Le grand bain

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Six amis et un bébé ont loué une maison de vacances sous le soleil du Lubéron. Un publicitaire qui manque de temps et sa fiancée qui manque de bébé, un auteur qui manque d’inspiration et son ex qui manque de mec, des jeunes parents qui manquent de sommeil et leur baigneur qui ne sait pas nager. Il fait chaud, très chaud, trop chaud… Rien de tel qu’un grand bain pour se mettre la tête sous l’eau ! Oui mais voilà, la piscine est très belle, très grande mais… très vide. Qu’est-ce qu’on fait quand il n’y a pas d’eau ? On plonge, on coule, on flotte… ? « Le Grand Bain » est une comédie aquatique sans eau sur les amis, les vacances, les baigneurs et tous les autres problèmes qui n’arrivent pas qu’aux autres. Plongez dans ce Grand Bain de rires et d’émotions !

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ACTE I

SCÈNE 1

Franck et Géraldine

 

Le matin. Il fait chaud, très chaud, dans le jardin. Franck, pantalon en lin et t-shirt en V, boit tranquillement son café. Il profite de ce moment de vacances tant attendu : bonheur, détente, farniente…

Géraldine, en paréo, sort de la maison et le rejoint. Elle l’embrasse, complice.

Franck - Bien dormi ?

Géraldine (acquiesce en s’étirant) - Tu t’es baigné ?

Franck - Je t’attendais.

Géraldine - C’est gentil. On y va, on va se tremper ?

Franck - J’ai pas mon maillot.

Géraldine (coquine) - Moi non plus. (Elle sort côté cour, vers la piscine. Franck la suit des yeux, il sourit. Il s’étire et continue de profiter de ce moment de plaisir… interrompu par la voix de Géraldine qui hurle.) Franck, viens voir !!! Franck !!!!!!!!!!!!

Franck sursaute et court la rejoindre. On les entend.

Franck (off) - Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?!!!!!!!!!!!!

Géraldine (off) - C’est pas possible !

Franck (off) - Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?!!!!!!!!!!!!

Géraldine (off) - C’est pas possible !

Ils reviennent dans le jardin. Ils continuent de dire la même chose, mais sans crier, juste sous le choc.

Franck - Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

Géraldine - C’est pas possible.

Franck prend son portable sur la table, cherche le réseau et se met debout sur une chaise.

Franck - Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

Géraldine - C’est pas possible.

Franck compose un numéro et attend. Ils se regardent.

Franck - Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

Géraldine - C’est pas possible.

Franck (au téléphone) - Monsieur Rodier ? Franck Monnier à l’appareil. Vous m’entendez ?… Non, tout va pas bien, non !… Bah oui, la piscine ! Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

Géraldine - C’est pas possible.

Franck (au téléphone) - Oui, on a été surpris, c’est le moins qu’on puisse dire ! Mettez-vous à notre place, une grande piscine sans eau à l’intérieur, ça fait bizarre. Bon alors, on fait quoi maintenant ?

Géraldine - Il se démerde, il met de la flotte dedans !!!

Franck (au téléphone) - Non, mais monsieur Rodier, le problème est pas là. Je vous ai loué une maison pour passer une semaine de vacances avec une piscine. Vrai ou faux ?… Non, mais c’est pas le fait d’être remboursé ou pas… C’est pas une question d’argent…

Géraldine - Il nous fout les vacances en l’air, voilà ce qu’il faut lui dire…

Franck fait signe à Géraldine « Chut, laisse-moi faire ».

Franck - Monsieur Rodier, me dites pas que je sais pas lire un contrat, je suis directeur d’une agence de publicité, c’est mon métier la négociation. Là, y a un préjudice moral, ça a pas de valeur… Non, préjudice, préjudice… Un problème si vous voulez, enfin c’est pas pareil… D’accord, j’attends votre appel. (Il raccroche, mais il reste perché sur sa chaise.) Quel con ce mec, il comprend rien ! Quand j’ai négocié le prix de sa baraque, je peux te dire qu’il comprenait tout. Là, y a un problème, il fait exprès de faire le péquenot qui comprend rien.

