Le tableau
Quand deux équipes de faussaires volent le même tableau, les faux tableaux se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. En effet, un des groupes de faussaires se trompe et remplace le vrai tableau par un autre tableau. A partir de là… Rien ne va plus !
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ACTE 1
Acte 1 Scène 1 – Atelier Cours : Charlie, Dany puis Dominique
Dans l’atelier Cours, on a : le Miro-Carré (visible) et le Faux-Cézanne (non visible)
Charlie et Dany sont face public en train de peindre à des chevalets qui sont dos au public.
CHARLIE : Ouf ! Je viens de finir le Matisse !
DANY : Fais voir ! Ah ouais. Pas mal.
CHARLIE : Merci. J’en suis assez content.e.
DANY : Ouais. Si ça te convient ...
CHARLIE : On peut croire que c’est simple de copier des Matisse, mais pour avoir quelque chose du niveau de l’original …
DANY : Moi, un jour, j’ai fait un Renoir, trois experts se sont cassé les dents avant de trouver que c’était un faux. Par contre, pour tes esquisses de Matisse, y'a encore du boulot ...Tu sais pour qui il est celui-là ?
CHARLIE : Je crois que Dominique veut le revendre à des étrangers.
DANY : C’est plus simple. Il ne s’agirait pas que l’original et le faux se retrouvent dans le même pays !
Arrive Dominique.
DOMINIQUE : Salut à vous ! Aujourd’hui, j’ai un arrivage.
DANY : Quelle toile ?
DOMINIQUE : C’est un Miro original, déjà expertisé. Je dois l’installer à côté d’ici. J’interviendrai en tant qu’assureur. Je le mets en place chez un particulier tout à l’heure avec le transporteur. Je serai donc l’assureur garant que le tableau livré est bien l’original. C’est pratique !
CHARLIE : Et ensuite ?
DOMINIQUE : Et ensuite … On intervient et on l’échange contre un faux.
CHARLIE : Très bien. Prends tous les renseignements possibles.
DANY : On l’a déjà ou il faut le reproduire ?
DOMINIQUE : On l’a, c’est Bleu 2.
CHARLIE : Bleu 2 ? Ouhla ! Bon choix
DANY : Très bon choix même. Bien coté celui-là …
DOMINIQUE : Pas de fausses joies. Je vous en dirai plus tout à l’heure.
Acte 1 Scène 2 – Atelier Jardin : Camille, Claude
Dans l’atelier Jardin, on a : le Miro-Jaune (visible) et le Vrai-Cézanne (visible)
Claude et Camille sont en train de jouer aux cartes.
Le téléphone sonne, Claude décroche.
CLAUDE : Salut Ange. (à Camille :) C’est Ange. … Mmmm … Mmmm … Ah … Mmmm …Ok …
CAMILLE : Alors ?
CLAUDE : Ah. Eh ben c’était pour dire qu’on n’arrête pas le travail. Il faut emballer le Vrai-Cézanne et on va même avoir une commande pour un autre tableau.
Camille et Claude commencent à emballer le Vrai-Cézanne dans un tissu blanc.
CAMILLE : Tant mieux ! C’est cool ! Un peu d’animation va nous faire du bien. C’est bien de copier les toiles de maîtres, mais, c’est pas mal quand ça rapporte.
CLAUDE : Clair. Et puis l’action, ça change un peu.
CAMILLE : Clair. Ce sera pour quel tableau cette commande ?
CLAUDE : J’ai pas osé demander.
CAMILLE : T’as raison. Si c’est pour le/la foutre en rogne.
Acte 1 Scène 3 – Entrée : Ange, Charlotte, Dominique, Gabin
Dans l’Entrée de l’appartement de Gabin et Charlotte.
Dominique et Ange sont en train d’installer le tableau Vrai-Miro sur le mur de l’entrée. Dominique et Ange portent le tableau pendant que Charlotte les regarde faire et leur donne des indications sur l’emplacement. Gabin assiste à la scène.
CHARLOTTE : Plus à droite ... Encore à droite … Un peu plus … Droite … Droite … Toujours droite …
ANGE (faisant tomber le tableau et le rattrapant de justesse) : Et merde ! … Pardon.
CHARLOTTE : Gauche … gauche … gauche …
GABIN : Chérie, ça va. Je pense que tout le monde a compris ce que tu souhaitais.
DOMINIQUE : Si je résume, vous le voulez au milieu de ce panneau, c’est ça ?
CHARLOTTE : C’est ça. Donc gauche …
ANGE (A Dominique) : Faites-la taire ! Sinon, son tableau, elle va l’avoir autour de la taille, façon jupe hawaïenne.
DOMINIQUE (A Charlotte) : Voilà ce qu’on va faire. Vous allez vous asseoir là (il assoit Charlotte sur un fauteuil), on va positionner le tableau comme on le fait d’habitude, parce qu’on est spécialistes œuvres d’art, et ensuite … on vous montre, d’accord ?
CHARLOTTE : Vous pouvez être spécialistes œuvres d’art, je reste la spécialiste de mon entrée.
