Adopte un vieux fr
Imaginez qu’un notaire vous convoque pour vous faire la lecture d’un document très important et que, le moment venu, dans son bureau, il renverse maladroitement toute une bouteille d’encre sur ledit document. Ça commence donc très mal.
Héritage, donation, autre chose de plus surprenant ?
Ajoutez une secrétaire pas très douée, une infirmière privée qui l’est encore moins, une belle-sœur à côté de ses pompes, un fils très proche de sa mamie… d’ailleurs la mamie, justement, parlons-en un peu plus, car avec ses sept chats… Un joyeux bazar en perspective.
Dès que l’on parle de succession, voyez-vous, tout part en vrille ou se met à déconner.
Et pourtant !
Pourtant il faudra vraiment attendre les toutes dernières lignes pour vraiment comprendre ce qui arrive…
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ACTE I
Nous sommes un vendredi, il est aux alentours de 11 heures. A l’ouverture du rideau, Mary est allongée sur un transat, en tenue d’été et semble profiter du soleil tout en bronzant calmement, une revue en mains. Soudain, apparaît Jules, de très mauvaise humeur.
Jules (Qui entre en criant et rouspétant. Il a sur sa chemise et sur son pantalon toute une traînée d’encre. Il a aussi sur le visage le restant de la traînée d’encre, voire même sur les lunettes aussi.) – Tu parles d’un abruti !
Mary (Qui s’étonne, relève la tête et constate les dégâts) – Ben, qu’est-ce que tu fais dans cet état Jules ? Tu étais où ? Tu as vu l’heure ?
Jules – Chez Leteinturier, Mary ! Il est un peu plus de 11 heures et alors ?
Mary – Mais qu’est-ce que tu foutais chez le teinturier. Je croyais que tu avais rendez-vous chez le notaire.
Jules – Ben oui, Mary, c’est ça. Il m’avait convoqué en me disant qu’il avait une petite chemise à me donner.
Mary (Qui ne comprend pas) – Mais je n’ai jamais mis de chemise chez le teinturier !
Jules – C’est Leteinturier qui avait une chemise pour moi, ce n’est pas pareil.
Mary – Mais comment as-tu fait pour tacher ta chemise à ce point ?
Jules – Mais puisque je te dis que c’est Leteinturier qui a taché ma chemise.
Mary – Mais les teinturiers, normalement ça lave les chemises, ça ne les salit pas.
Jules – Mais je ne te parle pas d’un teinturier mais de monsieur Leteinturier, le notaire. Tu sais bien qu’il s’appelle Leteinturier quand même...
Mary (Qui comprend soudain) – Ah oui, c’est vrai. Tu m’as mise dans l’erreur avec tes taches. Mais alors c’est quoi cette histoire de chemise...
Jules – Je viens de te le dire, monsieur Leteinturier, notaire, avait dans son bureau, une chemise contenant des documents qu’il devait me lire de façon officielle.
Mary (Qui se calme et réfléchit doucement) – On va y arriver, Jules. Donc, elle est où ta chemise ?
Jules (Qui se perd à son tour) – Ben sur moi. Tu vois bien qu’elle est tachée la chemise !
Mary – Mais non, la chemise avec des documents.
Jules – Ben elle est restée chez Leteinturier puisqu’elle est remplie d’encre.
Mary – Mais pourquoi elle est remplie d’encre ?
Jules – Parce que Leteinturier a renversé son encrier sur les documents et les chemises...
Mary – Pourquoi LES chemises ?
Jules – Ben tu ne comprends donc rien, ma petite Mary. La chemise qui contenait des documents importants et MA chemise...
Mary – OK, OK. Tu t’expliques mal, mais j’ai compris. Et bien change donc de chemise.
Jules – Mais je ne peux pas. La chemise est restée chez le notaire puisqu’elle est illisible... Et comment veux-tu que je change sa chemise si je ne sais pas ce qu’il y a dessus.