Géraldine - T’as qu’à être plus direct au lieu de lui raconter tes salades de préjugé moral ou je sais pas quoi…

Franck (avec un air moqueur un peu vexant) - « Préjudice », pas « préjugé », Gégé. J’emploie les termes adéquats c’est tout. Tout le monde sait ce que c’est qu’un préjudice ! Gégé, tu sais ce que c’est qu’un préjudice ?

Géraldine - Non, mais je sais ce que c’est qu’une piscine. Et je sais aussi que quand il n’y a pas d’eau à l’intérieur, ça marche vachement moins bien.

 

 

 

 

SCÈNE 2

Géraldine, Franck et Damien

 

Damien, bermuda beige trop petit et usé, polo délavé, arrive de la maison.

Il regarde, surpris, Franck assis sur le dossier de la chaise.

Damien - Franck, tu me prêteras ton gel douche ? J’ai tout oublié : shampooing, dentifrice, tout…

Franck (d’un ton d’évidence) - Damien, tu sais ce que c’est qu’un préjudice ?

Damien - Vous faites un Trivial ?

Géraldine (impatiente, à Franck) - Alors ? Résultat ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Franck - Résultat, résultat… C’est pas clair son histoire. Y a eu un problème avec le filtre et le chlore et, à cause de la chaleur, le PH de l’eau a augmenté, c’est ce qui mesure le… la propreté, ou plutôt l’hygiène, bref, c’était presque toxique à l’intérieur. Il a été obligé de la faire vider pour qu’il y ait plus de champignons, parce que ça accélère le développement des chloramines, ce qui bousille les pièces, enfin l’ossature de la cuve de la piscine… Bref, c’est pas très clair.

Damien (qui n’a rien compris) - Ah non ! Pas du tout !

Géraldine - C’est pas très vrai non plus, j’ai l’impression. Il aurait pu prévenir quand même, merde !

Franck - Il me dit qu’il a laissé un message sur mon répondeur à Paris.

Géraldine - Tu parles. C’est n’importe quoi, c’est vraiment n’importe quoi !

Franck - Ah ! mais on va pas se laisser faire ! Je vais te dire : s’il faut, je vais lui casser sa gueule… Damien, t’irais avec moi lui casser sa gueule ?!

Damien - Attends, là ça fait juste cinq minutes que je suis debout et heu… il faut que je te donne la définition de « préjudice » et qu’on aille casser la gueule à je sais pas qui… Heu… O.K. Si on peut juste attaquer par la baston parce que, après, j’ai peur qu’il fasse trop chaud.

Géraldine - Je suis dégoûtée, je te jure, si on s’est fait avoir et qu’on n’a pas de piscine…

Damien - Quoi, pas de piscine ? Elle est au fond du jardin la piscine, on l’a vue en arrivant cette nuit.

Franck - Tu l’as vue de loin en arrivant cette nuit, mais t’as été te baigner ?

Damien - Non, pourquoi ?

Géraldine - Viens, je vais t’emmener.

Franck - Tu vas voir, ça va te faire rire.

Damien - C’est marrant, j’ai l’impression que non.

Géraldine et Damien sortent côté cour vers la piscine.

Le portable de Franck sonne. Il se remet debout sur la chaise.

Franck (au téléphone) - Oui, allô !… Oui, ça va. Non ça va pas… Parce qu’on est arrivés cette nuit et ce matin, on découvre que la piscine est vide… J’en sais rien, y avait de la mort aux rats dans l’eau ou je sais pas quoi, bref c’est vide… C’est très drôle ça. Bon, tu m’appelles pour quoi ?… Et alors ?… Quoi ?!… On a signé pour ce devis oui ou merde ?!… Quoi, « pas encore » ? Ça veut dire quoi ?… Tu le rappelles et vous vous démerdez. Je pars une semaine dans l’année, je vais pas m’occuper de ça ici… Écoute, tu vois ça avec Clo… Bon, je te laisse, le propriétaire doit me rappeler. (Il descend de la chaise et regarde en direction de la piscine. Il est plus serein.) Il a l’air de bien le prendre finalement…

À peine sa phrase terminée, on entend Damien…

Damien (off) - Enculée de piscine !!!

