Dernier Plan
Dernier Plan est une comédie enlevée dans laquelle le spectateur assiste à la préparation, puis au tournage rocambolesque du dernier plan d’un film, en lice pour le Festival de Cannes.
La pièce brocarde le racolage et les compromissions réalisées quand tout est fait pour plaire, plutôt que par conviction artistique.
Le réalisateur du film se voit contraint par le producteur, d’inclure dans le dernier plan, les demandes les plus improbables des financeurs ainsi qu’une ambigüité sexuelle pour l’actrice principale.
Entre l’hystérie du réalisateur, que sa femme-assistante a du mal réfréner, les caprices des acteurs, et la vie sexuelle tumultueuse du producteur, ce dernier plan ressemble au parcours du combattant. Le film en sortira-t-il vainqueur ?
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Acte I : décor un bureau luxueux.
Scène 1 :
Michel, Michel est au téléphone : Oui 12h30 c’est parfait, je devrais avoir terminé mon rendez-vous. Oui, moi aussi mon cœur, j’ai hâte. (Silence) Mais il faut bien que je règle tous les problèmes avec le film. (Silence) oui dans le prochain certainement. Ah non, je ne t’avais rien promis (silence) Mais oui, tu as du talent, énormément de talent, mais tu sais bien que je ne fais pas ce que je veux mon cœur, il y a les financeurs, les réalisateurs, je ne suis qu’un pion dans ce grand jeu de massacre ! .
Entre le réalisateur
Ma réunion commence. On se retrouve à 12h30. Oui moi aussi mon cœur.
Jean-Claude qui parle fort dans le téléphone : Bonjour Kim, des bises.
Michel fait signe de se taire au réalisateur et reprend sa conversation au téléphone. Mais non Kim n’est pas là, bien sûr que non. C’est Simon, tu sais le chef op, on le surnomme Sim, Sim, le diminutif de Simon. Il vient d’arriver. Non, tu ne le connais pas mais Il fait toujours des bises à tout le monde ! Bonjour Simon, (il se lève et fait une bise sonore au réalisateur) Je dois te laisser mon cœur, la réunion commence. A tout à l’heure.
Jean-Claude : Désolé j’ai vraiment cru que c’était Kim!!
Michel : La prochaine fois, évite de parler dans mon téléphone.
Jean-Claude : Tu l’as appelé mon cœur alors j’ai cru que c’était Kim. Tu appelles toujours Kim mon cœur…
Michel : Ne te bille pas, j’ai rattrapé le coup. Et puis mon cœur, c’est une façon de me simplifier la vie. Tu sauras que mon cœur n’est pas réservé uniquement à Kim.
Jean-Claude : Ça, je le savais déjà !!
Michel : Avec l’âge, j’ai tendance à mélanger les prénoms. Ça m’a déjà mis dans des situations très désagréables, alors mon cœur pour tout le monde, ça évite les problèmes. J’aurais dû y penser plus tôt.
Jean-Claude : incroyable, tu es incroyable !
Michel : Pour ce que ça me rend heureux, Je préférerai tellement être comme toi, gaffeur et fidèle. Peut-être d’ailleurs fidèle parce que gaffeur. Va savoir !
Jean-Claude : Tu es en forme ce matin. Pourtant ton message d’hier soir était préoccupant. Je n’en ai pas dormi de la nuit. « Il faut revoir certains éléments du film, passe me voir au plus vite » Le film est terminé, un bon film qui a toutes les chances d’être primé !! Qu’est ce qui se passe Michel ?
Michel : le film est bon, très bon. Je t’ai fait confiance pour la réalisation et j’ai bien fait.
Jean-Claude : Qu’est-ce qu’il y a alors ?
Michel : Tu vas comprendre. Il y a deux problèmes. D’une part, le budget a explosé. Comme tu le sais et j’ai dû trouver de nouveaux financeurs et évidemment ils ont quelques exigences dont il va falloir tenir compte.
Jean-Claude : Oh, non, J’ai déjà dû filmer la bouteille de Coca dans le plan du bar, les Nike de Gary quand il s’échappe de prison, les Ray-Ban d’Eva sur la plage, sa marque de sous-tif et de slip dans les plans sexe. C’est plus un film que tu me demandes, c’est un spot publicitaire.