Mary – Non, pas la chemise du notaire, mais la tienne. Je vais laver celle-là. Si on peut la récupérer. Ce n’est pas gagné. Et puis ton pantalon, c’est pareil. Un si beau pantalon presque neuf. C’est ton teinturier qui va payer la note ? En plus je ne suis pas certaine de retrouver un ticket d’achat vieux de dix ans moi...
Jules – Une note pour un notaire, ça m’étonnerait que ça passe.
Mary – En tout cas, tu ne peux pas rester comme ça. Va te changer et mets-toi propre, ça te changera...
Jules – Bien môman ! Je vais me mettre en tenue d’été si je retrouve mes tee-shirts. Ils sont où mes tee-shirts ?
Mary (Très moqueuse) – Avec les jeux de société bien sûr !
Jules – Ah ! Quelle idée. Bon je vais les chercher alors. (Puis à nouveau perdu) Mais ils sont où les jeux de société au fait ?
Mary (Autoritaire) – Jules ! Viens ici !
Jules (Qui s’approche de Mary, tout penaud) – Oui, ma petite Mary. Qu’est-ce qu’il y a ?
Mary – Tu es idiot ou quoi. Si je t’avais dit que tes shorts et tes slips sont chez la voisine tu serais allé chez la voisine ?
Jules – Mais pourquoi tu les as mis chez la voisine ? C’est du grand n’importe quoi. Je ne vais quand même pas me changer chez la voisine... (Puis après un court instant) D’un autre côté, la voisine, elle n’est pas si mal que ça... Bon. Je vais chez la voisine alors... (Il s’apprête à partir).
Mary – Tu ne vas pas chez la voisine, bougre d’idiot. Je disais ça pour déconner. Attends-moi, je vais venir te montrer où sont tes fringues d’été. Tu me fatigues à la fin...
Jules (Au public) – Je ne sais pas comment est la vôtre, mais la mienne n’est pas facile à comprendre parfois...
Mary – Tu dis quoi Jules ? Et au fait, c’était quoi qu’il voulait t’annoncer le notaire ? De qui tu as hérité et combien et quand tu vas me donner le fric ?
Jules – Mais il n’a jamais parlé d’héritage... En fait, on ne sait rien du tout... C’est un grand mystère.
Ils ont passé à peine la porte que rentre Sophie.
Sophie – Coucou, c’est moi, Sophie ! Vous êtes là ?
Jules et Mary (Repassant la tête dans l’embrasure, exaspérés) – Noooon !
Sophie (Déçue) – Ah bon ? (Puis, après un tout petit délai) – Ben ! Si quand même !
Jules (Qui s’esquive quand même, avec un regard de reproche à Mary) – Vous m’excuserez, je me lance dans des fouilles archéologiques !
Sophie – Hein ! (Puis, s’adressant à Mary) – Dans la maison ?
Mary – Oui, Sophie. Tout un programme. Je ne sais pas quand on le reverra...
Sophie – Ça y est ? Le notaire a dévoilé les conditions de la donation de Jeanne ? Depuis le temps ! Ton Jules et mon Jules vont pouvoir savoir si le gâteau à se partager ce sera du flan ou des financiers !
Mary – Sympa pour une fois d’avoir ramené le dessert, ça tombe bien je n’y pensais pas... et à toi non plus d’ailleurs !
Sophie (Vexée) – Merci... Quel dessert ?
Mary – Mais c’est toi, Sophie, qui vient juste de parler de gâteau !... Bon laisse tomber. Je crois que je vais aller donner un coup de mains à Jules sinon je risque de le retrouver chez la voisine !
Sophie – Quoi ? Pourquoi chez la voisine ? Je sais que depuis que vous avez racheté la maison de la vieille taupe, heu ! Pardon, de notre belle-maman adorée vous avez revendu une partie du terrain, mais quand même ce ne serait pas de bol qu’un trésor y soit enterré ! Ce n’est quand même pas l’autre bique d’à coté qui va tout rafler si la taupinière est sur son terrain ! Mais quelle idée d’avoir enterré... d’avoir enterré qui d’abord ?! Oups, quoi, plutôt !
Mary – C’est vrai qu’en parlant de bique, la voisine va devoir la remplacer. Elle n’a plus de lait !
