Cotes et cocotte

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Jérémy Potiron fait l’acquisition d’une poule magique qui possède le pouvoir de deviner les gagnants des courses de chevaux. Une aubaine pour ce jeune couple désargenté. Leur meilleure amie, le banquier, la concierge, s’aperçoivent de cet enrichissement soudain et cherchent par tous les moyens à en connaître l’origine. Tout se complique lorsque la poule disparaît. Branle-bas de combat à tous les étages de l’immeuble. Chantage, tentative d’enlèvement, rencontre amoureuse impossible, tout y est pour provoquer le fou rire du début à la fin.

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Acte 1

Scène 1

Jeremy, Paquerette

 

Jeremy est assis à table avec une poule sur les genoux.

Jeremy - Regardez-moi ça comme elle est belle ! L’œil est vif, la crête est rouge et droite, le plumage brillant… magnifique… Tu es magnifique. Là où tu es née, tu devais être la reine de la basse-cour. Je t’imagine te dandinant devant le coq émoustillé, toi balançant ton croupion nonchalamment, lui dressé sur ses ergots, le cou tendu, les ailes déployées. Quel spectacle !… Ah ! j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir t’acheter ! Certes, ça m’a coûté cher ; cinq cents euros pour une poule, ce n’est pas donné, mais je suis convaincu d’avoir fait une bonne affaire. Tu vas me rapporter cent fois plus, que dis-je, mille fois plus. Bon, assez bavardé, je vais te mettre dans ta cage. Je ne peux pas te laisser te balader dans l’appartement. Ma femme n’apprécierait pas du tout. Déjà qu’elle ne veut ni chat, ni chien, alors tu imagines une poule… C’est vrai que toi et tes congénères, vous avez tendance à crotter un peu partout. Et en plus, ça sent très mauvais le caca de poule.

Pâquerette - Et toi, tu crois que tu sens la rose quand tu vas aux toilettes ?

Jeremy - Mais j’y pense, il faut que je te trouve un sobriquet. Voyons… un prénom de femme… non, ce serait déplacé. Le nom d’une vedette du show-biz… Pourquoi pas, après tout ? Ça ferait très chic. Piaf par exemple, comme la chanteuse ou le petit oiseau, ou Pierrette Brès comme les volailles du même nom, ou mieux encore, Maïté, ça a un côté tradition rurale, ce serait pas mal, Maïté.

Pâquerette - Non, non et non. Je ne suis pas d’accord. Piaf, ça fait petit, et puis on n’a pas le même répertoire ; Pierrette Brès, c’est trop régional ; quant à Maïté, je ne veux rien avoir à faire avec cette meurtrière de volailles.

Jeremy - On pourrait aussi t’affubler du nom d’un personnage historique. Jeanne d’Arc ou la Reine Margot. Ça ferait classe, tu ne crois pas ?

Pâquerette - Mais il déraille cet idiot ! Il sait comment elle a fini Jeanne d’Arc ? Au barbecue, noire comme du charbon. Et la reine Margot, est-ce qu’il ignore qu’elle était la femme d’Henri IV, le roi qui fut avec sa poule au pot à l’origine du premier génocide de l’ordre des gallinacés ? Moi, je veux qu’il m’appelle Cocotte parce que toutes les poules s’appellent Cocotte, un point c’est tout.

Jeremy - Je crois que je viens d’avoir une bonne idée. Je vais t’appeler Pâquerette. C’est sympa, Pâquerette. Ça fait penser à Pâques, et donc aux œufs. Allez, adopté, tu t’appelleras Pâquerette.

Pâquerette - C’est bien ma veine d’être tombée sur un loufoque. Je ne veux pas m’appeler Pâquerette, je veux m’appeler Cocotte, comme toutes mes congénères.

Jeremy - Allez, au dodo. Pour l’instant, tu vas devoir te contenter de cette cage, mais je te promets d’aménager un petit espace dans la chambre d’amis rien que pour toi. En attendant, sois sage, ne fais pas de saletés. (Il rentre Pâquerette dans la cage.)

Pâquerette - Eh, doucement, attention à mes ailes !

Jeremy - J’espère que Sonia va être de bonne humeur. Pour être franc avec toi, je dois t’avouer qu’elle est un peu soupe au lait. Je vais te mettre dans un coin, pour qu’elle ne s’aperçoive pas tout de suite de ta présence. Mieux vaut ne pas la brusquer.

Pâquerette - Charmant ! Souhaitons au moins qu’elle ne soit pas violente. Elle serait capable de me balancer par la fenêtre. On est au quatrième étage et j’ai beaucoup de mal à voler, surtout que j’ai pris du poids ces derniers temps.

Jeremy - Ah ! j’entends le bruit de l’ascenseur qui arrive sur le palier ! Ce doit être elle.

 

 

Scène 2

Jeremy, Paquerette, Sonia

 

Entrée de Sonia chargée de paquets.

Jeremy - Bonsoir chérie, tu as passé une bonne journée ?

Sonia - Excellente, le patron était absent.

Jeremy - À la bonne heure ! Je suis heureux que tu sois détendue.

Sonia - Oh ! toi, tu as quelque chose à me demander !

Jeremy - Pas du tout… Pourquoi as-tu fait des courses ?

Sonia - Parce que Molly doit passer en fin d’après-midi. J’ai pensé qu’on pouvait la garder à dîner.

Jeremy - Oh non ! Encore elle !

Sonia - C’est ma meilleure copine.

Jeremy - Elle est inculte et capricieuse. Je me demande comment tu fais pour la supporter.

Sonia - Parce qu’elle ne me contredit jamais.

