Copie (presque) conforme
La comédienne vedette de “Roméo est dans le placard” n’est plus disponible. Alors Paulette, la femme de ménage du théâtre, qui est son sosie, est engagée pour la remplacer.
Mais entre jalousie, mensonges, maladresses et pièges en tout genre, les répétitions vont rapidement devenir… explosives !
Au théâtre, quand tout le monde joue un rôle, le plus difficile est encore de savoir qui est qui !
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ACTE 1
(Dans le salon, Richard ajuste son costume et se regarde dans un miroir sous les yeux de sa bonne. Il est à la fois anxieux et excité).
RICHARD – Antoinette, que pensez-vous de ma tenue ?
MARIA – Monsieur Roméo est parfait.
RICHARD – Pas de cheveu qui dépasse ?
MARIA – Monsieur est parfait, que j'ai dit.
RICHARD – Ma cravate est-elle bien mise ?
MARIA – J'ai dit à Monsieur qu'il était parfait ! Il est prêt à recevoir Mademoiselle Juliette.
RICHARD – Mon Dieu, quelle émotion ! C'est la première fois qu'elle vient chez moi. Je suis si ému.
MARIA – Il faut dire que je n'ai pas l'habitude de voir Monsieur recevoir une dame.
RICHARD – Cinq ans de célibat pour trouver la perle rare et enfin ! Je suis amoureux.
MARIA – Monsieur aura pris son temps. J'espère que le jeu en vaut la chandelle.
RICHARD – Mais bien sûr ! Et vous n'aurez pas à la tenir.
MARIA – Quoi donc, Monsieur ?
RICHARD – La chandelle ! Je vous donne congé dès que Juliette sera là.
(Ça sonne).
RICHARD – C'est elle ! Et je ne suis pas prêt !
MARIA – Mais si ! J'ai dit que Monsieur était parfait.
RICHARD – Non ! Je ne suis pas prêt dans ma tête !
MARIA – Allons Monsieur Roméo, cessez de faire l'enfant. Je vais ouvrir.
(Maria va ouvrir la porte d'entrée. Un homme se trouve sur le seuil).
ALDO – Bonjour, je suis bien chez Roméo Montaigu ?
MARIA – Oui, c'est bien ici. (à Richard) Mademoiselle Juliette est arrivée !
RICHARD – Oh Juliette, ma douce, comme vous m'avez manqué. Entrez donc.
(Aldo entre sur scène).
ALDO – Roméo, vous aussi, vous m'avez manquée.
RICHARD – Mon amour, que vous êtes belle aujourd'hui. Vous êtes telle une rose qui embaume mon cœur.
ALDO – Merci mon minou. Vous permettez que je vous appelle mon minou ?
RICHARD – Mais bien sûr, très chère Juliette. Dans ce cas, puis-je vous appeler ma colombe ?
ALDO – Prenez garde, Roméo. Le minou pourrait croquer la colombe.
RICHARD – Vous avez déjà dévoré mon cœur.
ALDO – Oh, Roméo...
RICHARD – Votre peau a l'air si douce. Puis-je me permettre de vous caresser la joue ?
ALDO – Vous allez me faire rougir, mais faites donc.
(Richard commence à caresser la joue d'Aldo, puis laisse retomber sa main).
RICHARD – Non, désolé, j'y arrive pas. Aldo, c'est pas contre toi mais reconnais que c'est pas pareil !
ALDO – Enfin, Richard ! Tu es comédien professionnel, oui ou non ? Ce n'est quand même pas difficile de m'imaginer en Juliette !
RICHARD – A vrai dire, tu n'as pas le charme de Violette Frankfort.
ALDO – Oui, eh bien, elle n'est pas là, alors il faut bien que je la remplace.
RICHARD – Mais tu es metteur en scène, Aldo, pas comédien ! Et puis surtout, tu n'es pas une femme.
ALDO – Ça, c'est un scoop.
CORINNE – (arrivant du public) C'est vrai que c'est perturbant. Mais qu'est-ce qu'elle fout, Violette ?
ALDO – Ça, j'en sais rien. Elle est à l'heure d'habitude.
CORINNE – On a la première dans deux semaines et je viens de recevoir les affiches. Elle voulait qu'on ne voit qu'elle sur les affiches, eh bien je peux vous assurer qu'on ne voit qu'elle en effet ! Le problème, c'est qu'on ne la voit QUE sur les affiches. Mais où elle est ?
MARIA – Moi au moins, je suis ponctuelle. Je l'avais bien dit que c'est moi qui aurait dû avoir le rôle principal.
CORINNE – Tu n'as pas la notoriété de Violette Frankfort, ma pauvre Maria. Ni son charisme. Désolée de te dire ça, mais tu es faite pour les petits rôles.
MARIA – Pourtant, Maria Cotillon, ça sonne quand même mieux que Violette Frankfort.
CORINNE – Non, Maria Cotillon, ça sonne comme un truc qui existe déjà.
ALDO – Bon, en l'attendant, on reprend la scène. Ne perdons pas de temps.
RICHARD – Ah non ! J'y arrive pas avec toi, Aldo. Ça me déconcentre de te voir à la place de Violette. J'ai beau être un grand comédien, je suis resté hétérosexuel.
ALDO – Alors ferme les yeux.
