Le club des vieilles tiges

Les vieilles tiges, club de retraités, dirigé par une ancienne officier de l’armée, la colonel Tancrède, est habitué à visiter les cimetières, les monuments aux morts et les champs de bataille. Les 6 membres du club, lassés, cherchent des excursions différentes quand un coup de téléphone va tout changer avec l’annonce d’une visite improbable; celle du président de la République. Une responsable de la communication de l’Elysée va venir préparer cette visite. Les membres du club vont vivre des moments inattendus qui vont bousculer joyeusement leur train-train habituel et ceci jusqu’à la surprise finale.

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ACTE 1

Nicole est assise à son bureau. Elle parle toute seule en regardant des feuilles.

NICOLE : Alors, choisir les prochaines excursions. En tant que présidente du club je me dois de trouver des lieux attrayants. Ce n'est pas simple. Pourtant, ils n'attendent que ça, les membres du club. Visiter. Ils aiment visiter. Il va falloir trouver de nouvelles idées. Les monuments aux morts, c'est fait. Les cimetières aussi. Les champs de bataille, il doit bien en rester quelques uns, par ci, par là. Mais j'ai senti une certaine lassitude chez eux. Pourtant, c'est bien, les champs de bataille.

Marie Thérèse entre sur scène.

NICOLE : (la voyant entrer)  Ah, Marie Thérèse (d'un ton désolée), que me vaut la joie de ta visite ?

MARIE THERESE : (fermée) : La joie ? Mais enfin, Nicole, comment peux-tu parler de joie dans le monde qui est le nôtre. Rien ne va plus.

NICOLE : N'exagère pas. Tout ne va pas si mal.

MARIE THERESE : Tu trouves, toi ? Je pense au contraire qu'il y a de quoi s'inquiéter.

NICOLE : Ce n'est pas nouveau. Tu t'inquiètes toujours de tout.

MARIE THERESE : A juste raison. Tout se délite. Il n'y a plus aucune valeur. Chacun fait à son envie. C'est désolant.

NICOLE (toujours occupée avec ses papiers, écoutant à peine Marie-Thérèse) : Peut-être. Peut-être.

MARIE THERESE : Comment ça, peut-être ? C'est sûr, oui.

NICOLE : Si tu le dis.

MARIE THERESE : Et je ne suis pas la seule.

NICOLE : Ah, il y en a d'autres comme toi ?

MARIE THERESE : Plus que tu ne crois.

NICOLE : Eh bé !

MARIE THERESE : Du reste, je pense à créer une association.

NICOLE : Vraiment ?

MARIE THERESE : Une association qui réunirait tous ceux qui en ont marre.

NICOLE : Dis comme ça, ça va faire du monde.

MARIE THERESE : C'est ce que je crois. On pourrait se réunir ici.

Nicole lève sa tête brutalement.

NICOLE : Que dis-tu ?

MARIE THERESE : Ce serait bien ici. Il y a de la place.

NICOLE (prenant son air autoritaire) : Je t'arrête de suite. Il n'en est pas question.

MARIE THERESE ( surprise) : Mais pourquoi ? Tu sauras gérer ça. Tu es une ancienne officier de l'armée, tu as l'habitude.

NICOLE : Mais justement, en tant qu'ancienne militaire, il est hors de question que je m'implique dans un projet qui pourrait très vite ressembler à un bazar incontrôlable.

MARIE THERESE : De quoi as-tu peur ? …

NICOLE (haussant le ton) : Je n'ai pas peur. Je n'ai jamais eu peur. Loyale au service du pays, je n'ai jamais reculé devant l'ennemi.

MARIE THERESE : L'ennemi comme tu y vas. Tu étais dans les bureaux.

NICOLE : C'est pareil. L'ennemi est partout.

MARIE-THÉRÈSE (tout d'un coup inquiète) : Ici aussi ?

NICOLE (suspicieuse) : On est à l'abri nulle part.

MARIE THERESE : Mais pas dans le club, on se connaît tous.

NICOLE : Je n'en mettrai pas ma main à couper.

MARIE THERESE : Mais, tu divagues. Nous sommes six. Nous partageons tout depuis des années.

