Nuit blanche à Tudor
Six notables qui ne se connaissent point reçoivent une bien sibylline invitation : celle de participer à un Escape Game version Cluedo grandeur nature. Tous se voient dès lors conviés à prendre part à l’un des célèbres jeux de rôles de jeu de plateau le plus populaire du XXème siècle mais ignorent encore qu’il s’agit d’un véritable guet-apens.
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ACTE I
Le rideau s'ouvre sur une musique d'ambiance oppressante, digne des plus grands polars, et accompagnée du bruit assourdissant d'une pluie torrentielle continue et de coups de tonnerre. Des éclairs surgissent dans la pénombre. On aperçoit une porte d'entrée avec une étrange silhouette sur le tapis qui orne le sol du couloir. La porte s'ouvre et on distingue un couteau planté dans le corps. Des cris surgissent et une lumière de projecteur illumine le cadavre.... avant que celui-ci ne se relève !
LA SILHOUETTE : Coupé ! Non ! Non, ça ne va pas du tout ! Je ne peux décemment pas mourir ainsi. Ca manque cruellement de crédibilité !
Si je me retrouve face à mon assaillant, je vais nécessairement chercher à me protéger de son attaque, aussi la lame du couteau ne pourra pas être dirigée dans mon dos... sauf s'il me poignarde tapi dans l'ombre.... Réfléchis... l'essentiel dans cette affaire est que cela demeure... parfaitement crédible. Il en va du déroulement de cette soirée qui s'annonce festive.... et macabre ! Ah Ah Ah !
La silhouette quitte la scène, emportant avec lui une mallette comportant de mystérieux objets et dans laquelle il ajoute le poignard qu'il tenait précédemment dans sa main. Noir.
Un possible système de pivot permet à la scène de se métamorphoser en quelques instants afin de distinguer dorénavant le manoir de l'intérieur. Lequel s'ouvre sur un gigantesque hall aux allures baroques et disposant côté cour d'un espace détente avec machine à café et distributeur automatique d'eau ainsi que quelques fauteuils et une table basse tandis que côté jardin, trônent un porte-manteaux pour les convives, un secrétaire sur lequel repose un téléphone à l'ancienne et un gigantesque Ficus verdoyant.
Six portes ornées chacune d'un autocollant sur sa façade permettant immanquablement de les identifier : une casserole pour la Cuisine, une fourchette pour la Salle à manger, une boule noire pour la Salle de billard, un livre pour la Bibliothèque, un ordinateur pour le bureau et un feu de cheminée pour le Salon.
Soudainement, un homme entre par la porte principale. Il est affublé d'un costume bleu nuit et semble quelque peu tendu. Il scrute d'un regard longitudinal chaque détail de l'entrée principale où il s'est positionné puis
scande non sans joie :
ALAIN DIGO : Mer-veil-leux ! Me voilà plongé dans cet univers si fascinant qu'est le Cluedo ! ( Il sort de son veston un carton d'invitation et se met à lire ce qui y est inscrit ) Cher partenaire, au fil de vos multiples enquêtes , vous avez su mener à bien votre mission et ainsi déjouer les plans de l'assassin afin que le crime soit résolu. ( à cet instant, Alain se retrouve à l'unisson avec une voix externe qui lit à haute voix le même message que lui ) C'est pourquoi j'ai l'immense honneur de vous annoncer votre qualification pour la finale épique de ce jeu qui décernera le prix « Sherlock Holmes « au lauréat de l'édition 2024. Pour ce faire, vous êtes chaleureusement convié au Manoir des Tudor le Dimanche 7 Juillet à 19 heures. Je vous saurais gré de ne pas me transmettre votre réponse positive à cette présente invitation car nous savons tous deux que vous serez bel et bien des nôtres.
Mystérieusement, votre hôte. «
Apparaît alors une femme, quinquagénaire et élancée, vêtue d'une longue robe rouge sang qui fait sans conteste référence à l'un des personnages les plus controversés du célèbre jeu de plateau.
ALAIN DIGO : Mais qu'est-ce que... ?
MONIQUE HARMIN : Je constate que je ne suis point la seule à avoir reçu un tel carton ! ALAIN DIGO : Je pourrais clamer la même. A qui ai-je l'honneur ?