Michel : Si tu ne recommençais pas 10 fois tes plans, on n’aurait peut-être pas besoin de sponsors.
Jean-Claude : Tu veux un film primé oui ou merde !! (il tape du poing sur le bureau ) Un film primé, on prend le temps de le faire !!
Michel : OK, OK, mais arrête taper sur ce bureau, C’est un modèle unique il est fragile et il est hors de prix !!
Jean-Claude : Tu n’as qu’à le vendre !! On pourra peut-être éviter les sponsors !!
Michel : Tu sais bien qu’un producteur digne de ce nom doit avoir un bureau signé et un tableau abstrait au-dessus. Et maintenant, on va arrêter de parler déco et tu vas m’écouter. Je te propose de ne refaire que la fin du film, les tous derniers plans. De toute façon, on n’a pas les moyens de faire plus. On y insère les produits des nouveaux financeurs et quelques autres petites modifications.
Jean-Claude : Quelques modifications !! Mais la fin est parfaite, parfaite. Une fin qui t’amène direct à la nomination. Je refuse de...(il tape du poing sur le bureau)
Michel : Arrête de taper sur ce bureau, merde !! Ecoute-moi sans t’énerver s’il te plaît… Mets les mains à plat sur le bureau, respire et écoute-moi. Refaire la fin, c’est un mini tournage, très court, très simple qui nous permet de satisfaire les financeurs et de corriger certains aspects du film qui peuvent poser des difficultés pour notre nomination, justement.
Jean-Claude : Mais de quoi tu parles, quelles difficultés ? (Il lève les mains de la table)
Michel : Pose tes mains et je t’explique. (le réalisateur pose ses mains) Et bien, grâce à mes relations, tu sais que j’ai la chance de bien connaître quelques membres du jury.
Jean-Claude : Oui je sais que tu as quelques anciennes maîtresses qui... ou nouvelles d’ailleurs, j’ai du mal à suivre.
Michel : Peu importe, Jean-Claude, Peu importe. L’important est que grâce à ces relations, j’ai eu des échos intéressants.
Jean-Claude : Quels échos ?
Michel : D’après ces personnes, dont je tairai le nom par respect pour leur vie privée et la mienne, et bien notre film serait un peu trop conventionnel.
Jean-Claude : Conventionnelle ! L’histoire de cette lente déchéance morale et sociale du héros, filmée pendant 6 heures trente, le tout caméra au point ! Et ce long plan séquence de 20 minutes où ne sont échangés que les regards, il est conventionnel mon plan séquence ? Qui ose dire le dire, qui ? (Il tape du poing sur la table)
Michel : Ne frappe pas sur mon bureau !! Merde, Jean-Claude, T’es chiant à la fin. On ne peut rien te dire !!!!
Jean-Claude : Conventionnel, ça fait mal, après tout le mal qu’on s’est donné pour ne pas l’être justement !!
Michel : Je n’ai pas dit que le film dans sa globalité était conventionnel. Certains membres du jury pourraient le trouver conventionnel dans la dimension du genre. C’est ce que m’ont laissé entendre mes sources et ça pourrait jouer en notre défaveur.
Jean-Claude : Le genre mais c’est un drame. Un drame peut être conventionnel ou ne pas être conventionnel, ça reste toujours un drame !!
Michel : Mais non, pas ce genre-là !! Le genre, l’identité de genre, tu vois ce que je veux dire. (tête ahuri de Jean-Claude) Le genre, masculin, féminin, neutre, fluide…
Jean-Claude : Des conneries tout ça !!,
Michel : Tu es au courant tout de même que le genre ressenti par un individu peut être différent de son sexe physique ?
Jean-Claude : Oh, là là !
Michel : Qu’il ne faut pas confondre ce ressenti avec son orientation sexuelle qui est encore une autre dimension.
Jean-Claude : Tu me fatigues avec tes conneries !!
Michel : Tiens-toi au courant des évolutions de la société merde ! C’est dingue que tu ne sois pas aware à ce point. Upgrade-toi un peu.
Jean-Claude : Tu peux arrêter de parler anglais et m’expliquer précisément où tu veux en venir !!!
Michel : Et bien, pour faire simple, le rôle d’Eva risque de paraître au jury d’un genre féminin trop affirmé !!
