Zinédine
Le soir de la finale de la coupe du monde entre la France et l’Italie, Malika Zidane, mère du capitaine de l’équipe de France Zinédine Zidane, reçoit un présage lui annonçant qu’une malédiction s’apprête à s’abattre sur son fils. A travers son messager Jamel Debbouze, elle lui demande de ne pas jouer la finale. Zinédine refuse et défie ainsi le destin. David Trézéguet, en apprenant cela, s’offusque du blasphème de Zinédine, qui, selon lui, condamnera la France à la vengeance céleste. Préférant l’équipe à son capitaine, il décide à contre-coeur de trahir ce dernier, en demandant au joueur italien Materazzi de le blesser. Mais cette trahison est progressivement révélée à Zinédine, qui plonge dans la désillusion. Comprenant le caractère factice du football, et la trivialité du monde moderne qui l’a engendré, il décide de ressusciter la violence antique pour anéantir les idoles modernes, dans un dernier geste…frappant.
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Acte premier
Scène première
Les trois sorcières Winamax, Unibet, Betclic
WINAMAX
Deux contre un, trois contre un !
UNIBET
Trois contre un, cinq contre un !
BETCLIC
Cinq contre un, deux contre un !
ENSEMBLE
Enchantons le terrain !
WINAMAX
Révélez vos secrets, signes cabalistiques.
BETCLIC
Pénétrez dans nos cœurs, savoirs footballistiques !
UNIBET
Je vois que se dessine un nombre intéressant.
BETCLIC
Deux contre un, trois contre un, et deux qui nous font cent.
UNIBET
Qui mettra dix ce soir pourra gagner le double.
WINAMAX
Mes sœurs, mes chères sœurs, je vois des temps de trouble.
BETCLIC
A l’homme avisé seul, il lui sera rendu.
WINAMAX
10 Nous plongeons dans la nuit et le tohu-bohu !
BETCLIC
Qui ne se trompe point récoltera la somme.
WINAMAX
Oui, nous assisterons à la chute de l’homme !
UNIBET
Le pleutre à chaque match met sur le favori.
WINAMAX
Il se murmure au ciel que les dieux ont péri.
Scène II
Les mêmes, Malika Zidane, Jamel Debbouze
MALIKA ZIDANE
Winamax, Unibet, Betclic, ô sœurs fatales,
J’interromps pour un temps, vos messes infernales.
Une image terrible a troublé mon sommeil
Révélez-moi le sens d’un rêve sans pareil.
UNIBET
Le sot mise une fois, l’aventureux combine.
BETCLIC
20 Qui parle ?
MALIKA ZIDANE
Malika, mère de Zinédine.
WINAMAX
Femme, crains pour ton fils, Zidane au pied léger !
UNIBET
Malheur !
WINAMAX
Malheur !
BETCLIC
Malheur !
WINAMAX
Il court un grand danger !
MALIKA ZIDANE
Parlez donc ! Partagez votre savoir occulte,
Quel danger, sœurs ?
WINAMAX
Un coup !
UNIBET
De la tête !
BETCLIC
Une insulte !
MALIKA ZIDANE
Ah ! Vous affermissez mes noirs pressentiments.
WINAMAX
La foule se répand en cris, en hurlements !
BETCLIC
Oh non !
UNIBET
Non ! Une faute !
BETCLIC
Un carton écarlate !
WINAMAX
Mais voici Trézéguet !
BETCLIC
Viens à nous pâle Hécate !
UNIBET
Acceptez votre sort, Zidane l’a choisi !
WINAMAX
30 Retenez bien ce nom : Marco Materazzi !
MALIKA ZIDANE
Fuyez, mon fils ! Telle est la volonté divine !
Jamel, mon messager, allez voir Zinédine
Et parlez pour moi.
JAMEL DEBOUZZE
Bien, c’est le lot des acteurs.
Mais partons ! Laissons place aux deux commentateurs.
Scène III
Jean-Michel, Thierry
THIERRY
Jean-Michel !
JEAN-MICHEL
Oui, Thierry !
THIERRY
Viens ! Préparons la scène
Car dans quelques instants nous serons à l’antenne.
JEAN-MICHEL
Mais tout à fait Thierry ! Plaçons les caméras !
THIERRY
Tu te mettras ici quand tu commenteras,
Pour faire ressortir ton bon profil.
JEAN-MICHEL
Le gauche ?
THIERRY
40 Oui, oui, le gauche… Eh vous ! Pourquoi je vous embauche ?
Allez, dépêchez-vous ! Installez le décor !
JEAN-MICHEL
Micros, changez ma voix en celle du Stentor !
THIERRY
Maquilleurs, empourprez mon visage trop pâle.
JEAN-MICHEL
Lumière, éclaire-nous !
THIERRY
Ce soir, c’est la finale !
