Quand les poules auront des dents !

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Ne dit-on pas qu’une nouvelle, bonne ou mauvaise, n’arrive jamais seule ? Pourtant, cette journée commençait comme à l’accoutumée, sous les meilleurs hospices, pour ce bon vieux Jeannot, paysan pantouflard et attaché à son petit déjeuner aux aurores tardives. Mais l’arrivée d’une lettre suffira à perturber cette tranquillité si chère à toute la famille. Notamment la fille unique, répondant au doux nom de Bernadette, bizarrement enceinte, qui, prise de fringales à répétition, en arrive à dévorer le pain rassis du chien ; et la Germaine, sa femme, perdant la boule à tout bout de champ, qui se promène curieusement avec une corde sans rien au bout ! Voilà bien de quoi déjà agacer notre cher Jeannot sauf que la lettre en question renferme également son lot de surprises, une bien curieuse, voire fâcheuse nouvelle même : en effet, une ligne TGV doit traverser la propriété familiale tout juste à ‘lemplacement de la grange! Alors là, c’est la fin des haricots et le début d’innombrables fous rires dans la salle !

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Au lever du rideau, Jeannot, vêtu de son bonnet de nuit sur la tête et d’un caleçon long, est tranquillement affairé à la préparation de son petit déjeuner entrecoupé de bâillements : tartine de fromage et tranches de saucisson soigneusement découpées accompagnant un grand bol de café précieusement arrosé d’une rincette de vin rouge. Il s’installe alors à table et commence à se régaler. On entend des aboiements insistants venant de l’extérieur.

Jeannot - S’il y a bien une chose que je déteste, c’est qu’on me dérange pendant mon petit déjeuner ! (Il va ouvrir pour voir ce qui se passe. Le facteur entre sur scène, le bousculant sur son passage, une manche complètement déchirée.) C’est toi, facteur !… Ben ! T’es tout blanc !

Le facteur - C’est pas de tout repos de venir chez toi livrer le courrier. Tous les matins c’est la même rengaine. Tu peux pas l’attacher ? Un jour, il dévorera quelqu’un !

Jeannot - Mais non. Il est juste un peu jeune, il a envie de jouer. C’est sa façon à lui de dire bonjour.

Le facteur - Envie de jouer ? Il est enragé, oui ! T’as vu comment il a arrangé ma manche ?

Jeannot - Il mord pas, il accroche un peu fort avec sa mâchoire, c’est tout. Tu connais le proverbe : « Chien qui aboie ne mord pas. »

Le facteur - Oui, moi je connais le proverbe, mais lui, est-ce qu’il le connaît aussi ? Avec ses crocs aiguisés et ses griffes acérées, il me fait penser à un lion !

Jeannot - Un lion ? Loulou est un caniche ! Un caniche nerveux, certes, mais un caniche quand même !

Le facteur - T’as pas l’air dans ton assiette, t’as une sale mine et t’es de mauvais poil ! Tu t’es levé du pied gauche ?

Jeannot - Je suis épuisé. J’ai rêvé que je travaillais. Je crois même que j’ai poussé des brouettes de fumier toute la nuit ! J’en aurais presque des crampes aux bras et des « esquimaux » aux pieds ce matin !

Le facteur - Des « esquimaux » aux pieds ? Qu’est-ce donc ?

Jeannot - Quand t’as les pieds tout bleus couverts
« d’esquimaux » !

Le facteur - Des ecchymoses ?

Jeannot - Oui, des « ecchychoses » là ! Mais y a autre chose qui me fatigue. Depuis que je prends du sirop pour dormir à vingt-huit euros le flacon et que je sais que c’est pas remboursé par la Sécu, ça m’empêche de dormir tant ça m’énerve !

Bernadette entre sur scène côté chambre, sans dire mot, vole du saucisson sur la table, s’en met plein la bouche et sort aussitôt sous le regard consterné du Jeannot.

Le facteur (que ça n’a pas dérangé) - Et puis c’est quoi cette lanterne au milieu de ton chemin ? J’ai failli me casser la pipe !

Jeannot - La lanterne, c’est pour que personne vienne buter contre le tas de pierres !

Le facteur - Et pourquoi t’as été mettre un tas de pierres au milieu de ton chemin, enfin ?

Jeannot - Ben ! Pour poser la lanterne, pardi ! (Retournant à son petit déjeuner.)

Le facteur (resté dubitatif quelques instants) - N’empêche qu’il m’a salement amoché !

Jeannot - Je vais te dire : j’ai déjà bien essayé de l’attacher mais il aboie toute la journée. C’est pénible ! Je peux pas faire ma sieste l’après-midi. Sans compter que ça perturbe mes vaches. Elles font plus le même lait après. Ça les stresse !

Le facteur - Ah bon ? Ton Loulou, là, il serait, pour ainsi dire, perturbateur !

Jeannot - Pour te dire, la bourgeoise qui venait chercher son lait tous les matins, un jour, elle m’a annoncé comme ça que c’était la dernière fois qu’elle venait acheter son lait chez moi, prétextant que je le coupais avec de l’eau !

Le facteur - Elle a dit ça ? C’est pas du lait en brique pourtant ! À moins qu’elles fassent du lait demi-écrémé tes vaches !

Jeannot - Le pire c’est qu’elle avait pas tort ! Tu veux que je te dise ? Je l’ai goûté mon lait que je lui ai vendu. C’était bien vrai, elle avait raison, il avait plus de goût !

Le facteur - Elles fabriquaient peut-être du lait allégé, tes vaches. C’est à la mode maintenant. Tout est allégé sauf les impôts ! T’as qu’à en faire ta marque de fabrique… Et alors, qu’est-ce tu lui as répondu ?

Jeannot - Que l’été avait été très chaud et...

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