MONIQUE HARMIN : Assurément l'une de vos futures rivales au titre de meilleur enquêteur, et accessoirement, je vais prendre la peine de me présenter à toutes fins utiles... Monique Harmin. J'ai passé les diverses sélections éliminatoires avec brio et ... me voici ! ( un temps ) Il en de même pour vous je présume ?
ALAIN DIGO : Euh... c'est on ne peut plus exact. J'ai participé à toutes les phases de jeu sans relâche et je suis ici dans l'espoir de décrocher ce titre tant convoité... et le trophée des Tudor !
MONIQUE HARMIN : Force est de constater que vous aurez fort à faire pour remporter ce trophée car je suis, toute modestie mise à part, imbattable aux différents jeux de dupes et de suspense. J'en raffole ! D'ailleurs, je ne loupe jamais une occasion de lire les derniers polars de Mary-Higgins Clark.
ALAIN DIGO ( émettant un rire de circonstance ) : Et vous pensez véritablement m'impressionner avec cette référence littéraire ! Je peux vous certifier qu'il est ô combien plus complexe de résoudre les mystères des romanciers tels que Dan Brown, Harlan Coben ou encore Michael Connelly. Votre écrivaine fait figure d'enquêtrice en herbe en comparaison !
Monique fulmine mais se contient et se met à rire à gorge déployée pour signifier sa désapprobation.
MONIQUE HARMIN : Les avez-vous seulement lus ? Vous savez, j'en ai connu d'illustres beaux-parleurs qui prétendaient avoir lu tel ou tel auteur et lorsque je leur demandais ne serait-ce que le titre d'une de leurs œuvres, ils bottaient en touche ! ( elle s'assied dès lors sur l'un des fauteuils et se met à sortir « La nuit du renard « de son auteur fétiche. Un temps durant lequel elle feuillette son bouquin. ) Alors ?
ALAIN DIGO : Eh bien, je ne pense pas avoir la nécessité de prouver quoi que ce soit mais si vous y tenez, je peux vous citer le célèbre et non moins ineffable « Da Vinci Code « de Dan Brown, mais aussi ses œuvres les moins connues du grand public comme « Inferno « , « Le symbole perdu « ou encore « Deception Point « .... Voyez- vous, je ne suis point un amateur !
MONIQUE HARMIN : J'entends, j'entends. Mais dites-moi, cher monsieur, qu'est-ce qui nous vaut l'honneur de votre présence ici ?
ALAIN DIGO : Je pourrais vous retourner la question, mais je ne m'y risquerais pas tant elle me semble incongrue. Cela me paraît tellement évident !
MONIQUE HARMIN : Mais encore...
ALAIN DIGO : La victoire, naturellement ! Le plaisir d'affronter les meilleurs enquêteurs de tous les temps et de décrocher la palme ! De soulever le trophée, d'atteindre la plus haute marche du podium. Bref, en un mot... de gagner !
MONIQUE HARMIN ( hilare ) : Ah Ah Ah ! Vous me faites rire !
ALAIN DIGO ( piqué au vif ) : Je vous somme de cesser de me tourner en ridicule... et de m'expliquer !
MONIQUE HARMIN : Oh, ne le prenez pas ainsi ! Lorsque je dis « vous « , je parle des hommes de façon générale. Il faut toujours que vous cherchiez à être les meilleurs, à prouver que vous êtes supérieurs. Que vous êtes capables de réussir là où nous, pauvres femmes, échouerions nécessairement.
ALAIN DIGO ( agacé ) : Vous ne savez pas de quoi vous parlez ! MONIQUE HARMIN : Je parle d'expérience !
ALAIN DIGO : Vos expériences ne regardent et n'intéressent que vous ! Et je me contrefiche passablement de vos accusations misogynes à mon encontre. Je suis ici pour gagner. Que la victoire se joue contre un homme ou contre une femme m'importe peu, l'essentiel pour moi étant de démontrer par A + B que celui qui mérite le plus le prix Tudor, c'est moi et personne d'autre !
Des éclats de rire surviennent depuis l'entrée principale où l'on distingue au loin un homme élégant, accoutré d'un joli costume trois pièces noir agrémenté d'une chemise d'un ton oscillant entre rouge et orange, ainsi que des chaussures de la même teinte. Il fait une entrée remarquée grâce à son physique avantageux.
OLIVER MILLON : Je constate que c'est ici que vont se dérouler les festivités... et que l'on parle d'ores et déjà de moi ! De moi... en tant que vainqueur, cela va sans dire !
