit que tes gamelles.

PAULO, en retirant une chaussure. - T’aurais dû le prendre le scotch, plutôt que les punaises ! Je viens de m’en mettre une sous le pied.

GASPARD. - Tu la changeras pas. C’est miss catastrophe ! Déjà, ce matin, elle a laissé le café sur le gaz allumé et elle est partie aux toilettes…

REBECCA. - Je l’ai éteint quand j’ai entendu que ça passait par dessus.

GASPARD. - Mais avec la porte des toilettes grande ouverte ! Je te raconte pas, mais, quand tu te lèves le matin et que tu as toutes les odeurs mélangées... les meilleures comme les pires...

PAULO, enlève sa chaussette. - Ça donne envie de vomir ?

GASPARD. - Oui. Alors, c’est pas la peine d’en rajouter.

PAULO. - De rajouter quoi ?

GASPARD. - Des odeurs ! Je voudrais pas dire, mais tu refoules un peu des nougats !

PAULO. - J’ai ma machine à laver qu’est en panne et ils m’ont coupé la flotte, j’ai une fuite.

GASPARD. - Pas besoin de le dire, ça se sent… J’espère que c’est pas partout pareil ! Sinon, ça fait le petit garçon qui se néglige !

PAULO. - C’est facile de se moquer. Je suis dans la même galère que vous, j’attends toujours mes indemnités de licenciement, j’ai plus une tune, plus de quoi m’acheter à bouffer.

GASPARD. - Si tu veux au retour de la fanfare, tu pourras rester...

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Posté le 22 août 2026 par Bernard Lenne

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