Le secret du Glaude
Le Glaude et Marie forment un couple de vieux campagnards bien tranquilles. Une sombre histoire de fantôme, colportée par une ivrognesse aigrie, fait resurgir un secret enfoui dans la mémoire du Glaude : prisonnier en Allemagne, il a eu une liaison amoureuse qu’il n’a jamais avouée à Marie. De plus, une lettre égarée de sa maîtresse, et qui a mis cinquante années à lui parvenir, l’informe du désir de vengeance posthume du mari trompé. Farce paysanne, pleine de drôlerie et de gaieté, facile à monter, réjouira les spectateurs de tout âge. Dans la grande tradition de la farce paysanne.
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ACTE I
Le Glaude est assis dans sa chaise longue, en train de lire le journal. La table est mise. Sa fèmme, Marie, fait son entrée, toute emmitouflée avec un panier sous le bras, chargé de provisions.
Marie - (en traversant la pièce pour poser son panier de l’autre côté, et en posant manteau et écharpe) Brrrrrr ! Fait pas chaud ! Pourtant, il est déjà midi… On peut dire que l’hiver n’est pas en retard cette année.
Glaude - (en abaissant son journal) Oui, et on fête à peine Sainte Catherine. Qu’est ce que ce sera au mois de janvier…
Marie - (en se chauffant devant la cheminée) Ah ! Ne m’en cause pas ! Ça promet ! Remarque que, des fois, ça ne veut rien dire. On nous avait bien promis une année sèche. Si ça a été le cas jusqu’en août, on est servi depuis !
Glaude - Oh ! tu sais, ça mouille peu. Pour remonter les sources, il en faudrait de l’eau !
Marie - “Ben” depuis le temps !… si elles ne sont pas remontées, c’est que le ressort est cassé !
Glaude - Oh ! tu sais, il en faut beaucoup, beaucoup…
Marie - Oui, c’est vrai qu’avec toi, lorsqu’il pleut pendant deux heures, ça mouille à peine la poussière…
Glaude - (haussant les épaules) Pff ! Tiens, c’est comme la neige. Quand j’étais gamin, il fallait souvent pelleter pour pouvoir aller soigner les bêtes. Et qu’est-ce qu’on pouvait s’amuser avec ça ! Les bonshommes qu’on décorait avec ce qu’on trouvait, les batailles, les glissades !…
Marie - Oui… C’est pas comme maintenant !… Pour amuser les “ch’tits”, il leur faut des gugusses aussi vilains que “frankeuch’tin”, qui couinent comme des gorets et qui se transforment en… pelleteuse ou en dinosaures avec des yeux qui clignotent… comme ceux de Mitterrand !
Glaude - Bah !… tu dis ça parce que t’en as pas eu…
Marie - De quoi ? Des gugusses qui couinent ou des yeux qui clignotent ?
Glaude - Des jouets, jalouse ! Moi non plus. Et je m’amusais sûrement aussi bien qu’eux !
Marie - En tout cas, tu avais bien de la chance d’avoir le temps de jouer aussi ! Moi, où j’étais placée, c’était: trime toute la journée !
Glaude - (faisant le fier) Jusqu’à ce que le Prince Charmant arrive et t’arrache à ta misère… Pas vrai ?
Marie - Remarque que depuis, je n’ai guère arrêté, non plus…
Glaude - Sauf que depuis, tu travailles dans la joie du mariage ?
Marie - Si tu veux… Je suis passée du service d’un patron à celui d’un mari… Remarque, maintenant, il y a des femmes qui font l’inverse et qui pensent avoir inventé, quelque chose ! Enfin…
Glaude - Le service d’un mari ! Tout de même, tu exagères !
Marie - (en l’embrassant) Bien sûr… tu n’as rien d’un tyran. Je voulais seulement dire que j’étais passée des chaussettes du Maître… aux tiennes.
Glaude - (en haussant les épaules) Et si on mangeait plutôt que de philosopher comme des intellectuels ?
(Les deux vieux s’attablent, après que Marie ait posé la soupe sur la table. Marie remplit les deux assiettes et, face au public, le nez dans son assiette, le Claude aspire sa soupe avec la discrétion d’un goret.)