MONIQUE HARMIN ( charmée ) : Ne vous seriez-vous pas trompé de concours ? Mister France 2024 c'est à l'autre bout du couloir, jeune homme !
ALAIN DIGO ( méfiant ) : Qu'est-ce qui vous fait penser que vous êtes d'office le lauréat, monsieur ?.... OLIVER MILLON : Millon. Oliver Millon, enchanté. ( Il s'avance vers Monique et lui fait un baise-mains. ) Mes
respects. Avec qui ai-je le privilège de converser présentement ?
MONIQUE HARMIN : Oh, jeune galantin ! J'apprécie vos manières. C'est si rare de nos jours des jeunes hommes bien élevés. Du reste, je me présente, Monique Harmin et voici... euh... je réalise instamment que monsieur m'a fait l'offense de ne pas décliner son identité !
ALAIN DIGO : Alain.... Alain Digo si il faut impérativement dévoiler son pedigree intégral. ( passionné et enjoué ) Je suis, comme vous autres, l'un des concurrents au titre du meilleur enquêteur de l'année et je pense pouvoir affirmer, arrêtez-moi si je me trompe, que les hostilités ludiques vont avoir lieu ici-même, dans l'antre des Tudor, dans ce lieu mirifique, mythique même ! Là où l'illustre et tant regretté Docteur Lenoir a rendu son dernier soupir !
OLIVER MILLON : A de nombreuses reprises si vous me passez l'expression !
MONIQUE HARMIN : Qu'entendez-vous par là, jeune homme ?
OLIVER MILLON ( Fier de son fait ) : Cela me semble être l'évidence même. Un fait incontestable. Maintes fois ce bon Docteur Lenoir aura été tué, de toutes les façons possibles et imaginables, du moins les six méthodes les plus rudimentaires dirons-nous, et bien que moult fois son assassin ait été arrêté, à chaque fois celui-ci a pu réitérer... ou passer l'arme à son voisin afin que notre éternelle victime passe l'arme à gauche !
MONIQUE HARMIN ( charmée ) : Voilà qui est impressionnant... et cocasse.
ALAIN DIGO ( blasé ) : Soit ! Ce prétentieux ne fait que nous énumérer les règles d'un jeu que nous connaissons
tous fort bien.
OLIVER MILLON : Ne soyez donc pas condescendant, mon cher ami... et adversaire. D'ailleurs, je ne vous tiens pas rigueur pour votre remarque déplacée... Je comprends aisément que la pression gagne du terrain auprès de certains joueurs aux esprits... moins performants !
ALAIN DIGO ( monte sur ses grands chevaux ) : Non mais je ne vous permets pas ! Sachez que je sais parfaitement gérer la pression... et je sais tout aussi bien remettre un petit roquet à sa place quand cela s'avère nécessaire ! Tenez-vous le pour dit !
MONIQUE HARMIN ( Amusée, fait mine de s'interposer ) : Calmez-vous, messieurs, calmez-vous ! Inutile de faire monter la température avec vos excès de testostérone, il fait déjà bien assez chaud par ici !
Monique fait mine d'être en nage tout en admirant Oliver, vraisemblablement subjuguée. Ce dernier s'approche de la seule fenêtre située face public et tente de l'ouvrir, en vain.
OLIVER MILLON : Ma foi, vous avez bien raison. Il fait une de ces chaleurs ! Et cette fenêtre semble condamnée... ALAIN DIGO : Ce doit être pour renforcer l'aspect huis-clos.
MONIQUE HARMIN ( intriguée ) : Je ne vois pas trop en quoi consiste le fait de se sentir oppressé dans un lieu mal isolé...
ALAIN DIGO : C'est pourtant évident, Monsieur-je-sais-tout ici présent pourra du reste certainement vous le confirmer. Dans une partie de Cluedo, sauf dans les récentes versions qui sont de pâles copies et dont je
m'abstiendrai d'évoquer les valeurs tant celles-ci me semblent bafouées, les personnages sont toujours enfermés dans le manoir, tel un huis-clos...
OLIVER MILLON : Et ce jusqu'à ce que l'un des protagonistes pointe du doigt l'assassin... ALAIN DIGO : L'assassin, ainsi que l'arme et le lieu du crime si je puis me permettre....