Sophie – La voisine n’a plus de lait ? Normal à plus de soixante ans, non ?
Mary – Hein ? Quoi ?
Sophie – Je dis que c’est tari à cet âge, logique que la voisine n’ait plus de lait !
Mary – Pas la voisine, mais la vieille bique !
Sophie – C’est bien ce que je disais. Bon, mais vous avez un indice pour la chasse au trésor ?
Mary – Le trésor ? Quel trésor ? Ah, la donation ? Ben on ne sait rien, Leteinturier a parait-il taché la chemise.
Sophie – Mais que vient faire le teinturier ici ? Mais on s’en fout du teinturier ! Tu comptes noyer le poisson aussi chez le poissonnier, tant qu’à faire ?
Mary – Mais non, pas le teinturier, Leteinturier ! Le notaire, quoi !
Sophie (Contente d’avoir capté, puis à nouveau déconfite) – Aahhhh ! Mais qu’est-ce que vos fringues font chez le notaire ?
Mary – Nos fringues ?
Sophie – Ben oui, tu as dit qu’il a taché la chemise de Jules...
Mary – Mais enfin ! Mais non, pas la chemise de Jules ! Enfin si ! Mais non ! La chemise en carton, avec les papiers dedans, quoi.
Sophie – Ahhhhhh !
Jules (En voix off) – Rien trouvé au niveau soutif ! Je continue les fouilles.
Sophie – Quoi ?
Mary – Mais qu’il est con ! Ses tee-shirts avec mes soutifs ! J’y vais, il est capable de me retourner toute la baraque. (Plus fort vers l’étage). J’arrive (Mary sort).
Sophie (En aparté) – Ses tee-shirts ? Les soutifs ? Ils sont un peu fêlés dans cette famille, quand même. A se demander s’ils ont la lumière à tous les étages. Des fouilles archéologiques au milieu des soutifs maintenant ? Je ne comprends rien du tout. Bizarre.
La sonnette de la maison résonne une fois. Jeanne apparait.
Jeanne – Houhou mon petit Jules, c’est maman. (Puis apercevant Sophie) Ah bon tu es là toi ? Ça tombe bien, le taxi attend devant le portail.
Sophie – Le taxi ? Mais je n’ai pas demandé de taxi, Jeanne ! D’ailleurs, je viens d’arriver.
Jeanne – Eh bien ! Dépêche-toi, Sophie, je te dis que le taxi attend.
Sophie – Mais je n’en veux pas du taxi !
Jeanne – Dépêche-toi ! Le compteur tourne toujours. Je n’ai pas de monnaie. N’oublie pas ma valisette dans le coffre après avoir réglé le montant de la course !
Sophie (Sort en bougonnant) – Elle commence déjà à m’énerver la vioque.
Jeanne – Je me ferais bien un petit joint moi ! Cela me déstresserait, j’ai laissé tous mes petits à la maison ! Et avec Rocco, Sid et Freddy, il y a toujours des choses qui partent en couilles quand on les laisse seuls. (Son portable sonne) Allo ? Ah ! Sandrine ! Tu es à la maison ?... Oui, j’ai dû partir plus vite que prévu... Je t’attends pour mon traitement... Je t’ai laissé l’adresse... Euh !... Dans le réfrigérateur... A moins que ce ne soit dans le paquet de nouilles ou... Ah oui, dans la boîte de préservatifs ! Oui, mais fais attention à Rocco, Sid et Freddy (Jeu de mot sur Siffredi)… Ils sont un peu vicieux... Oui, c’est ça, à plus tard.
Au moment où elle raccroche, Mary revient.
Mary – Tiens, Jeanne ! Bonjour belle-maman. Je ne vous avais pas entendu arriver ! Sophie est partie ?
Jeanne – Bonjour ma petite Mary. Oui, Sophie est partie. Malheureusement, elle va revenir. Elle a une petite surprise pour toi de ma part.
Mary – Oh, comme c’est gentil tout plein. J’ai hâte de voir ce que c’est.
Jeanne – (En douce) – Niark, niark. C’est pour resserrer les liens entre nous !