NICOLE : Je te l'accorde . Peut-être pas entre nous. Mais vouloir faire entrer ici d'autres personnes me semble hors de propos.

MARIE-THÉRÈSE : Je comprends. Finalement, créer une association n'est peut-être pas une bonne idée.

NICOLE : Surtout ici.

Monique et Raoul entrent à toute vitesse. Raoul a le bras posé sur l'épaule de Monique.

MONIQUE : Raoul a égaré ses lunettes.

NICOLE (rassemblant des papiers) : Encore ? Cela fait combien de fois cette semaine ? Deux ? Trois ? plus ?

RAOUL : Ce n'est pas ma faute. Je les pose et je ne les retrouve pas.

MARIE THERESE : Et tu ne te souviens jamais où tu les poses.

RAOUL : Si je les voyais, ce serait plus facile.

NICOLE : Tu portes des lunettes parce que tu es miro comme une taupe. Comment veux-tu les voir quand tu les poses ?

RAOUL : Ce n'est pas faux. Je devrais faire plus attention.

MONIQUE (distraite) : Ascension ? Tu veux faire une ascension ? Ce n'est pas prudent, tu n'y vois rien, tu risques de te faire mal.

RAOUL : Pas ascension ( élevant la voix en se penchant vers elle) : Attention. Il faut que je fasse plus attention.

MONIQUE : Ah, j'avais mal compris.

NICOLE  ( prenant ses feuilles sous le bras et se dirigeant vers la sortie) : Là, on a la paire, Raoul qui ne voit rien et Monique qui est bouchée à l'émeri.

MONIQUE (agacée) : Je t'entends très bien. Je n'ai rien de bouché.

NICOLE : Juste un peu dure d'oreille.

MONIQUE : Je ne suis pas dure d'oreille.

NICOLE : C'est dommage, au moins, ça t'aurait fait quelque chose de dure. Bon, je vous laisse, j'ai des choses à faire. Je suis désolée de ne pas pouvoir participer à votre chasse au trésor.

Elle sort.

 

MONIQUE (plaintive) : Je ne suis pas dure d'oreille. Un peu distraite, peut-être.

MARIE-THERESE : Nous le savons bien. Tu n'es pas toujours dans ta tête.

MONIQUE : Nicole aussi le sait. Ce qu'elle est méchante, parfois.

RAOUL : Tu la connais, il faut toujours qu'elle ait le dernier mot. Et parfois, celui-ci dépasse sa pensée.

Marie Thérèse se rapproche des deux autres et leur parle doucement en vérifiant que personne n'entre.

 

MARIE THERESE : Vous ne savez pas ce que Nicole m'a dit.

Monique et Raoul font signe que non.

 

MARIE THERESE : Il paraît qu'il y a des ennemis partout.

RAOUL (inquiet) : Des ennemis ?

MONIQUE : Des ennemis ? Ici aussi ?

RAOUL : Ne t'inquiète pas. Nicole exagère toujours. Son passé militaire, je suppose.

MARIE THERESE : Elle était très sérieuse.

RAOUL : Elle est toujours sérieuse.

MONIQUE (en riant) : C'est à Marie-Thérèse que tu dis ça ?

MARIE THERESE (s'énervant et haussant le ton) : Pourquoi ? Tu trouves que je suis trop sérieuse, c'est ça ?

MONIQUE : Reconnais que tu n'es pas la plus rigolote de la bande.

MARIE THERESE (vexée) : Et alors ? Tout le monde ne peut pas être comme Paulette.

RAOUL : Il est vrai que ta sœur est assez différente. Elle s'amuse d'un rien.

MARIE THERESE : Grand bien lui fasse. Je trouve qu'il n'y a pas de quoi s'éclater dans le monde qui est le nôtre.

RAOUL : Justement. Il vaut mieux prendre les choses du bon côté que voir du négatif à tout instant.

MARIE THERESE : Chacun son opinion, j'ai la mienne. En attendant, Nicole est de mon avis, nous ne sommes pas en sécurité.

RAOUL : Admettons. Et moi, plus que les autres. Tant que je n'ai pas retrouvé mes lunettes, (en riant) je ne verrai pas l'ennemi arriver.