Jean-Claude : Je confirme. C’est pour ça qu’on l’a choisi, même si on sait tous qu’elle demande des cachets astronomiques et qu’elle est invivable sur un plateau.
Michel : Eva est une femme très sexy, malgré son âge, sinon ce n’est plus Eva. Mais enfin, son personnage pourrait s’interroger davantage sur sa sexualité profonde. Qu’elle soit un peu moins cisgenre ?
Jean-Claude : Cisquoi ?
Michel : Que sa sexualité profonde soit moins en accord avec son sexe !
Jean-Claude : Oh là là !
Michel : Ce que tu peux être has-been, mon pauvre ! Il faut sortir un peu le soir, regarder le monde qui évolue. Dans le scénario actuel, on a une femme cisgenre qui quitte son mari pour un autre homme cisgenre. C’est d’une banalité à faire pleurer !
Jean-Claude : Mais tout le reste de l’histoire est complexe, leur vie, leur engagement, leurs sentiments ...Tout !!!
Michel : Peut-être mais si tu regardes les films primés ces dernières années, Il n’y a presque jamais un homme qui se sent totalement homme et une femme qui se sent totalement femme qui couchent ensemble. Pour avoir une chance de l’emporter sur nos concurrents qui sont, d’après ce que j’ai compris, allés très loin sur le sujet, Eva ne peut pas rester sur une identité féminine tout le long du film. Quand elle quitte Gary à la fin, il faut que ce soit au minimum pour changer de sexe.
Jean-Claude : Eva, un homme !! Elle ne pourrait pas être juste lesbienne et le quitter pour une femme.
Michel : J’y ai pensé mais ce serait moins spectaculaire. L’IA que j’ai interrogé me l’a confirmé ! LGBT++, c’est beaucoup mieux pour surprendre le jury. Et le surprendre, c’est déjà le conquérir !!
Jean-Claude : Si t’as demandé confirmation à l’IA, je m’incline !!! Mais Eva n’acceptera jamais !
Michel : Ça ne va pas être facile, j’en conviens. Mais il faut savoir si elle veut ou non être nommée. Et puis quel challenge pour une actrice comme elle !! Ça lui ouvre des perspectives de rôles infinies. Elle ne sera plus cantonnée à la blonde ultra féminine et hétéro, qu’elle joue d’ailleurs à la perfection mais qu’on ne voit plus beaucoup dans les scénarios !!
Jean-Claude : Arrête Michel, ce n’est pas moi que tu dois convaincre. Qui se charge de lui en parler ? Ne compte pas sur moi, je suis contre cette idée, je ne la défendrai pas.
Michel : Je pensais que ta femme pouvait lui en toucher un mot. C’est aussi l’assistante réalisatrice après tout, et puis entre femmes, c’est peut-être plus facile.
Jean-Claude : Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Il n’y a que toi qui puisse convaincre Eva. Tu es le producteur. Tu peux comme tu le soulignes lui faire miroiter d’autres rôles ou je ne sais quoi, mais ne compte ni sur moi, ni sur ma femme. Et puis comment ce changement peut-il être crédible dans une dernière scène. Pendant tout le film, rien ne laisse penser que Eva veut changer de sexe. A la fin, comme ça, elle décide de devenir un homme. Personne n’y croira !!!
Michel : Et la fulgurance de l’identité de genre. Un jour tu te réveilles tu te sens femme, le lendemain tu te sens homme. Ça te prend comme ça, comme une envie de pisser.
Jean-Claude : Ben moi, quand je pisse, je vois que je suis un homme.
Michel : C’est difficile de discuter avec toi tu sais !! Tout est toujours tout blanc, ou tout noir, jamais de gris, jamais de subtilité ! La vie doit être simple pour toi !!!
Jean-Claude : Oui, ma vie est moins compliquée que la tienne et ça me permet de garder de l’énergie pour faire des films, de bons films !
Scène 2
Kimberley la maîtresse du producteur entre furieuse
Kimberley : Ça ne va pas se passer comme ça !! Espèce de salaud !!
Jean-Claude pour lui-même : Et voilà que ça recommence !!
Michel : Mon cœur, tu ne peux pas entrer comme ça dans mon bureau en hurlant. Je travaille et je ne...