Plans d’enfer

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Benoît Courcel, fringant avocat, a profité de l’absence de son épouse Chantal et de ses enfants, pour inviter à dîner (et plus si affinités) Julia, sa nouvelle et charmante collaboratrice, à son domicile où il n’est d’ailleurs pas censé être, ayant raconté à sa famille qu’il devait assister à un congrès. Benoît semble avoir tout prévu. Tout, sauf que Chantal revienne à l’improviste ! Benoît n’a alors d’autre choix que de faire passer Albert, un chauffagiste venu opportunément réparer la climatisation, pour son ami d’enfance et Julia pour la compagne d’Albert. Plans d’enfer est un vaudeville pétillant, sans temps mort, où, avec une mécanique imparable, les portes s’ouvrent et se ferment à un rythme endiablé. Bref, une comédie dans la plus pure tradition. De l’auteur des pièces à succès Monsieur Claude, Fred, Filles au pair ou Drôles de couples.

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ACTE I

SCÈNE 1

Pauline, Benoît 1

 

Au lever de rideau, la scène est vide.

Pauline descend les escaliers. Elle est vêtue d’un paréo.

Elle se promène dans le salon, observant des photos au mur.

Benoît 1 (le fils) sort de la cuisine. Il porte un tablier de cuisine et tient une casserole en main.

Pauline (découvrant Benoît, soulève le tablier, amusée) - Ouh ! Mais c’est mignon tout plein, ça !

Benoît 1 (joueur) - Ça te plaît ?

Pauline (taquine) - Pas autant que ce qu’il y a dessous.

Benoît 1 (un peu gêné) - Hum…

Pauline - Je peux avoir un aperçu ?

Benoît 1 (assez ferme) - Désolé, je ne verse pas d’acompte avant la livraison.

Pauline (le bousculant gentiment) - Allons, décoince-toi un peu !

Benoît 1 - Facile à dire !

Pauline (fofolle) - Et si facile à faire ! On est là pour s’éclater, non ?

Benoît 1 - Oui, mais…

Pauline - Je sais : c’est moi qui ai voulu qu’on vienne ici.

Benoît 1 - Je confirme.

Pauline - Tu n’étais pas chaud, je l’admets aussi.

Benoît 1 - C’est sûr que toi, tu étais plutôt chaude.

Pauline - Mais je le suis encore !

Benoît 1 - Je m’en rends compte.

Pauline - Et je finis toujours par obtenir ce que je veux, surtout auprès des hommes… (Faussement naïve.) C’est ainsi. Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?

Benoît 1 (haussant les épaules) - Rien, naturellement.

Pauline - Allez, t’inquiète : on ne risque rien, vu qu’il n’y a que nous dans ta baraque.

Benoît 1 - Heureusement !

Pauline - C’est quand même une chance pour nous que tes parents soient partis pour le week-end.

Benoît 1 - Oh ! ce n’est pas exceptionnel… (Réfléchissant.) Mais je crois que c’est une des premières fois que c’est chacun de son côté !

Pauline - Ah ? Il y aurait de l’orage dans l’air ?

Benoît 1 - Ça m’étonnerait… En fait, papa est parti à un congrès et maman est allée voir sa mère, voilà.

Pauline (moqueuse) - Et ils ont laissé leur Benoît tout seul ?… Comme c’est triste !… Mais heureusement, le pauvre petit garçonnet est entre de bonnes mains !… Et j’en connais une qui va s’en occuper de la tête aux pieds ! En s’arrêtant en chemin aux endroits où il faut !

Benoît 1 (la repoussant mollement) - Je te rappelle qu’au départ, aux yeux de mes parents, je suis censé être chez un copain en train de réviser la théorie, pour mes examens de fin d’année.

Pauline (coquine) - Et à l’arrivée, tu te retrouves avec une copine en train d’approfondir la pratique… Plutôt pas mal comme changement de programme !

Benoît 1 - Ouais…

Pauline - Que demande le peuple ?

Benoît 1 - Le peuple, je sais pas, mais mes parents, si ! Que je travaille, un point c’est tout !

Pauline - Remarque, les miens, c’est pareil, faut pas croire ! Ils ne me font pas de cadeau ! J’ai dû raconter à mon paternel que j’allais passer la soirée chez une copine.

Benoît 1 - Pas très féminine, la copine !

Pauline - Et si tes parents apprenaient que tu leur as menti et que tu es ici avec moi ?

Benoît 1 - Ça finirait très mal pour moi.

Pauline - C’est vrai que ton père fait sévère.

Benoît 1 - Tu l’as déjà vu ?

Pauline (un tantinet allumeuse) - Non, mais je ne demande que ça…

Benoît 1 - Moi pas, figure-toi.

Pauline (étant retournée regarder les photos au mur) - C’est bien lui, là, non ?