ANGE : C’est votre entrée ?
GABIN : Oui, le salon est par là.
ANGE : Et vous allez positionner ce tableau original de Miro dans votre entrée ?
CHARLOTTE : Vous savez, c’est un héritage, mon mari et moi ne l’aimons pas tellement.
GABIN : Parle pour toi ! Il me rappelle ma tante Odette, paix à son âme.
CHARLOTTE : Et c’est bien pour ça qu’il est beaucoup mieux dans l’entrée.
GABIN : C’est-à-dire ?
CHARLOTTE : Disons que les deux moments que je préférais pendant les séjours de tante Odette, c’est quand elle arrivait parce qu’elle avait toujours un petit cadeau pour chacun d’entre nous et quand elle repartait, parce que … Eh bien parce qu’elle repartait. Et ces deux moments se situaient exactement dans cette pièce.
DOMINIQUE : Très bien très bien. Dans l’entrée c’est très bien. Vous savez que je suis mandaté par l’assurance pour être sûr.e que le tableau installé est toujours l’original, mais également pour m’assurer qu’il sera bien protégé. Donc, du moment que l’appartement est sous alarme il …
GABIN (le coupant) : L’alarme !!
CHARLOTTE : Quoi l’alarme ?
GABIN : J’ai zappé. Complètement zappé.
CHARLOTTE : C’est-à-dire ?
GABIN : Tu sais quand je t’ai dit « je crois qu’il y a un problème avec l’alarme ».
CHARLOTTE : Tu m’as dit ça il y a trois mois ! Comment veux-tu que je m’en souvienne ?
GABIN : Ta phrase est illogique.
CHARLOTTE : C’est-à-dire ?
GABIN : Tu ne peux pas te souvenir de quand je t’ai dit ça si tu ne te souviens plus que je te l’ai dit.
CHARLOTTE : Et c’est moi qui suis illogique ?
GABIN : C’est complètement logique. Tu ne peux pas me dire que c’était il y a 3 mois et en même temps me dire que tu ne t’en souviens plus.
CHARLOTTE : Tu détournes complètement mes propos. C’est typique.
GABIN : Je ne détourne rien du tout.
ANGE : Dites … Nous on a fini, on aimerait bien rentrer.
CHARLOTTE : Mais on ne vous retient pas.
ANGE : Je crois qu’si en fait. Vous avez toujours pas répondu à sa question. Il est protégé votre appart, oui, ou non ?
GABIN : Théoriquement oui, mais en pratique non.
ANGE : C’est quoi c’t’embrouille encore ?
CHARLOTTE : Tu vois que je ne suis pas la seule à trouver tes propos confus !
GABIN : Parce que, Monsieur/Madame est une référence pour toi ?
ANGE : Pardon, j’ai pas bien compris… Pourquoi je pourrais pas être une référence?
DOMINIQUE : Vous pouvez nous expliquer comment elle peut être protégée théoriquement ?
GABIN : Eh bien, théoriquement, elle est protégée puisque, de fait, nous avons une alarme. Par contre, en pratique, l’alarme ne marche plus par rapport au fait qu’elle est cassée ...
CHARLOTTE : Depuis 3 mois ?
GABIN : Oui
DOMINIQUE : Ça va être problématique pour l’assurance…
GABIN : Pas si on ne leur dit rien
ANGE : Et qui est-ce qui ne va rien leur dire ? J’ai pas bien compris.
GABIN : Eh bien … Théoriquement il faudrait que personne ne leur dise.
DOMINIQUE : « Personne » incluant …
GABIN : Incluant toutes les personnes se trouvant dans cette pièce à ce moment précis.
DOMINIQUE : Ah oui, mais c’est très embêtant ça, Monsieur. Dans notre métier, on n’est pas supposé mentir aux personnes qui nous payent. Vous avez certainement une mauvaise connaissance de notre profession.
GABIN : Je ne vous demande pas de mentir, loin de là !
ANGE : Ben pourtant, ça y ressemblait, comme qui dirait.
GABIN : Non, non, pas du tout. Dites-leur qu’on a une alarme. Y’a pas de soucis là-dessus. Je peux même vous montrer le certificat d’installation. Vous constaterez que tout est en règle.
DOMINIQUE : Donc, on leur dit que vous avez une alarme ?
GABIN : Exactement.
DOMINIQUE : Par contre, on ne dit pas qu’elle est en panne, c’est ça ?
GABIN : Maintenant que j’y pense, je ne suis pas vraiment sûr qu’elle soit en panne.
DOMINIQUE : Ça tombe bien. Parce que si vous appelez le service de maintenance de votre alarme, l’assurance sera prévenue qu’elle ne marche pas …
CHARLOTTE : C’est inextricable !
ANGE : Je sais pas si c’est ce que vous dites, mais moi, je connais des gens qui peuvent vous réparer votre alarme en deux deux. Comme ça, pas de problème d’assurance, vous appelez personne et l’alarme, elle est de nouveau en fonctionnement.
CHARLOTTE : C’est bien, ça ! Ce sont des...