Jeremy - Normal, elle ne comprend rien à ce qu’on lui raconte.

Sonia - Tu exagères. Elle n’est pas très futée, j’en conviens, mais elle n’est pas sotte. En tout cas, bien moins qu’elle veut nous le faire croire.

Jeremy - N’empêche qu’il va me falloir l’endurer toute la soirée.

Sonia - Peut-être plus.

Jeremy - Comment ça, peut-être plus ?

Sonia - Elle m’a demandé de l’héberger pendant quelques jours.

Jeremy - L’héberger quelques jours !

Sonia - Son petit ami l’a mise à la porte.

Jeremy - Ça ne m’étonne pas. Vivre avec elle tient du sacerdoce.

Sonia - Sois gentil chéri. Ce n’est que pour une courte période. Le temps pour elle de trouver un nouvel appart. D’ailleurs, entre son travail et la recherche d’un logement, elle ne nous embêtera pas beaucoup.

Jeremy - Sauf le week-end.

Sonia - Elle doit normalement le passer chez ses parents.

Jeremy - Eh bien, je vais passer des moments pas marrants.

Sonia - Allons, ne sois pas ronchon. Aide-moi plutôt à ranger les courses. Ensuite tu nous serviras l’apéritif. On le prendra tous les deux en tête à tête, avant que Molly n’arrive… Qu’est-ce que c’est que ça ? (Elle s’approche pour mieux regarder.) C’est une poule ! Qu’est-ce que cette poule fait là dans cette cage ? (Jeremy fait semblant de n’avoir rien entendu.) Jeremy, que fait cette poule dans notre salle à manger ?

Jeremy - Je l’ai achetée cet après-midi.

Sonia - Tu veux la manger ?

Jeremy - Ça va pas ? Il n’est pas question de manger Pâquerette !

Sonia - Parce qu’elle s’appelle Pâquerette ?

Jeremy - Ben oui. Tu n’aimes pas ?

Sonia - Je m’en fous. Je veux simplement que tu m’expliques ce que tu as l’intention de faire de cet animal. Je t’avertis dès à présent que je ne la supporterai pas dans notre appartement. Ça fait du bruit et ça pue. Et ça ne sert à rien. Un chien, ça garde la maison ; un chat, ça chasse les souris ; mais une poule, ça sert à quoi ? Franchement?

Jeremy - À nous faire gagner de l’argent, beaucoup d’argent.

Sonia - Ah bon ! Ta Pâquerette, c’est la poule aux œufs d’or ?

Jeremy - Tu y es presque. En fait, elle donne le résultat du tiercé, quarté, quinté, la veille de la course.

Sonia (après l’avoir longuement observé) - Tu as bu ?

Jeremy - Mais non !

Sonia - Approche… Fais « ah ». (Elle respire son haleine.) Ça ne sent pas l’alcool. Tu as fumé un pétard ?

Jeremy - Tu sais très bien que je ne bois pas et que je ne fume pas.

Sonia - Te rends-tu compte de l’énormité de ce que tu viens de me dire ?

Jeremy - Je te jure que Pâquerette est magique.

Sonia - Tu l’as vérifié ?

Jeremy - Nous allons le faire tout de suite. J’ai joué ce matin au quinté plus dans la sixième à Chantilly. Allume la télé, les résultats vont apparaître dans quelques minutes aussitôt après la météo.

Sonia (allumant la télé) - Sers-moi un double whisky, j’ai comme une légère défaillance.

Jeremy (servant un whisky) - Tiens, chérie, ça va te calmer.

Sonia - Ça m’étonnerait ! Où as-tu trouvé ce volatile ?

Jeremy - Au coin de la rue. Elle était blottie dans les bras d’un type assis sur le trottoir.

Sonia - Un clochard, quoi ! Et il t’a donné sa poule ?

Jeremy - Pas exactement. Il m’a dit qu’il partait pour l’Angleterre, et qu’elle ne supporterait pas d’être mise en quarantaine.

Sonia - Et, bien entendu, tu as eu l’idée lumineuse de l’adopter.

Jeremy - Pas de l’adopter, de l’acheter.

Sonia - Combien ?

Jeremy - Mille euros.

Sonia - Quoi !!!

Jeremy - Je plaisante Bibiche… Cinq cents.

Sonia - Tu es devenu fou ?

Jeremy - Pas du tout. Elle va nous rapporter des centaines de milliers d’euros.

Sonia - Cinq cents euros pour une poule ! Alors que tu es au chômage et que nous avons toutes les peines du monde à boucler les fins de mois ! Et où as-tu trouvé l’argent, s’il te plaît ?

Jeremy - Sur notre livret épargne.

Sonia - Il a pété un câble ! Je savais que ça arriverait un jour. C’est de famille. Sa mère suit une psychanalyse depuis vingt ans, et sa sœur possède une armoire à pharmacie grande comme un confiturier.

Jeremy - Cool, pas de panique. Ce soir, j’aurai déjà récupéré ma mise.

Sonia - Explique-moi quand même comment tu as pu te laisser berner par un SDF ?

Jeremy - Le gars m’a interpellé en disant : « Cette poule est phénoménale. Si tu deviens son ami, elle te fera plus riche que Crésus. » Il a posé la poule par terre. Elle est venue vers moi instantanément. « Mon frère, m’a dit le type, ma poule t’a choisi, ne laisse pas passer ta chance. Tu pourrais le regretter toute ta vie. Je pars pour l’Angleterre. Je sais qu’entre tes mains, elle sera heureuse. »

Sonia - Pauvre idiot ! Ce gars-là t’a roulé dans la farine.

Jeremy -...

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