Franck fonce se remettre sur sa chaise, portable en l’air.

Franck - Bon, il me rappelle ou pas, l’autre ?! Ça part mal ces vacances, ça part super mal…

Géraldine et Damien reviennent.

Géraldine - Moi je m’en fous, s’il faut, je vais la remplir à l’arrosoir !

Damien - Effectivement, elle est très grande, très profonde, très belle… mais très vide. (Géraldine le dévisage, pensant qu’il parle d’elle.) La piscine ! (Pour lui.) Qu’est-ce qu’il t’a dit, au juste, le propriétaire ?

Franck - Champignon.

Damien - Ah ! bah ça va alors ! Il aurait dit carotte ou salsifis, je me serais un peu inquiété, mais champignon, c’est bien comme réponse.

Franck - Un champignon, comme une espèce de virus ou je sais pas quoi. Ils ont dû la vider… Ils ne savent pas ce que c’est, ça pourrit la piscine et en plus c’est dangereux.

Damien (mort de trouille) - Dangereux ?

Franck - Oui, enfin insalubre, si tu préfères.

Damien (tout vert) - Ah non ! Je préfère rien du tout.

Franck - Pourquoi tu fais cette tête ?

Damien - J’ai touché les parois de la piscine avec ma main.

Franck - Et alors ?

Damien - Et alors, t’es en train de me dire que c’est toxique, j’ai pas du tout envie d’être mis en quarantaine à cause d’une piscine qu’a des mycoses. Moi, je veux bien ne pas me baigner, mais dans ces cas-là, ça change la donne. Le prix de la baraque, t’as intérêt de le faire baisser, parce que moi je suis pas près de payer.

Géraldine - Il a raison.

Franck - J’ai pas dit l’inverse. Je lui ai donné vingt-quatre heures pour trouver une solution.

Géraldine - Et s’il en trouve pas ?

Franck - On va trouver.

Damien - Et sinon, tu comptes rester longtemps perché sur ta chaise ?

Franck - Je capte pas en bas.

Damien - Et en haut ?

Franck - Ça y est, je capte plus en haut non plus ! Cinq cents euros le téléphone et ça passe pas. Ils vont m’entendre eux aussi.

Géraldine - Tant mieux, comme ça, tu vas pas passer tes journées à attendre des nouvelles de la boîte.

Franck - Justement, Christophe vient de m’appeler pour me dire que ça chie chez Pampers.

Damien éclate de rire. Franck le regarde.

Damien (se justifie) - Ça chie chez Pampers, je trouve ça drôle.

Franck (à Géraldine) - Tu sais ce qu’il me sort ? Je lui raconte l’histoire de la piscine, il me dit : « C’est pas grave, tu fous un filet à l’intérieur, ça te fait un tennis. » (Damien, à nouveau, éclate de rire.) Ça te fait marrer ça aussi ?

Damien - J’ai une petite préférence pour : « Ça chie chez Pampers », mais j’aime bien le coup du tennis.

Franck - Va nous chercher deux raquettes, on va se fendre la gueule, je sens.

Damien - T’es de bonne humeur, toi.

Franck - Non, mais ça m’énerve cette histoire. J’ai pas besoin de ça.

Géraldine - Ça va s’arranger. On a loué une maison avec une piscine, on va avoir une piscine, c’est tout.

Franck - Je te parle pas de ça Gégé. Je m’en fous, moi, de ta piscine. C’est cette histoire de couches qui me chiffonne.

Damien (à Géraldine) - C’est ce que je te disais : il est de bonne humeur.

Géraldine, vexée, se rassoit sur son transat. Franck titille son portable.

 

 

SCÈNE 3

Géraldine, Franck, Damien et Fabienne

 

Fabienne entre. Lunettes noires, cheveux détachés, tenue approximative, c’est le genre de personne pas très aimable au réveil. Elle jette un bonjour général de la main et s’assoit en face de Damien.

