Bouflu, président !
Pour lap rochaine présidentielle, le candidat sortant s’iquiète. Heureusement, son assistant a une idée géniale.
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ACTE 1 (Garçonnière du président)
Scène 1 : Président, Crouillard
Le président entre, accompagné de son assistant. Il est de très mauvaise humeur.)
Président / C’est pas possible ! Je ne suis qu’à vingt pour cent ?
Crouillard / C’est le dernier sondage, monsieur le président. Ils se trompent rarement.
Président / Seulement vingt pour cent ! Et l’autre, la Bouchtou, elle est à vingt deux. Elle me dépasse, Crouillard ! Elle me dépasse ! Alors que je suis le président sortant ! Mais pourquoi je suis aussi bas ? Je ne me suis pas bien occupé d’eux pendant mon mandat ?
Crouillard / Les gens ne sont pas toujours reconnaissant.
Président / C’est ça ! Des ingrats ! Des égoïstes ! Je fais tout c’que j’peux pour eux, et voilà comment ils me remercient. Ils ne me méritent pas.
Crouillard / Ca c’est vrai, monsieur le président.
Président / En plus, ils n’arrêtent pas de gueuler. «Oui, on gagne pas assez. Il fait jamais beau ! C’est trop cher !» .. Est-ce que je m’plains, moi ? Vous savez ce qu’il leur faudrait, ce s’rait une bonne vieille dictature. Tiens ! A la coréenne ! (Ou autre) Là, ils verraient la différence !
Crouillard / Votre cote va peut-être remonter.
Président / Peut-être ? Je ne gouverne pas avec des peut-être ! Crouillard ! Si je vous ai pris comme assistant, ce n’est pas pour me débiter des formules de représentant de commerce. Je vous paye pour avoir des idées. Vous en avez ?
Crouillard / Des idées ?
Président / Je ne vous demande pas la recette du pot-au-feu ! Je vous demande quelle idée vous allez avoir pour me sortir de ce merdier et faire en sorte que je sois réélu dans un fauteuil ! Alors ?
Crouillard / Alors alors..
Président / Réfléchissez bien, Crouillard ; sinon vous irez finir votre carrière au Pôle Nord !
Crouillard / Vous savez, monsieur président.. Les jeunes..
Président / Quoi les jeunes ! Je n’plais pas aux jeunes ! Vous voulez que je m’teigne la tignasse ? Qu’on me ravale la façade ? Et pourquoi pas que je m’présente avec des tatouages sur les fesses, une plume dans l’derrière et un anneau dans l’nez !
Crouillard / Euh.. Monsieur le président ; à mon avis, si votre adversaire un peu.
Président / Un peu ? Deux pour cent ! Elle me dépasse de deux pour cent.
Crouillard / Oui. C’est beaucoup. Mais à mon avis, le problème ce n’est pas vous.
Président / Evidemment que ce n’est pas moi ! C’est vous, le problème, Crouillard ! Vous n’êtes pas à la hauteur !
Crouillard / Euh.. Et donc si votre opposante est à vingt deux ; et si on ne peut pas vous faire monter, suffit de la faire descendre.
Président / Non ? Dîtes moi, Crouillard ; on ne vous a jamais dit que vous étiez un génie..? (Très en colère) Et comment vous comptez la faire descendre ? En tapant d’ssus ?
Crouillard / On pourrait trouver un autre candidat.
Président / Un autre candidat.. Je ne suis pas assez bien pour vous ?
Crouillard / Oh si ! Monsieur le président. Vous êtes le meilleur. .. Un deuxième candidat.. Mais dans l’opposition.
Président / Vous vous foutez d’ma gueule ?
Crouillard / Oh non monsieur le président ! Mais avec deux opposants du même bord, ça ne pourrait que vous profiter ; le deuxième piquerait des voix au premier. Et vous, vous passeriez en tête. Vous voyez.. Le principe des vase communicants.
Président / Et vous avez trouvé ça tout seul..?
Crouillard / C’est mon travail, monsieur le Président.
Président / Et vous croyez qu’on trouvera quelqu’un d’assez con pour se présenter contre moi avec ma bénédiction ?
Crouillard / On ne lui dira pas. Ca pourrait marcher, monsieur le Président.
Président / Pourrait ?
Crouillard / Ca ne peut que marcher, monsieur le président. Avec un canddidat d eplus, vous serez assuré d’être au deuxième tour.
Président / Je vois.. Mon adversaire se fait pomper ses voix par l’autre et je m’qualifie pour la finale.