OLIVER MILLON ( Taquin ) : Ce qui est un non-sens d'ailleurs puisque lorsque l'on découvre le corps, je doute fort qu'il y ait nécessité de pratiquer une autopsie pour distinguer par le biais de quelle arme l'assassin a occis sa victime ! ( il mime en simulant être la victime ) Entre une plaie au ventre avec un poignard et une balle de révolver reçue en plein cœur, il y a de légères nuances que même un légiste en première année peut entrevoir du premier coup d'oeil !
ALAIN DIGO ( sur la même longueur d'ondes ) : Il en est de même pour le lieu du crime, cher ami ! De prime abord, il est rare qu'une victime devenue un cadavre se déplace, tout autant qu'il est fort peu probable que son assaillant prenne le temps de déplacer le corps alors qu'il se trouve dans un manoir rempli d'invités... au même titre qu'il est peu crédible qu'aucune trace de sang ne soit visible sur le lieu du crime.... sauf si la victime n'a aucune hémorragie, mais là encore ça ne tient pas debout !
OLIVER MILLON : D'autant plus que la victime n'est plus debout mais genoux à terre ! Oliver et Alain se congratulent mutuellement pour leurs bons sens respectifs, ils se serrent la main.
MONIQUE HARMIN ( charmée par la passion dévorante que nourrissent ces deux hommes pour le jeu ) : Je vois... bon si je saisis bien votre théorie, notre hôte cherche à reproduire à l'identique l'ambiance oppressante de notre jeu de prédilection et c'est pourquoi il aura décidé de nous convier dans ce manoir fermé à double tour et de recréer intégralement l'univers fascinant du Cluedo. C'est...
OLIVER MILLON : Très ingénieux !
ALAIN DIGO : O combien prodigieux !
MONIQUE HARMIN : J'aurais plutôt dit déconcertant... voire angoissant !
ALAIN DIGO : Aussi ! Mais c'est ce qui rend cette soirée si envoûtante !
OLIVER MILLON : Et si attrayante. Mais... une question me taraude soudainement. Qu'en est-il de notre hôte ? Je veux dire.... où diable se cache-t-il ?
A cet instant, on peut distinguer un bruit sourd provenant du couloir attenant à l'entrée principale ( qui donne dans les coulisses ), puis la porte du manoir s'ouvre une nouvelle fois sur une jeune femme, la petite trentaine, courtement vêtue d'une robe provocante d'un rose fuschia et qui remet en place son talon qui semble avoir cédé. Elle scrute l'assistance affichant un air quelque peu ahuri.
ALAIN DIGO : Si... si je m'attendais à ça !
MONIQUE HARMIN ( méprisante ) : Et moi donc ! Quel mépris envers son public ! C'est une honte !
OLIVER MILLON ( s'adressant directement à l'intéressée ) : Ma parole, seriez-vous... ?
ALAIN DIGO : Notre hôte.... enfin notre hôtesse.... non, impensable !
MONIQUE HARMIN : Pourquoi impensable ? Insinuez-vous qu'une femme ne puisse pas être en capacité d'organiser une telle réunion ou être la tête pensante de ce jeu grandeur nature ?
ALAIN DIGO : Oh, de grâce ! Vous n'allez pas nous ressasser vos allégations de discriminations ! Ce n'est pas le
propos !
MONIQUE HARMIN ( s'approchant de son interlocuteur ) : Je constate tout bonnement que votre engouement semble s'estomper à la simple éventualité que ce puisse être une femme qui ait organisé tout ceci. ( elle scrute la nouvelle venue de haut en bas ) Cela étant, je ne peux guère vous donner tort. ( en messes basses ) Cette
parvenue ne peut décemment pas être notre chef d'orchestre !
OLIVER MILLON ( ne prêtant nullement attention aux propos de ses compagnons d'infortune ) : Mademoiselle, pourriez-vous décliner votre identité, je vous prie ?
MONIQUE HARMIN ( versatile, à Alain ) : Voilà qu'il joue le rôle de l'inspecteur dorénavant ! Personne ne l'a prévenu que nous étions sur un pied d'égalité ici ?
ALAIN DIGO ( circonspect ) : Le fayot ! Il veut jouer les jeunes premiers. Il a certes le physique pour mais je ne m'en laisserai pas conter !
