Le gaby de la coiffeuse
Dans un salon de coiffure pour dames, Annie se prépare à marier son fils “Gaby” un jour, et, de préférence, une coiffeuse. Mais voilà que Gabriel a décidé de passer une semaine aux Canaries avec Fanfan, son meilleur ami. Et si, comme le suppose Mme Millot, la cliente un peu sans-gêne, Gabriel cachait sa véritable nature ? Catherine, l’amie de toujours, essaie de ménager la coiffeuse. Mais c’en est trop pour Annie qui ne sait plus où donner de la tête entre un contrôleur des impôts très séduisat qu’elle prend pou un intérimaire, un vitrier maladroit, les commerçants du voisinage, sans compter sa jeune apprentie qui n’arrive pas à passer son permis de conduire. Tout cela pourrait quand même bien finir par un mariage !
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ACTE 1
Scène 1
Catherine et Mme Latranche sont aux miroirs. Il y a un siège vide entre elles. Annie essuie la tête de Mme Millot au bac.
Mme Millot - Alors, comme je vous disais, mon mari a voulu regarder Arte, hier soir. Un film… « Quai des Brumes », que ça s’appelait !
Catherine - Ah… Jouvet et Arletty…
Annie - Ça vous a plu ?
Mme Millot - Pensez-vous ! Un film noir et blanc : j’ai rien compris !
Mme Latranche - Dites Annie, vous êtes sûre qu’il va avoir le temps de me coiffer, Gabriel ?
Annie - Mais oui, madame Latranche. Il arrive !
Mme Latranche - Ne le prenez pas mal, hein ? Mais pour ce qui est de me coiffer, je n’ai confiance qu’en lui.
Annie - Mais alors, pourquoi voudriez-vous que je le prenne mal ? (A Mme Millot.) Vous passez au miroir, madame Millot ? Et je vous fais patienter un peu.
Mme Millot s’installe entre Catherine et Mme Latranche. Annie se met à crêper les cheveux de Catherine.
Mme Millot - Elle n’est pas là, ce matin… Comment s’appelle-t-elle, déjà, votre petite apprentie ?
Annie - Stéphanie ? Eh bien non, elle n’est pas encore là. Elle passe son permis.
Mme Latranche - Non, parce que je vous le dis : il est très doué, Gabriel. Poli, agréable… et qui s’occupe bien de ses clientes, hein ?
Annie - Normal, hé, c’est mon fils. Je lui ai tout appris à mon Gaby !
Mme Millot - Encore son permis ? C’est pas la semaine dernière, déjà, qu’elle l’a passé ?
Annie - Ah si ! Mais elle l’a raté. Je ne sais pas comment elle s’est débrouillée ! L’inspecteur est monté à côté d’elle ; elle a démarré avant qu’il n’ait refermé sa portière. Du coup, plus de portière, et en plus, elle a rayé toute la peinture d’une autre voiture !
Catherine - Effectivement, ça n’a pas dû plaire à son inspecteur !
Annie - Eh non ! D’autant que c’était sa voiture qui était garée à côté ! Enfin, j’espère qu’elle l’aura cette fois, parce qu’avec Gaby qui s’en va toute la semaine, je vais avoir quand même besoin d’un coup de main, moi !
Mme Millot - Je ne veux pas dire de mal, mais c’est vrai qu’elle n’a pas l’air bien dégourdie, la pauvre !
Mme Latranche - Et où est-ce qu’il part, alors, Gabriel ?
Annie - Aux Canaries ! Mais c’est une idée de Fanfan, ça. J’en suis sûre.
Mme Millot - Fanfan ? Une petite amie ?
Annie - Mais non ! Fanfan, c’est François. Le meilleur ami de Gaby. Ils se sont connus à l’école et ils ne se sont plus quittés.
Mme Latranche - C’est où, ça, les Canaries ?
Catherine - Dans l’Atlantique, au large du Maroc.
Mme Latranche - Ah… au large du Maroc !… (Puis elle fait une moue qui indique qu’elle ne voit pas non plus.)
Mme Millot - Alors, pas de petite amie ?
Annie - Pas encore ! Mais ça viendra !
Mme Millot - Faudrait pas trop que ça traîne, quand même, hein ? Ça lui fait quel âge, déjà ?
Annie - Vingt-neuf ! Il a le temps. De nos jours, les jeunes, ils prennent leur temps ! Et ça n’est pas plus mal. Regardez ! Moi, je me suis mariée très tôt et voyez ce que ça a donné !
Catherine - Ça a tout de même donné Gabriel. Il faut le reconnaître, Annie.
Mme Millot - Et alors, comme ça, il part au soleil avec son ami… i ?
Annie - Comment ça « avec son ami-i » ?…
Mme Millot - Je veux dire avec son ami-i ! Pas avec son amie-i-e !
Annie (apercevant l’air goguenard de Mme Millot) - Attention ! Quand je dis qu’ils ne se sont plus quittés, c’est une image, hein ?
Mme Millot - Oh, ben oui ! (Genre : « Cause toujours !»)