Mary – Quelle bonne idée, belle-maman.
Sophie revient. Elle fait la gueule, et traîne péniblement une valise, un gros sac, un vanity et un grand parapluie plus une sacoche d’ordinateur.
Mary – Qu’est-ce que c’est que ci que ça ? Quelqu’un déménage ?
Jeanne – Juste pour une semaine ! Enfin, une semaine à la fois. Ça te fait plaisir ?
Mary – J’en reste sans voix.
Sophie (ironique) – Quelle chance tu as, Mary !
Jeanne – Ne t’inquiète pas ma petite Sophie, pour que tu ne sois pas jalouse, la semaine prochaine je la passe chez toi, je sens que ça va être rigolo comme tout, cet acoquinement familial.
Sophie : Kôa ?
Jeanne (Qui semble avoir entendu des voix) – Il me semble que quelqu’un est en détresse là-haut... Vous n’entendez pas les filles ?
Mary – Je suis sûre que Jules a encore fait une connerie. Tout à l’heure il avait le nez dans les tiroirs où il y a mes dessous. Viens avec moi Sophie, on va le remettre au pas. Vous nous attendez en bas Jeanne ?
Sophie part derrière Mary, les deux semblent catastrophées.
Jeanne (Qui fouille partout dans ses poches puis sort une petite boîte métallique de la longueur d’une cigarette) – Ah, je savais bien que j’en avais fait d’avance... Mais quelle idiote, j’ai oublié mon briquet. Il doit bien y avoir des allumettes dans cette maison.
Pilou (Alors que Jeanne s’apprête à rentrer à l’intérieur pour trouver du feu) – Ah mamie, tu es là.
Jeanne (Très heureuse de voir son petit-fils) – Hé bien oui mon petit Pilou-Pilou. Tu es toujours aussi beau toi. Tu dois faire craquer toutes les filles, je le sens.
Pilou – Mamie, arrête de m’appeler tout le temps Pilou-Pilou. Je n’ai plus dix ans. C’est vexant à la fin...
Jeanne – Oh... Toi. Je te connais trop bien. Quand tu es comme ça, c’est que tu es amoureux... (Puis sur un ton de curiosité) Alors, raconte...
Pilou – Tu es chiante mamie. Faut toujours que tu devines...
Jeanne – Tu ne vas pas me la faire, à moi, je suis passée par là avant toi. (Puis presque en extase au public) Mon dieu que c’était bien. J’en reprendrai bien une tournée supplémentaire, moi !
Pilou (Gentiment moqueur) – Ils ont dû se marrer grave avec toi, les mecs...
Jeanne – Attends mon petit. Dans l’ancien temps, nous, les filles, on était plus délurées que maintenant. Aujourd’hui elles ne veulent plus toucher à rien. C’est sale qu’elles disent. Par contre, quand elles y ont goûté tu ne peux plus les retenir... Elles deviennent de vraies sauvageonnes.
Pilou (Surpris par la franchise et le parler de Jeanne) – Ben mamie Jeanne, qu’est-ce qui t’arrive ?
Jeanne – Alors dis-moi vite mon petit. Je veux savoir. (Un peu inquiète) Dis donc, elle n’est pas trop moustachue au moins ?
Pilou (Perdu) – Moustachue ?
Jeanne – Ben oui, maintenant, avec les nouvelles lois, on peut faire plein de choses. Mais toi tu es un homme à femmes hein ?
Pilou – Mais je respecte tout le monde. Chacun fait ce qu’il veut. Non. Elle n’est pas moustachue du tout si tu veux savoir.
Jeanne – Ah ! Tu vois. Je le savais que tu étais amoureux. Je m’en doutais. C’est qui ?
Pilou (Curieux) – Mais toi d’abord, qu’est-ce que tu fais là aujourd’hui ?
Jeanne – Je te dirai après. Dis-moi d’abord comment elle s’appelle ta meuf et montre-moi une photo.
Pilou (Qui montre une photo de son portable à Jeanne) – Voilà, c’est elle. (Tout attendri) Elle est jolie, hein mamie.
Jeanne...