Fabienne (à Damien) - C’est toi qu’as inondé la salle de bains ?

Géraldine - Il est bien arrivé ton homme ?

Fabienne - Non. Il est pas là.

Géraldine - Il est pas là ? Il a loupé son train ?

Fabienne - Il m’a appelée à trois heures du matin, il sortait de réunion…

Damien - Ah ! c’est ça qui m’a réveillé !

Géraldine - Il bosse dans quoi ?

Fabienne - Un bureau. Bref, il a pas pu prendre le train de nuit, du coup j’ai laissé un message à Pierre et Sabine pour savoir s’ils avaient une place pour lui ce matin dans leur voiture. Il doit être avec eux.

Damien - S’ils avaient de la place…

Fabienne - Ils sont que tous les deux.

Damien - Avec Mathieu.

Fabienne - Ah oui ! C’est vrai ! Mais ça compte pas. Mathieu, il a quoi, deux mois ? Il tient dans le coffre, non ?… Tu me passes le café ? Enfin, je veux dire, c’est pas un bébé qui prend toute la place dans une voiture. (Elle pose son portable – gros appareil d’époque. Franck le manipule, moqueur. Elle boit son café.) Bouah… Qui c’est qui l’a fait ?

Géraldine - C’est moi.

Fabienne - Il est pas bon. Je vais aller me baigner, moi, ça va me détendre.

Damien - Je suis pas sûr.

Fabienne - Si, si, j’ai très mal dormi, ça va me faire du bien.

Damien - Oui, par contre, évite les plongeons.

Sur la table du jardin, le portable de Fabienne sonne. Elle se lève.

Franck regarde son portable, posé sur la même table. Il le fait bouger pour essayer de capter.

Fabienne (au téléphone) - Ouais, salut Sabine… Oui, oui, on a bien roulé, on est arrivés vers minuit, une heure. (Elle est un peu contrariée.) Non, c’est Patrice… Ah bon ?… Non, non, non, je l’ai pas eu depuis hier… D’accord, je suis vraiment désolée, je… je vais l’appeler… D’accord… C’est parce que je viens de me lever, je viens de l’allumer… Ah ! je sais pas ! Je vais lui demander… À tout à l’heure. (Elle raccroche.) C’était Sabine. Ils sont partis un peu plus tard, ils seront pas là avant cinq, six heures. (À Franck.) Elle a essayé de t’appeler dix fois depuis ce matin, elle tombe toujours sur ta messagerie. Il marche pas ton truc ?

Damien - Si, mais faut grimper, c’est plus long.

Géraldine - Ils ont récupéré Patrice, c’est ça, hein, c’est Patrice ?

Fabienne - Oui, c’est ça, c’est Patrice. Non, il les a pas appelés.

Damien - Et…

Fabienne - Eh bien, ils sont partis, ils ont pas attendu.

Géraldine - C’est pas sympa.

Fabienne - C’est comme ça. Bon, je vais refaire un café. Tout le monde en reprend ?

Damien - Y a pas du chocolat ?

Fabienne embarque la cafetière et entre dans la maison.

Géraldine - Ils auraient pu l’attendre son mec, quand même, c’est pas sympa.

Damien - Tu connais pas Fabienne, toi.

Géraldine - Ce qui veut dire ?

Damien - Ce qui veut dire que Pierre et Sabine, ils ont prévu de partir à six heures du matin après le biberon de Mathieu. Ils ont la voiture chargée jusqu’à la gueule et Fabienne, elle a dû leur envoyer un petit texto une heure avant qu’ils partent du genre : « Patrick va vous appeler pour venir avec vous dans votre voiture s’il reste une place. »

Géraldine - Et alors ?

Franck - Et alors, il se démerde son Patrick…

Géraldine - Patrice.

Franck - Il est grand : il se prend un train ou il se loue une bagnole.

Franck est obnubilé par son portable, il le déplace sur la table pour trouver le réseau.

Géraldine - Cool quoi, c’est les vacances.

Damien - Non, pour Sabine et Pierre, c’est pas les vacances, c’est le départ en vacances.

Géraldine - C’est quoi la différence...

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