RICHARD – Non, tu piques quand je te caresse la joue ! Violette, elle, elle pique pas.
ALDO – Désolé, je ne vais pas m'épiler en l'attendant.
RICHARD – Je vais dans ma loge. Le grand Richard Burreton a besoin de faire une pause.
(Richard s'en va avec panache).
CORINNE – Mais où est-ce qu'elle peut bien être passée enfin ?
ALDO – J'en sais rien, Corinne. C'est toi la productrice. Tu devrais l'appeler.
CORINNE – OK, je l'appelle. (à Maria) Maria, tu peux faire une pause aussi si tu veux.
MARIA – J'y vais. Mais rappelle-toi, Corinne, si tu as un problème avec Violette, je peux la remplacer. Je connais son rôle par cœur.
ALDO – Mais tu fais déjà Antoinette !
MARIA – Vu le tout petit rôle d'Antoinette, n'importe qui peut me remplacer...
(Maria s'en va).
CORINNE – Bien, je l'appelle.
(Corinne compose le numéro sur son téléphone et attend).
ALDO – J'espère qu'elle va répondre.
CORINNE – Allô, Violette ?... Non ?... Comment ?... Mais c'est arrivé comment ?... Mais c'est une catastrophe ! Elle en a pour combien de temps ?... Mais elle joue dans deux semaines !... Oui, je comprends, on va trouver une solution... Oui, merci, bon courage.
(Corinne raccroche).
ALDO – Alors ? Qu'est-ce qui se passe ?
CORINNE – C'était son agent. Violette a fait une mauvaise chute à ski. Elle est à l'hôpital et d'après ce qu'il m'a dit, elle a les deux bras et les deux jambes cassés. C'est pour ça qu'il a décroché.
ALDO – C'est une blague ?
CORINNE – Non, je ne pense pas, il avait l'air sérieux. Il est dans sa chambre avec elle.
ALDO – Mais comment on va faire ?
CORINNE – J'en sais rien. C'est un désastre !
ALDO – Maria pourrait peut-être la remplacer. Elle a l'air d'y tenir.
CORINNE – Certainement pas ! Cette Maria, c'est une opportuniste. Et puis elle joue mal. Et puis, toutes les affiches sont déjà imprimées avec la tête de Violette en gros plan. Juste en-dessous du titre : « Roméo est dans le placard », et juste au-dessus du sous-titre « Roméo et Juliette en version vaudeville ».
ALDO – On n'a malheureusement pas d'autre solution que Maria.
CORINNE – Pas question ! Et puis Violette est faite pour ce rôle. Elle a exactement la tête que j'imaginais. Et puis elle est connue.
ALDO – Alors je ne vois pas...
(Une femme de ménage ressemblant comme deux gouttes d'eau à Violette arrive sur scène avec son balai).
CORINNE – Violette ! Mais c'est quoi cette histoire ? Tu n'es pas à l'hôpital ?
PAULETTE – Hein ?
CORINNE – Je viens d'avoir ton agent. Il a bu ou quoi ? Il m'a dit que tu étais à l'hôpital.
PAULETTE – J'comprends rien à ce que vous dites, madame.
ALDO – Mais qu'est-ce qui te prend, Violette ? Pourquoi tu parles comme ça ?
PAULETTE – J'parle comme d'habitude. J'comprends rien.
CORINNE – (à Aldo) Qu'est-ce qu'elle a ?
ALDO – J'en sais rien, elle est bizarre.
PAULETTE – Bon, j'vais continuer mon ménage, moi...
CORINNE – (riant) Ah c'est une blague ! Sacrée Violette ! Toujours aussi bonne comédienne ! Je me suis bien fait avoir.
PAULETTE – Une blague ? Comme si j'avais que ça à foutre.
(Elle se met à balayer la scène).
CORINNE – Bien Violette ! Maintenant qu'on a bien ri, va te préparer. On n'est pas en avance, et Richard t'attend avec impatience.
PAULETTE – (en elle-même) Mais qu'est qu'elle me veut, cette foldingue ?
CORINNE – (à Aldo) J'ai eu une de ses frayeurs ! J'ai misé tout mon argent personnel dans cette production.
ALDO – Allez Violette, va t'habiller.
(Paulette ne réagit pas).
CORINNE – Violette, va t'habiller !
(Paulette se retourne).
PAULETTE – C'est à moi que vous causez ?
ALDO – Oui ! On est en retard, là. Dépêche-toi d'aller t'habiller.
PAULETTE – Mais j'suis habillée, là. Vous croyez quand même pas que j'vais faire le ménage à poil ?
CORINNE – Violette, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.
PAULETTE – (en elle-même) Ah, ces artistes, ils ont quand même un grain...
(Le téléphone de Corinne sonne. Elle décroche).
CORINNE – Oui !... Quoi ?... Violette ?... Mais c'est pas possible, (montrant Paulette) tu es là !... Non, pas là. Là !... C'est un cauchemar, je vais me réveiller... (Elle met la main sur le micro de son téléphone et s'adresse à Aldo en montrant Paulette). C'est pas Violette.
ALDO – Quoi ?
CORINNE – Je suis avec Violette au téléphone. C'est son agent qui tient le téléphone. Elle a vraiment les deux jambes et les deux bras cassés.
ALDO – (montrant Paulette) Mais non, elle est là !
PAULETTE – Mais...