Annie - Mais parfaitement ! D’ailleurs, vous pourrez en parler à Stéphanie, Fanfan a la manie de s’enticher de toutes les apprenties qui passent ici. Il prend le prétexte de venir voir Gaby et il leur fait la cour… en passant.
Mme Millot - On en a vu qui faisait les deux, hein ! Le jour, le voile, la nuit, les vapeurs !…
Annie fait mine de vouloir étrangler Mme Millot. Catherine la retient.
Catherine - Et la petite fleuriste de la rue ? Qu’est-ce que ça devient avec Gabriel ? Elle avait le béguin, non ?
Annie - Carole ? Un peu, oui ! Elle était même plutôt insistante. J’ai dû mettre le holà il y a quelques mois.
Mme Latranche - Alors vous avez bien fait ! C’est une belle petite intrigante, celle-là !
Annie - Allons, madame Latranche ! Vous êtes drôlement remontée contre elle, hein, depuis qu’elle vous a soufflé la droguerie.
Mme Latranche - Soufflé ? Vous voulez dire piqué ! Carotté ! Volé !
Annie - Madame Latranche…
Mme Millot - Vous parlez de l’ancien magasin ? Entre votre boucherie et sa boutique de fleurs ?
Mme Latranche - Exactement ! On avait dans l’idée de s’agrandir avec mon mari. Quand ils ont construit les nouveaux lotissements, ça a fait du bien à tous les commerces de la rue. Pas vrai, madame Milan ?
Annie - Oui oui, c’est sûr…
Mme Latranche - Alors, vous pensez ! Ça faisait un moment qu’on la guettait la droguerie du Père Michel ; pour faire une nouvelle chambre froide, on en aurait eu bien besoin. Mais il a fallu que cette peste complote avec le notaire !…
Annie - Là, vous exagérez, madame Latranche ! Carole connaissait très bien M. Michel : c’est sa petite-nièce ! Et toute la boutique, ça ne vous faisait pas trop grand ?
Mme Latranche - Bien sûr que c’est trop grand ! Mais c’était l’idéal, juste attenant à la boucherie ! On n’aurait eu qu’à casser le mur et poser une porte !
Mme Millot - Ah oui, c’est dommage ! Dites-moi, j’espère que vous n’êtes pas allergique au pollen parce que ça va lui faire une sacrée boutique à la fleuriste !
Annie - Ah ça, elle est ambitieuse !
Mme Millot - Et elle a de l’argent, vu les travaux qu’elle est en train de faire ! C’était pas un mauvais parti pour votre fils, pourtant ?
Catherine - Effectivement ! Pourquoi t’en es-tu mêlée ? Gabriel n’était pas insensible aux avances de cette petite, d’après ce qu’il montrait.
Annie - Attends, attends ! D’abord, j’ai pas eu beaucoup de mal à le décourager, hein ! Ensuite, j’ai préféré l’avertir. Parce que, moi, je l’ai vue venir, la Carole !
Catherine - Comment ça ?
Annie - Tiens ! Cette « sacrée boutique », comme vous dites madame Millot, ça, elle la veut ! Mais une grande boutique, ça ne se tient pas toute seule. Moi qui suis dans le commerce, je peux vous le dire. N’est-ce pas madame Latranche ?
Mme Latranche - Ça, c’est sûr !
Annie - Tiens ! Alors, elle mettait le grappin sur Gabriel et je ne lui donnais pas une semaine avant de me le mettre au parfum, mon Gaby ! Et au revoir la coiffure !
Catherine - Et alors ? S’il était d’accord ?
Annie - Mais, je ne l’ai pas élevé et appris tout ce que je sais pour qu’il se retrouve sous la coupe d’une femme !
Catherine - « Sous la coupe », c’est choisi comme expression pour une fleuriste ! Pour une coiffeuse aussi, non ?
Annie - Moi, tout ce que je lui souhaite à Gaby, c’est de trouver une gentille femme !… Une coiffeuse, pourquoi pas ?
Catherine - Tiens donc ? Une coiffeuse ?
Annie - Bah, comme ça, ils pourraient travailler tous les deux ici ! Et quand je prendrai ma retraite, ils pourraient garder le salon, par exemple…
Catherine - Par exemple !
Annie - Et puis, pour le mariage, au moins, on aurait sûrement les mêmes idées, elle et moi.
Mme Latranche - Quel mariage ?
Annie - Celui de Gaby, bien sûr ! Il sait à quel point j’y tiens !
Mme Millot - Ah bon ? Mais pourquoi vous y tenez tant ?
Annie - Ecoutez, j’ai eu un mariage tellement minable que je me suis jurée de réussir celui de mon fils !
Catherine - Mais s’ils n’avaient pas envie de se marier ? Tu sais les jeunes, aujourd’hui…
Annie - Ah ! Gaby ne peut pas me faire ça ! Ce mariage, je m’y prépare depuis… depuis sa naissance !
Mme Latranche - Dites, vous savez qu’on fait traiteur aussi ? On a des petits canapés de canard… (Geste d’appréciation...