Marie - (la cuillère en (air et regardant le Claude) “Ben” mon Glaude ? Tes de plus en plus discret ?
Glaude - (s’arrêtant de manger) Hein ? Quoi donc ?
Marie - Tu n’entends pas ?
(Le Claude écoute et regarde partout autour de lui.)
Glaude - Non ?….
Marie - Je parle de toi, animal ! Quand tu manges ta soupe, on dirait que je vide l’évier !
Glaude - Ah ? J’avais pas remarqué Mais si tu le dis…
Marie - C’est pourtant pas compliqué fais donc comme moi !
(Marie prend délicatement sa soupe dans sa cuillère et l’avale sans un bruit)
Tu vois ? Ce n’est tout de même pas très difficile !
Glaude - (en essayant de faire la même chose, mais en gobant la cuillère par petites avancées) C’est peut-être moins bruyant, mais il ne faut pas avoir faim !
Marie - (en haussant les épaules) Fais bien comme tu veux.
Glaude - Oui. C’est pas comme s’il y avait du monde qui nous regarde. (Les “sluuuurps” repartent de plus belle.)
Marie - Remarque que, quand tu bois… t’es beaucoup plus silencieux… Pas vrai ?
Glaude - (en mangeant) Ah ! J’ai tout de même une qualité… (Gardant sa cuillère en l’air) Mais dis donc, tu ne serais pas en train d’insinuer que je me désaltère en cachette, des fois ?
Marie - Du tout…
Glaude - Ahhh, bon !
Marie - Tu te désaltères en public, mais… tu te régales le bec en douce.
Glaude - (toujours la cuillère en l’air) Comment ça, tu me surveilles ?
Marie - Oh, c’est inutile. Il suffit de retrouver le verre à goutte(1) au fond de l’évier et de voir tes yeux qui pétillent pour être fixé !
Glaude - (tout câlin) Mais si mes yeux pétillent, ça ne peut être que d’amour, ma Biche !
Marie - Ouf, j’ai cru que tu allais me dire que c’était la faute à la limonade… Et… t’as pensé à soigner les lapins ?
Glaude - (entre deux goulées) Tu sautes du coq à l’âne ! Oui.
Marie - Et les poules ?
Glaude - Voui.
Marie - Et le cochon ?
Glaude - (excédé) Vouiiiii !!! Heureusement qu’on n’a pas une ménagerie, on y passerait la soirée !
(La “partie de soupe” continue quelques instants)
Marie - Et ton Vaximuc(2), tu l’as pris ?
Glaude - Voui.
Marie - Et ton Extromélenicine(2) ?
Glaude - C’est fait.
(La “partie de soupe” repart encore quelques instants.)
Marie - Le Minotranpilogène(2) aussi ?
Glaude - (abandonnant sa soupe, soupirant de désespoir) Voui-voui et… voui !
Marie - (un peu énervée) Pour une fois que tu n’oublies rien !… Tu te rappelles aussi que le Docteur doit passer pour toi, tantôt ?
Glaude - Pour mon rappel “anti-mécanique”, je sais… tous les cinq ans, c’est la même histoire !… A l’époque où on va sur la lune, ils pourraient inventer un vaccin qui marche à vie, non ?
Marie - Tu n’auras qu’à soumettre ton idée au Docteur, tout à l’heure.
Glaude - (en se serrant du fromage) Pour qu’il me demande si j’ai peur des piqûres ? Il est bien brave notre Docteur, mais il aime bien me taquiner aussi à ce sujet…
Marie - Alors, ne demande rien.
Glaude - (entre deux bouchées) T’as vu du monde, au bourg, ce matin ?
Marie - Oh, tu sais, je n’ai pas traîné,… j’aurais gelé,… A part le pain, j’ai tout pris à la supérette.
Glaude - Tu veux dire à l’épicerie ?
Marie - Maintenant, ça s’appelle une supérette. Faut vivre avec son temps, mon Glaude !
Glaude - Incroyable, cette manie de changer les noms de tout ! Les aveugles sont des non-voyants, les sourds, des malentendants ! Y’a que les abrutis qui ne sont pas encore des non-intelligents !
Glaude - (en dodelinant de la tête) Et dans ta… supérette, qu’est-ce qui s’est raconté ?
Marie - (en grattant le feu) Oh… que le...