Benoît 1 - Oui…

Pauline - Il tire une de ces tronches sur cette photo… Dommage, parce que ça m’a l’air d’être un bel homme, dis donc !

Benoît 1 - C’est héréditaire.

Pauline - Enfin, c’est vrai que les photos sont souvent plus réussies que la réalité.

Benoît 1 - Je te précise que cette photo date d’il y a trente ans, le jour où il a prêté son serment d’avocat.

Pauline - Moi, j’adore les avocats… Enfin, les fruits ! Je les croquerais tous !… Remarque, les hommes aussi, d’ailleurs… C’est drôle, quand j’y pense, j’ai encore jamais fréquenté d’avocat… Ah si ! Une seule fois ! Enfin, c’était un huissier de justesse, mais c’est presque pareil, non ?

Benoît 1 - Pas tout à fait, non.

Pauline - Ah ? Ce serait mieux avec un avocat ?… Qui sait ? Peut-être qu’un jour, je verrai la différence.

Benoît 1 - Avec toi, tant qu’il y aura des hommes, il y aura de l’espoir !

Pauline - Dis, à propos de fruits, j’aimerais bien ton avis…

Benoît 1 - Ah ?

Pauline (avec naturel) - Oui, à propos de mes seins…

Benoît 1 (un peu désarçonné) - Pardon ?

Pauline - Ouais, ils te font plutôt penser à des oranges ou à des pamplemousses ?

Benoît 1 - Bah… euh…

Pauline - Ouais, j’ai du mal à me situer… Thomas, tu sais, ton copain qui est en dernière année de pharmacie, eh ben lui, il pencherait pour les pamplemousses.

Benoît 1 - Tiens donc ! Faut dire qu’il a toujours eu des paroles acides, alors…

Pauline (sur sa lancée) - Ce qui me tracasse, c’est que tous les garçons ne partagent pas son avis ! Y’en a même qui ont parlé de melons ! Faut pas exagérer, hein ?

Benoît 1 (ailleurs) - Oui, quoi ?

Pauline - Eh bien, toi, qu’est-ce que tu en penses ?

Benoît 1 - Que chacun peut avoir un avis différent.

Pauline - D’accord, mais mes seins, toi, tu les trouves comment ?

Benoît 1 - En cherchant sous ton tee-shirt !

Pauline (faisant la moue) - Très drôle !

Benoît 1 - Écoute, je ne suis pas primeur, moi.

Pauline - Mais tu es preneur !

Benoît 1 - Ça, les yeux fermés !

Pauline - C’est gentil… (Elle enlève son paréo et se retrouve en maillot de bain.) À propos, ouvre-les donc et profite du spectacle ! Vas-y, c’est offert par la maison !

Benoît 1 (admiratif) - Charmant !

Pauline - Ouais, je crois aussi… Le maillot me met bien en valeur, non ?

Benoît 1 - Ah ça ! Pour te mettre en valeur !

Pauline - Je l’ai acheté il y a deux jours, quand tu m’as appris que vous aviez une superbe piscine creusée.

Benoît 1 - Ouais, et juste après que tu aies décidé que nous allions passer le week-end ici !

Pauline - Peut-être, mais pas avant que tu m’aies appris que la maison serait vide ! Sinon, tu penses bien que j’aurais attendu pour m’acheter le maillot.

Benoît 1 - J’espère bien.

Pauline - Il y avait plus court en magasin.

Benoît 1 - Ah ? Ça se fait ?

Pauline - Mais on a sa pudeur, faut pas exagérer ! (S’étant approchée d’une autre photo.) Dis, là, c’est ta mère ?

Benoît 1 - Perdu ! C’est ma sœur, Barbara.

Pauline (maladroite) - Ah ? Euh… (Cherchant à se rattraper.) C’est vrai que les photos sont presque toujours moins réussies que la réalité.

Benoît 1 - Je croyais que c’était le contraire.

Pauline - Ah ?… (S’approchant à nouveau de la photo.) Tu sais, à vraiment bien la regarder, elle serait finalement pas si mal que ça… Bon, je pense être nettement mieux qu’elle, qu’est-ce que tu en dis ?

Benoît 1 - Que je ne peux pas comparer, puisque je ne suis jamais sorti avec ma sœur !

Pauline (amusée) - C’est pas faux… Et ta sœur, elle bat le beurre ?

Benoît 1 - Quoi ?

Pauline - Rien, je blaguais… Au fait, elle ne risque pas de se rappliquer ?

Benoît 1 - Non. D’après ce que je sais, elle est chez une cousine à Lyon et elle ne doit pas revenir avant lundi.

Pauline - Donc, nous serons définitivement seuls !

Benoît 1 - Oui.

Pauline - Je me contenterai de toi, alors !

Benoît 1 - Et réciproquement !