Crouillard / C’est ça, monsieur le président.
Président / Oui... Faut voir.. Après tout qu’est-ce que j’risque ?
Crouillard / De gagner, monsieur le Président.
Président / De gagner.. (Crié) Alors ! Qu’est-ce que vous attendez pour me trouver un candidat présentable ?
Crouillard / Maintenant ?
Président / Après les élections ! Vous me dégottez le candidat idéal. Ni trop con, ni trop intelligent ! Et alors vous lui servez un baratin du genre : le nouveau parti qui monte. Faudrait un nom. .. Je sais ! Le MPLDPT !
Crouillard / Le quoi ?
Président / Le mouvement pour que ça change ! Je vous laisse finir..
Crouillard / Oui.. Euh.. Et pour le candidat ? Quel sexe ?
Président / Un homme ! J’ai déjà une femme contre moi ! Sans compter la mienne ! Alors vous allez me trouver un type présentable et on le mettra sur le marché !
Crouillard / Oui monsieur le Président.
Président / Et surtout, un célibataire ! Je veux un homme libre ! Il doit en rester.
Crouillard / Euh.. Je fais comment ?
Président / Vous n’avez qu’à mettre une petite annonce : « Cherche candidat à la Présidence. Envoyer photo !»
Crouillard / Ah bon ?
Président / Dîtes moi, Crouillard.. Pour être aussi con, vous avez fait quoi, comme études ?
Crouillard / Les Hautes études, monsieur le Président.
Président / Et bien faudrait redescendre ! Des candidats, y’en a des tonnes ! (Regardant le public) Suffit d’observer ! Y’a de tout ! Des génies ! Des abrutis ! Des voleurs ! Y’a même des gens honnêtes ! Et ils croient tous qu’ils feraient mieux à ma place !
Crouillard / Ce n’est pas possible, monsieur le Président.
Président / Evidemment que c’est pas possible ! Alors, vous allez vous bouger les fesses pour me trouver la perle rare et vous me l’amenez.
Crouillard / Mais ! Monsieur le Président. Il vous reconnaîtra.
Président / Crouillard ! Il ne me reconnaîtra pas. Je sais dissimuler ! C’est pas pour rien que j’ai fait du théâtre dans ma jeunesse.
Crouillard / Ah bon ? On n’me l’a pas dit.
Président / C’est un secret d’état. Et du théâtre, j’en fais encore. Ca s’appelle de la politique, Crouillard ! Et moi, je ne vous paye pas pour éplucher des nouilles ! Au boulot, Crouillard !
Crouillard / Je l’amène ici ?
Président / Evidemment ! Vous n’allez pas me l’amener au Palais ! Alors, je veux l’voir demain, dix heures ! Sinon c’est vous que je n’verrai plus !
Le président sort
Crouillard / Vous allez où, monsieur le président ?
Président / Vous êtes de la police ? .. Je vais où ça m’plaît !
Le président sort
Scène 2 : Crouillard, Bouflu (Salle)
Crouillard / (Il parle tout seul) Un type honnête, célibataire, pas trop con, pas trop intelligent, ça va pas être facile à trouver. J’vais quand même pas demander à mon beau frère. Avec lui, c’est la guerre mondiale au bout de deux jours.
Il va dans la salle et cherche la perle rare (Improviser en fonction des réactions)
Crouillard / Marié.. Marié.. Pas celui-là.. Pas celui là.. Il fait trop riche.. Non.. Alors lui, n’en parlons pas..
Robert Bouflu entre dans la salle et s’adresse à Crouillard.
Bouflu / S’il vous plaît. C’est pour..
Crouillard / C’est pour quoi ?
Bouflu / C’est pour moi. .. C’est parce que, en c’moment, je suis dans un passage difficile.
Crouillard / Écoutez monsieur, la vie privée c’est la vie privée. Chacun sa.. Chacun la sienne !
Bouflu / Oui mais moi, c’est plutôt une vie publique ; je suis à la rue. J’ai perdu mon logement et mon boulot. Tout ça à cause de l’autre fainéant de président qu’a rien fait pour qu’on ferme pas l’usine ! Sans compter que ma femme m’a foutu dehors, alors si je l’voyais, l’autre enfoiré, il en entendrait causer.
Crouillard / Euh.. Il beaucoup de responsabilités ?
Bouflu / Et moi, j’en ai pas, des responsabilités ? Seulement, c’est toujours les mêmes qu’en profitent ! Faudrait...