JEAN-MICHEL
Regardez spectateurs, soyez bien attentifs,
Et laissez votre sort dans les mains des sportifs !
THIERRY
C’est le prix à payer pour que notre existence
Ne se dissolve point dans l’insignifiance.
JEAN-MICHEL
Ecoutez les clameurs, les cris, la passion !
THIERRY
50 Et prenez part vous-même à la communion !
JEAN-MICHEL
Rugissez ! Joignez-vous à ce stade qui gronde !
THIERRY
A ces corps possédés par la coupe du monde !
Mais déjà vous tremblez, vous ressentez l’aura
L’angoisse vous saisit : qui donc triomphera ?
L’obsession vous fait plonger dans la folie
Qui donc triomphera ?
JEAN-MICHEL
La France ou l’Italie ?
THIERRY
Nous le saurons bientôt.
JEAN-MICHEL
Les entends-tu ?
THIERRY
Je crois…
Scène IV
Thierry, Jean-Michel, Franck Ribéry, David Trézéguet, Raymond Doménech, le chœur des joueurs français
JEAN-MICHEL
Ô spectateurs, voici que s’avancent nos rois :
Ils pénètrent en rang dans leur saint vestiaire.
THIERRY
60 Contemplez, admirez, ce sont nos chefs de guerre :
Makélélé, Vieira, Ribéry, Trézéguet
JEAN-MICHEL
Vous êtes, grâce à nous, admis dans leur secret
Dignes de partager leur joie et leur détresse.
THIERRY
A vous, chers spectateurs, l’équipe se confesse
En exclusivité, je m’en vais les trouver !
Saints footballeurs, daignez vous faire interviewer !
LES JOUEURS FRANÇAIS
Que nous-veux-tu, mortel ?
THIERRY
Ô footballeurs hors norme,
Accueillez ma parole : êtes-vous tous en forme ?
LES JOUEURS FRANÇAIS
Notre pied est alerte, il commande au ballon,
70 Contre nos ennemis nous levons le talon.
THIERRY
Veuillez me pardonner l’élan iconoclaste
Qui me fait vous parler, ô Ribéry le chaste :
Comment vous sentez-vous ? ça va les quadriceps ?
FRANCK RIBERY
La finale m’oblige à ce qu’on a du peps !
En cet ultime instant, mon pesant corps s’efface
Je dois monter vers l’astre en dévorant l’espace,
Et, sans être aveuglé par son éclat pompeux,
Courir, monsieur, courir jusqu’à quand que je peux.
.
THIERRY
Oui, mon petit, brillez comme contre l’Espagne !
FRANCK RIBERY
80 Je pense qu’on espère ici que l’on va gagne !
JEAN-MICHEL
Vous le ferez ! Il reste à poursuivre vos pas.
FRANCK RIBERY
La routourne, espérons, ne se tournera pas !
THIERRY
Oh ! Je suis confiant, toujours la Providence
S’est placée en faveur de l’équipe de France.
Messieurs, dois-je vraiment rappeler vos exploits ?
N’avez-vous point vaincu les Romains ?
DAVID TREZEGUET
Par deux fois.
THIERRY
Leur tactique mêlant traîtrise et simulacre
Vous a-t-elle empêchés de conquérir le sacre ?
FABIEN BARTHEZ
Nous portons sur le cœur l’astre du mondial,
90 En quatre-vingt-dix-huit, nous eûmes le graal.
THIERRY
Quel pied ! Depuis ce jour, je peux mourir tranquille !
FRANCK RIBERY
Puis, par son but en or, Trézéguet en deux-mille,
Arracha le trophée au peuple italien !
Scène V
Les mêmes, Thierry Henry
THIERRY HENRY
Certes…
JEAN-MICHEL
Thierry Henry !
THIERRY HENRY
Qui nous offrit ce bien ?
Les titres sont tombés des cieux comme la manne,
Car Dieu vit parmi nous, il se nomme Zidane !
THIERRY
Vous avez prononcé le Nom saint et béni,
Plus noble que Kopa, plus grand que Platini.
JEAN-MICHEL
Qui nous a relevé de l’antique détresse.
THIERRY
100 Qui nous a fait chanter les hymnes d’allégresse
JEAN-MICHEL
Oh, doux refrain… « pas un, pas deux mais trois zéro » !
THIERRY
A lui revient l’étoile, à lui revient l’euro.
JEAN-MICHEL
Et ce soir, nous verrons enfin toute sa gloire
Quand il nous donnera cette ultime victoire.
THIERRY
Zinédine accomplit son destin aujourd’hui
Et fait taire à jamais ceux qui doutaient de lui
Oui, nous nous lamentions, lorsqu’en deux-mille-quatre,
Il descendit du trône et cessa de combattre.
Mais il est revenu pour ce dernier tournoi,
110 Ressuscitant en nous l’espérance et la foi.
Voyez, il livre ici ses plus belles batailles !
