Le moment venu
Dans le salon des Vitrail, tout semble ordinaire. Et pourtant, personne ne dit la vérité.
Thomas cache que son agence immobilière, héritée de son père, coule à pic. Sophie ne supporte plus un métier qui a perdu tout son sens. Julie, brillante stagiaire en droit, étouffe un talent qu’elle n’ose pas montrer. Quant à Laurent, le cadet rêveur que personne ne prend au sérieux, il porte dans sa poche un secret capable de tout changer.
Une famille, quatre non-dits, et un moment qui approche — celui où il faudra bien parler.
Le moment venu est une comédie dramatique tendre et pleine d’esprit sur les héritages qu’on n’a pas choisis, les rêves qu’on tait par amour, et le courage qu’il faut parfois pour redevenir soi-même.
Je peux ajuster le ton (plus mystérieux, plus drôle, plus sobre) ou raccourcir encore si vous voulez quelque chose de plus percutant pour une couverture.
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ACTE 1
Scène 1/1 – Sophie - Thomas
Sophie est dans le salon, ordinateur sur les genoux. Elle est concentrée sur l'écran. Thomas rentre du bureau. Il ôte sa veste et pose sa serviette.
Thomas : Bonjour ma chérie. Déjà rentrée ?
Sophie : Bonjour mon cœur. Je ne suis pas allée au bureau aujourd’hui.
Thomas : Malade ?
Sophie : Non, j'avais besoin de calme.
Thomas : Tu as travaillé d'ici ?
Sophie : Oui.
Thomas : C’est nouveau ça.
Sophie : Ils sont tous excités à l'agence
Thomas : La nouvelle campagne ?
Sophie : Oui.
Thomas : Pour quel produit ?
Sophie : La peur d'avoir les dents jaunes.
Thomas : Un dentifrice, quoi. Tu ne sembles pas inspirée.
Sophie : Et demain, ça sera quoi ? Du papier toilette qui soigne les hémorroïdes ?
Thomas : Si ça paye bien, pourquoi t'en plaindre ?
Sophie : C'est tout ce que tu trouves à dire ?
Thomas : Le client a signé ?
Sophie : Oui.
Thomas : Alors où est le problème ?
Sophie : Le problème, c'est qu'on ne vend plus des produits. On fabrique des complexes et on leur donne un slogan.
Thomas : C'est de la publicité, Sophie. Pas une mission humanitaire.
Sophie : Avant, ça voulait quand même dire quelque chose pour moi. Maintenant j'ai l'impression d'être devenue très bonne dans quelque chose qui ne m'intéresse plus.
(Silence)
Thomas : Tu te souviens de ta première campagne ?
Sophie : Les jouets ?
Thomas : Les kits pédagogiques contre les stéréotypes.
Sophie : J'y croyais vraiment.
Thomas : Le budget était au raz des pâquerettes.
Sophie : Le but était honorable.
Thomas : Un but, tout honorable qu’il puisse être, ne suffit pas toujours pour faire chauffer la casserole..
Sophie : Aujourd'hui ce que je fais n'a plus aucun sens.
Thomas : Tu es prête à renoncer à des revenus confortables ?
Sophie : (Elle fixe Thomas un moment). Tu as des problèmes d'argent ?
Thomas : Qu'est-ce que tu vas chercher là. Je mets en évidence les conséquences de refuser des contrats, c'est tout.
Sophie : J'ai l'impression que tu ne m'écoutes pas vraiment.
Thomas : La preuve que je t’écoute, c’est que je réponds à tes remarques.
Sophie : Tu réponds sur la superficialité, pas sur le fonds.
Thomas : Sois plus clair si tu veux que je comprenne.
Sophie : J’ai juste l’impression que j’influence les gens à acheter des produits auxquels je ne croix pas moi-même.
Thomas : Et donc ? … Tu veux arrêter ton activité ?
Sophie : Ne sois pas excessif.