EMMA JINTA ( S'avançant côté cour où se trouvent les fauteuils, tout en retirant l'un de ses talons et s'adressant à Oliver ) : Pardonnez-moi mais... pourriez-vous m'aider à rejoindre la banquette ?
OLIVER MILLON : Naturellement. ( il obtempère et lui prête main forte ) Alors.... présentez-vous à nous ! Nous trépignons d'impatience.
EMMA JINTA ( soudainement loquace ) : Ne m'en parlez pas ! C'est bel et bien moi qui risque de trépigner avec ce talon qui décide de rendre l'âme pile poil le soir où je dois faire grande impression. Je sais ce que vous allez me dire : l'habit ne fait pas le moine ni la robe la princesse mais... mais tout de même ! Pensez-vous véritablement que l'on pourrait me sacrer reine des enquêtrices si je tourne les talons sur le podium ?
Monique et Alain sont hilares, Oliver gêné.
OLIVER MILLON : Mais alors vous êtes...
EMMA JINTA ( Surexcitée ) : Au temps pour moi ! Avec cette terrible mésaventure, j'ai omis de me présenter : Emma Jinta, la reine des catastrophes mais aussi la plus grande enquêtrice du vingt-et-unième siècle ! Je pense que l'on peut, en toute objectivité, me comparer à Agatha Christie avec son côté espiègle, aventureux et surtout son incroyable aisance à résoudre les crimes.
MONIQUE HARMIN : Révisez donc vos classiques, Agatha Christie est une auteure et non un personnage fictif ! Si vous devez avoir l'audace de vous comparer à l'un de ses personnages, tentez de le faire avec celui de Miss Marple. ( entre ses dents ) même si vous ne possédez vraisemblablement ni son charisme ni son aplomb.
OLIVER MILLON : Navré de vous contredire, Monique, mais bien que je ne sois pas un grand adepte des œuvres littéraires d'Agatha Christie, il me semble me remémorer que la dénommée Miss Marple est une dame à l'âge plutôt avancé, ce qui n'est point le cas de notre amie ici présente. ( Il lui adresse à son tour un baise-main, Monique fulmine )
MONIQUE HARMIN ( véhémente ) : Vous nommez « amie « n'importe qui, ma parole ! Pour ma part, je ne vous connais pas et je ne me permettrai nullement ces familiarités. Je dis juste ce que je pense : la demoiselle ici présente prétend être une fervente admiratrice des œuvres d'Agatha Christie et s'il y a bien une chose qui me révolte au plus haut point, c'est lorsque l'on galvaude ainsi le travail d'un artiste alors que l'on ne joue indubitablement pas dans la même cour !
EMMA JINTA : Toutes mes confuses, je constate que j'ai affaire à une experte ! Je me suis simplement mal exprimée... je tenais juste à signifier que si de prime abord j'apparais comme avenante et plutôt jolie, cela ne m'empêche pas moins d'être une enquêtrice aux multiples talents !
MONIQUE HARMIN ( agacée, en messes basses ) : Dont celui d'avoir des chevilles si enflées que même vos
chaussures finissent par s'essouffler !
ALAIN DIGO ( amusé par l'ampleur que prend ce conciliabule ) : Mais dites-nous donc, chère.... Emma. Quelles sont vos inspirations littéraires ? Ces romans qui vous ont transmis cette passion brûlante pour les énigmes du Cluedo ?
EMMA JINTA ( embarrassée ) : Euh... j'y jouais avec mes frères lorsque j'étais enfant.
MONIQUE HARMIN ( mesquine ) : Vous ne semblez pas avoir bien saisi la question de mon « ami « ( clin d'oeil à Oliver qui reste de marbre ) : Alain vous demande quels livres policiers ont attisé vos talents d'enquêtrice en herbe ?
EMMA JINTA : Ah oui, ça ! Pour ne rien vous cacher, lorsque j'étais jeune, je dévorais sans compter les romans du Club des Cinq de la bibliothèque verte.
MONIQUE HARMIN : Et laissez-moi donc deviner : aujourd'hui vous ne ratez aucun exemplaire du Journal de Mickey pour répondre à son énigme, c'est cela ?
Emma ne réagit pas, comme si elle ne comprenait pas l'ironie du propos, et enchaîne avec emphase.
EMMA JINTA ( à ces messieurs ) : J'étais aussi une grande admiratrice des livres Alice de la...