MARIE THERESE : Surtout que tu ne sauras pas de quel côté, il pourrait surgir.

MONIQUE  (se tournant vers Marie Thérèse) : Mais, tu viens de dire quelque chose de drôle ?

MARIE THERESE : Moi ? Quelle horreur !

MONIQUE : Si, si. C'était drôle.

MARIE-THÉRÈSE (pensive) : Tu crois ?

RAOUL (les coupant): Vous pourriez m'aider à retrouver mes lunettes ?

MARIE THERESE (se reprenant): Bien sûr. Mais comment fais-tu pour ne jamais te rappeler où tu les as posées ?

MONIQUE ( cherchant et n'entendant pas Marie Thérèse): Je me demande comment tu fais pour ne jamais te rappeler où tu poses tes lunettes ?

RAOUL ( après avoir regardé Monique, amusé): Je ne sais pas. À croire qu'il n'y a pas que la vue qui diminue. L'age n'a pas que du bon.

MARIE THERESE : Je vais les chercher de mon côté. (d'un ton très grave et prenant les mains de Raoul dans les siennes) On va les retrouver.

Elle sort d'un côté de la scène, René entre de l'autre côté, triomphant.

RENE : Qui est encore le sauveur de ce pauvre Raoul ?

RAOUL (se tournant vers lui) : Tu les as trouvées ?

René brandit les lunettes devant lui. Il les lui donne.

RENE : Eh oui !

MONIQUE (admirative) : Oh, ce René, quel homme !

RENE (roulant des épaules) : Eh oui, ma belle. René a encore frappé. Avec René, rien ne se perd, tout est retrouvé.

RAOUL : Où les as-tu retrouvées ?

RENE (l'air mystérieux) : C'est toute une histoire.

RAOUL : Ah bon ?

RENE : Une aventure étonnante.

RAOUL (incrédule) : Retrouver mes lunettes fut une aventure étonnante ?

RENE : Tu ne peux pas savoir à quel point.

Monique s'était rapprochée de René pour mieux l'entendre.

MONIQUE (d'une voix douce) : Raconte-nous, René, ce doit être passionnant.

RAOUL (ironique): Ah oui, raconte-nous. Je suis curieux de savoir comment retrouver mes lunettes fut une aventure « étonnante ».

RENE (mystérieux) : Et bien, voilà. Quand j'arrive la maison est calme.Trop. Pas un bruit. Je m'inquiète. D'habitude, vous êtes tous là avant moi et je vous entends parler ou la colonelle vociférer ou encore Marie-Thérèse râler ou Paulette rire .

RAOUL : C'est bon, on a compris. Tu ne vas pas détailler le caractère de chacun.

MONIQUE : Laisse-le continuer, Raoul. Il raconte si bien.

RAOUL : Ça pour raconter, il raconte. Alors ?

RENE : Alors, j'avance à pas feutrés. Je prends dans l'entrée le parapluie de Nicole, celui avec la tête du général De Gaulle incrustée. Je me dis qu'il devait avoir la tête dure et que ce serait parfait si je devais assommer quelqu'un.

RAOUL (éberlué) : Assommer quelqu'un ? Mais, qu'est ce que tu racontes ?

MONIQUE : On s'y croirait, c'est flippant.

RENE : Ce silence était inhabituel. Je m'approche du salon, le cœur battant la chamade. « Pourvu que je ne les retrouve pas égorgés », je me dis.

MONIQUE : Quelle horreur !

RENE : Alors, je vais pour ouvrir la porte et ….

MONIQUE (angoissée) : Et ?

RAOUL (détaché) : Et ?

RENE : Et...Et...C'est là que je les vois.

MONIQUE (prise dans l'histoire) : Qui ça ? Les cadavres ?

RAOUL : Personne n'est mort, Monique. Nous sommes vivants.

MONIQUE : Quand même, c'est...

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Posté le 29 septembre 2026 par bernard Laurendeau

bernard Laurendeau
bernard Laurendeau

Ma pièce "L'expertise" a été éditée par la Librairie théâtrale. Depuis, j'ai d'autres pièces à mon actif. Je suis membre de la SACD qui gère mes droits d'auteur.

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