Thomas : J’essaye de comprendre ce que tu veux me dire.
Sophie : Je veux lui rendre le sens des valeurs de départ.
Thomas : Qu’est-ce qui t’en empêche ?
Sophie : J'ai autour de moi une équipe où chacun tire de son côté.
Thomas : C’est toi qui les as engagés.
Sophie : Ils ont évolués … pas vraiment dans le sens que je souhaitais.
Thomas : Vous aviez établi une charte.
Sophie : Oubliée.
Thomas : La mémoire est courte … Réunis l'équipe dès qu'une campagne sera terminée.
Sophie : Une campagne n’a pas le temps d’être terminée qu’une autre commence.
Thomas : Là, je ne vois pas comment je pourrais t’aider.
Sophie : (Pour elle-même). Moi non plus, je ne vois pas qui pourrait m’aider … Bon, je vais préparer le repas.
Elle ferme son ordinateur et se lève.
Thomas : (Ennuyé). Écoute ma chérie, je ne voulais pas te braquer…
Sophie : Je ne suis pas braquée, Thomas… juste un peu déçue.
Thomas : Qu’est-ce que je peux faire ?
Sophie : Dire autre chose que « ça rapporte ». M'écouter sans chercher à régler le problème au bout de trente secondes.
Thomas la prend dans ses bras. Ils s'asseyent tous les deux dans le canapé.
Thomas : Je suis désolé. Je ne savais pas que c'était à ce point. Depuis quand tu ressens ça ?
Sophie : Ça fait quelques semaines. Je suis plus occupée à valider des slogans qu'à décider des campagnes qui entrent dans les valeurs de l'agence.
Thomas : Planifie une mise au point avec ton équipe. Ça te donnera le temps de préparer ta stratégie.
Un temps
Sophie : Oui, je vais réfléchir à ça. … Et toi, tes affaires ?
Thomas : (Semble surpris par la question). Heu… Eh bien … tout va bien.
Sophie : … Tu es sûr ?
Thomas : Oui, tout va bien.
Sophie : Tu sembles hésiter.
Thomas : Non. Non, tout va bien, je t’assure. (Change de ton). Et si je m'occupais du repas ?
Sophie : Surprenante mais excellente proposition.
Thomas : Les enfants rentrent à quelle heure ?
Sophie : Ils devraient rentrer d’ici une demi-heure.
Thomas se lève et quitte la scène.
Scène 2/1 – Sophie – Marc
Sonnerie du carillon d'entrée. Sophie va ouvrir. Marc entre.
Sophie : (Surprise). Bonjour Marc. Ça fait un bout de temps, dis-donc. Qu'est-ce qui nous vaut le plaisir de ta visite ?
Marc : Bonjour Sophie. Je passais dans le coin.
Sophie : Tu devrais passer plus souvent. Entre.
Marc : Thomas est là ?
Sophie : Il est dans la cuisine, prêt à nous faire profiter de ses talents de cordon bleu.
Marc : Je ne lui connais pas ce talent là.
Sophie : Une fois n'est pas coutume. Je te sers quelque chose à boire ?
Marc : Volontiers. Quelque chose de léger.
Sophie : Alcool, soft ?
Marc : Je conduis. Un soft, ça ira très bien. Une eau gazeuse, si tu as.
Sophie : J'ai.
Marc : Je ne veux pas déranger. Si Thomas est occupé, je le verrai demain au bureau.
Sophie : Tu ne déranges pas du tout. (Elle lui sert son verre).
Marc : Merci. On n'a pas souvent l'occasion de se voir.
Sophie : On est trop occupé chacun de notre côté.
Marc : Les affaires sont bonnes ?
Sophie : Je ne peux pas me plaindre. On occupe une bonne place sur le marché.
Marc : C’est rassurant.
Sophie : Si on veut …
Marc : Des soucis ?
Sophie : Rien de bien grave … je...