Pauline - Oh ! mais avec moi, y’a de quoi faire !… Bon, avant de passer aux choses sérieuses, si on allait faire trempette ?

Benoît 1 - Tout de suite ?

Pauline - Bah ouais ! Si je suis venue ici, c’est en grande partie pour la piscine… Un peu pour toi aussi, je le reconnais.

Benoît 1 - Merci.

Pauline (se dirigeant vers la piscine) - Alors, tu viens ?

Benoît 1 - Accorde-moi une vingtaine de minutes, le temps que je finisse de préparer le dîner.

Pauline - Tu as besoin d’aide ?

Benoît 1 - Non merci ! Je sais que la cuisine n’est pas ton fort.

Pauline (aguicheuse) - Oui, mais j’ai d’autres qualités !

Benoît 1 - Ça, pas la peine de me faire un dessin.

Pauline - Et qu’as-tu prévu au menu ?

Benoît 1 - Un sauté de dinde.

Pauline - Original !

Benoît 1 - J’ai pensé que ça irait bien avec toi.

Pauline - Charmant !

Benoît 1 - Et en dessert, une orange givrée.

Pauline (désignant sa poitrine) - Pour l’orange, c’était aussi en songeant à moi ?

Benoît 1 - Non, mais pour la givrée, peut-être… (Pauline gagne la piscine, son paréo sur le bras.) C’est vrai que cette fille est dingue ! Complètement dingue ! Le problème, c’est que je suis dingue d’elle !

Benoît 1 gagne la cuisine.

SCÈNE 2

Benoît 2, Julia

 

Bruit de clés. Julia, plutôt BCBG, entre, un petit sac de voyage en main ; elle est suivie par Benoît 2, qui ne la quitte pas des yeux.

Benoît 2 - Voilà, nous y sommes.

Julia (un peu intimidée) - Oui.

Benoît 2 - C’est vraiment gentil à vous d’avoir accepté mon invitation.

Julia - Oh ! c’est normal !

Benoît 2 - Tout de même, tout de même…

Julia - Je pouvais difficilement refuser.

Benoît 2 - Ah ?

Julia - Vous avez tellement insisté.

Benoît 2 (gêné) - Hum…

Julia - Oui, j’oserais même dire lourdement… (Se rattrapant.) Enfin, fortement.

Benoît 2 - Vous savez, Julia, j’ai beaucoup, mais alors vraiment beaucoup apprécié notre collaboration.

Julia - Merci.

Benoît 2 (allusif) - Collaboration que j’aimerais encore plus… étroite, si vous voyez ce que je veux dire.

Julia - Je… je crois.

Benoît 2 - Et je suis persuadé que le travail ne peut que nous rapprocher davantage, vous et moi, n’est-ce pas ?

Julia - Oh ! je ne demande que ça !

Benoît 2 (jubilant) - Et je suis là pour ça, moi !

Julia - Hum…

Benoît 2 - Bien, déshabillez-vous !… (Se reprenant.) Enfin, mettez-vous à l’aise : donnez-moi donc votre veste. (Julia s’exécute. Il pose la veste sur le bord du canapé.) Vous voyez, Julia, cette invitation n’est qu’une juste récompense pour votre implication admirable dans vos dossiers.

Julia - Vous êtes trop bon !

Benoît 2 - Et vous vous êtes trop bonne ! (Se reprenant à nouveau.) Euh… je veux dire que vous êtes très bonne… dans votre travail.

Julia - En toute modestie, je reconnais que je m’en suis assez bien tirée, tant sur le fond que sur la forme, me semble-t-il.

Benoît 2 - Ah ça ! Pour les formes, vous êtes parfaite !

Julia - Toutes proportions gardées naturellement.

Benoît 2 (la dévisageant de la tête aux pieds) - Ah ! les proportions ! Idéales !

Julia - Moi, vous savez, quand quelque chose me plaît, je me donne à fond !

Benoît 2 (réjoui) - Tout un festival en perspective !

Julia - Corps et âme, comme on dit !

Benoît 2 - Oh ! les deux seront inutiles !

Julia (sur sa lancée) - Et j’en retire un réel plaisir !

Benoît 2 - Qui ne demande qu’à être partagé !… Ah ! Julia, si vous saviez comme je suis heureux de vous avoir recrutée… et encore plus de vous avoir ce soir !

Julia (faiblement) - Oui…

Benoît 2 - Vous ne pouvez pas vous imaginer !

Julia (peu convaincante) - Si, si…

Benoît 2 - C’est bizarre, à votre voix j’ai l’impression que quelque chose vous tracasse.

Julia - Non, non…

Benoît 2 - Vous savez, vous pouvez tout me dire.

Julia (se lançant) - Eh bien, vous avez raison. Je… je dois vous avouer quelque chose…

Benoît 2 - Je vous écoute.

Julia - Voilà : votre invitation me gêne quand même un...

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