JEAN-MICHEL
Oui, Thierry, mais d’abord, éprouvant ses ouailles,
Zidane délaissa tout divin attribut :
Lors des phases de poule, il ne mit aucun but.
THIERRY
Après le premier match, un nul contre la Suisse,
Nous nous disions : « est-il digne de son office ? »
JEAN-MICHEL
Et le doute grandit durant les jours suivants.
Si face aux coréens, nous prîmes les devants,
Nous fûmes rattrapés finalement au score,
120 Zidane eut un carton, et plus tragique encore,
Dut nous abandonner pour le match couperet.
THIERRY
Nous pensions que, sans lui, notre équipe échouerait,
Qu’à cause du Togo, nous perdrions en poule.
JEAN-MICHEL
Et Zidane subit les crachats de la foule.
THIERRY
Ô mes chers spectateurs, ne le voyez-vous pas ?
La Corée est sa croix, le Togo son trépas !
Sa Passion pourtant transfigura nos âmes.
Le miracle survint, nous nous qualifiâmes !
JEAN-MICHEL
Le Togo fut défait avec facilité.
130 Mais le sort étouffa notre félicité,
Car l’opposant suivant, la redoutable Espagne,
Semblait nous retirer tout espoir que l’on gagne.
THIERRY
L’invincible Armada, sûre de son succès,
Méprisa nos joueurs, et ce jusqu’à l’excès.
Elle osa, par avance, en sa presse assassine
Fêter le jubilé du divin Zinédine.
JEAN-MICHEL
Leurs présages, hélas, parurent confirmés :
L’Armada prit de court les Français alarmés
Et, sur un pénalty, prouva toute sa force.
THIERRY
140 Mais l’Espagne bomba beaucoup trop tôt le torse.
Et Ribéry, marquant dans un bel « une-deux »,
Fit perdre aux espagnols leur air présomptueux.
Zidane conduisit ensuite une offensive,
Et servit à Vieira la passe décisive.
JEAN-MICHEL
Nous menions !
THIERRY
Seulement, ce n’était pas assez !
Zizou crucifia nos rivaux harassés.
La lumière embrasa son maillot tricolore,
Ressuscité des morts, il aggrava le score.
JEAN-MICHEL
Après qu’il eut donné cette correction
150 Nous chantâmes alors sa Résurrection.
THIERRY
Ô redoutable Espagne, où se trouve ta gloire ?
Où fut ton aiguillon, où donc est ta victoire ?
JEAN-MICHEL
Et s’il restait chez nous un dernier mécréant,
Son absence de foi fut réduite à néant
Quand Zidane éteignit l’ardeur brésilienne.
THIERRY
160 Tout fit sens ! Il fallait que le Dieu s’aliène,
Il fallait qu’il s’abaisse et connaisse la croix
Avant de nous montrer qu’il est le roi des rois
Car s’il n’avait dû vivre en poule le calvaire,
Il n’aurait jamais eu l’Espagne en adversaire.
Le parcours des Français serait moins glorieux,
On ne l’aurait chanté dans le plus haut des cieux.
La chute, comprenez, était préméditée
Pour rendre la victoire encor plus méritée.
Et tout fut préparé, calculé, semble-t-il
170 Afin qu’advienne en quart ce match France-Brésil,
Où Zidane, enflammé, connut l’apothéose.
Oui, nous comprîmes là le sens de sa kénose.
Face aux meilleurs joueurs qui furent de tout temps,
Il était Jupiter combattant les Titans !
Taclant, dribblant, frappant, marquant à la seconde,
Contre le collectif le plus puissant du monde.
Jamais il ne fléchit : sans peur il attaqua
Robinho, Ronaldo, Ronaldinho, Kaká.
Zidane humilia sans peine ces icônes,
180 Les dribblant un par un comme de simples cônes.
Comment pûtes-vous perdre, ô grands brésiliens ?
Nombreux comme les dieux des panthéons païens,
Vous étiez impuissants face au Zidane Unique,
Et fûtes aveuglés par sa blanche tunique !
Comme je compatis à votre triste sort !
Le Brésil est à terre, et le grand pan est mort !
Mais soyez consolés, car votre sacrifice
Aplanit le chemin du vrai Dieu de Justice
Qui conduira le foot jusques à son acmé
190 Et fera triompher son peuple bien-aimé !
JEAN-MICHEL
Chantons Zidane, amis, sa gloire est éternelle !
THIERRY
Célébrons notre roi Zidane !
Scène VI
Les mêmes, Jamel Debbouze
UNE VOIX
Qui m’appelle ?
THIERRY
Comment ! c’est…
JEAN-MICHEL
Il arrive ?
THIERRY
Oui.
JEAN-MICHEL
Ciel !
UNE VOIX
Réponds mortel !
JEAN-MICHEL
Je… vous
UNE VOIX
Qui vous permit de venir...