Médée d’Arès (Scène 4)
ARGUMENT
Les crimes sont passés. Meurtrie par la répudiation de son époux Jason au profit de la princesse de Corinthe Créuse, Médée a sombré dans la folie meurtrière en empoisonnant sa rivale et en tuant ses deux fils Tisandros et Phérès. Elle comparaît devant l’Aréopage des anciens, juge suprême de la cité, pour se défendre face à ses crimes. L’heure est maintenant à sa plaidoirie.
MÉDÉE D’ARÈS, princesse barbare de Colchide
SITUATION DRAMATIQUE, Plaidoirie d’une criminelle devant ses juges
PREFACE
Médée n’aurait-elle droit qu’au bûcher et aux flammes qui siéent aux empoisonneuses et aux mères meurtrières ? N’a-t-elle pas aussi une part d’humanité qui expliquerait son geste et dont on pourrait tirer une moindre leçon ? J’ai cru que l’on pouvait répondre par l’affirmative à cette question, alors j’ai voulu me faire son avocat, non du diable, mais d’une femme. (…) JD
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De tout ce qui a vie et pensée, c’est nous les femmes, les êtres les plus misérables.
EURIPIDE, Médée
CORINTHE - Scène 4
Devant ses juges, l'accusée commence le récit de sa nuit fatale.
MÉDÉE D’ARÈS « Les vents nous portèrent jusqu’aux rivages de ce pays tant redouté. Corinthe ! le mince bras de terre coupant l’Égée en deux. L’isthme sacrilège défiant la fureur des flots. Mais l’Argo ne craint pas de violer l’ordre des dieux. Ses rames se meuvent en cadence, guidées à sa poupe par le chant des sirènes, ses cruelles amantes. Ses voiles se jouent des vents furieux dans les tempêtes hurlantes. Sa coque glisse sur l’océan sans se soucier de ses spasmes souterrains. Rien ne peut arrêter sa proue conquérante ! Et serein, il nous mena jusqu’au port où son flanc vint s’unir à cette terre maudite. »
MÉDÉE D’ARÈS « Aux pontons de Corinthe, c’est là que je la vis. Ma rivale abhorrée, cette femme détestée : Créuse, la belle Créuse ! Créuse aux doux sourires, à la peau blanche toute vêtue de soie ! Créuse aux mains immaculées, jamais souillées par le sang et les poisons. Créuse dans sa prime jeunesse qui offrait à Jason l’amnésie de son passé. Créuse la princesse grecque, devant qui Médée n’était plus qu’une laide magicienne. Créuse la cause de toutes mes haines ! Créuse que tout mon cœur exècre ! Face à Créon, je contemplais sa silhouette maudite. Et pendant ce temps, Jason lui...