Et si c’était le paradis
Au paradis, une femme armée d’un rouleau de pâtisserie attend la maîtresse de son mari qui vient de mourir. Survient sainte Geneviève, responsable du maintien de l’ordre.
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Scène 1
Jeannette, Marie-Claire
Marie-Claire - Bonjour, je m’appelle Marie-Claire.
Jeannette - Bonjour… Jeannette.
Marie-Claire - Qu’est-ce que vous faites ?
Jeannette - J’attends.
Marie-Claire - Qui attendez-vous ?
Jeannette - La maîtresse de mon mari.
Marie-Claire - Votre mari ne peut pas avoir une maîtresse.
Jeannette - Pourquoi ?
Marie-Claire - Pour avoir une maîtresse, il faut avoir une épouse.
Jeannette - C’est moi son épouse.
Marie-Claire - Mais vous êtes morte. Si votre mari a une relation avec une autre femme, ce ne peut être que sa petite amie, sa compagne, sa concubine, voire sa nouvelle épouse.
Jeannette - Pour les vivants, c’est sans doute sa compagne ; pour moi, c’est sa maîtresse.
Marie-Claire - Elle est morte ?
Jeannette - D’après mes renseignements, elle agonise.
Marie-Claire - C’est pour l’accueillir que vous êtes armée d’un rouleau à pâtisserie ?
Jeannette - Vous êtes trop curieuse.
Marie-Claire - Ça ne vous servira à rien, puisqu’ elle sera morte.
Jeannette - Exact. Mais ça lui fera peur. On n’abandonne pas ses réflexes d’humain du jour au lendemain. Je veux lui faire avoir la trouille de sa vie.
Marie-Claire - Je peux m’asseoir à côté de vous ? Je n’ai jamais assisté à une arrivée.
Jeannette - Si vous voulez. Vous êtes nouvelle ?
Marie-Claire - Oui, j’ai débarqué il y a une semaine, ou un mois. Je ne sais pas.
Jeannette - Oh ! vous savez, ici le temps est élastique ! Pas de saison, pas de jour, de nuit, de week-end. Pour se repérer, il faut descendre en bas.
Marie-Claire - Et comment fait-on ?
Jeannette - C’est simple : vous allez chercher un ticket au bureau des permissions. Ensuite, vous rentrez dans ce trou… (Désignant le nuage marqué « Départ ».)… et vous laissez faire… C’est automatique.
Marie-Claire - On peut y aller quand on veut ?
Jeannette - Aussi souvent que vous voulez. Il y en a même qui restent sur terre en permanence. On les appelle les fantômes.
Marie-Claire - J’aimerais bien descendre voir mon mari, il me manque.
Jeannette - Pas le mien !
Marie-Claire - Vous avez l’air très fâchée.
Jeannette - On le serait à moins. (Désignant l’arrivée.) Cette pécore accueillait mon époux dans son lit, huit jours après mon décès.
Marie-Claire - Ah ! quand même ! Mais comment en êtes-vous sûre ?
Jeannette - Je les ai vus lors de ma première descente sur terre. Une femme qu’on a consolée, quand elle s’est retrouvée veuve. Rendez-vous compte ! Au début, elle venait dix fois par jour à la maison. Besoin de parler, paraît-il. On l’écoutait patiemment en buvant un café. Quand ça n’allait vraiment pas, on la gardait à dîner. On l’a même emmenée en vacances dans notre mobil-home en Bretagne.
Marie-Claire - Ce fut généreux de votre part. Il faut aider les gens qui sont dans la peine.
Jeannette - Ah ça ! Pour l’aider, on l’a beaucoup aidée. Mon mari tondait la pelouse, taillait les massifs, s’occupait du potager. Moi je lui donnais un coup de main pour planter ses fleurs dans les jardinières, faire ses conserves, ses...