La gueule de l’emploi
Lorsqu’un arriviste prêt à tout, un chômeur de longue duréee et un fou d’arts martiaux se présentent, en même temps, pour décrocher le même emploi, tout peut arriver… Surtout le pire. L’annonce précisait “costume et cravate obligatoire”. Les trois hommes s’y sont pliés, à leur façon. Entre mensonge, trahisons et coups bas, chacun va devoir montrer qu’il a plus que les deux autres la gueule de l’empoi !
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ACTE I
Scène 0
Le rideau s’ouvre sur une salle d’attente. Une pièce moderne, froide, avec trois chaises, une plante verte, quelques journaux et une horloge murale. Julien tient une arme à la main et menace Franck et Didier qui paniquent.
Julien, fou de rage. – Ce job il est pour moi, point ! Je suis le plus qualifié et j’ai la gueule de l’emploi, alors personne ne me passera devant cette fois, j’ai déjà donné ! ! ! Mais regarde-le lui là avec son costard des musclés ! Tu crois que tu vas me piquer la place ? Mais accroche-toi putain ! ! ! Et toi avec ton costume à 10 balles, mais comment t’as fait pour avoir eu les couilles d’entrer dans le bâtiment, sérieux ? ! Tu vois pas où on est ? ! Hein ? ! ! ! Vous êtes aveugles ou quoi bordel ! ! ! Vous êtes des beaufs, vous puez le beauf à 100 mètres Chuck Norris et toi, et je me ferai pas baiser par un beauf ! ! ! T’entends, j’me ferai pas baiser encore une fois ! ! !
Noir.
Scène 1
On découvre le même décor. Franck est seul. Il attend sur la chaise côté jardin, pas loin d’une porte. Il mange un très gros pain au chocolat qu’il décide de ne pas finir. Il sort une petite bouteille d’eau, se rince la bouche et crache dans la plante verte. Il va pour cracher à nouveau quand Julien entre dans la pièce. à l’allure de ce dernier, Franck le prend immédiatement pour le patron.
Franck. – Bonjour.
Julien. – Bonjour.
Franck. – C’est moi.
Julien. – ... Oui c’est vous...
Franck. – Bah je suis là.
Julien. – Et bah c’est bien.
Julien part s'asseoir. Un temps. Franck comprend.
Franck. – Ah ok... Vous êtes là pour le ?...
Julien. – Oui.
Franck, montrant son badge visiteur. – Moi aussi.
Julien, qui montre le sien, caché par sa veste. – Hum...
Franck, désignant le badge de Julien. – J’avais pas vu...
Un temps.
Julien. – Vous attendez depuis longtemps ?
Franck. – Une heure environ...
Julien. – Une heure ?
Franck. – à la louche...
Julien. – Mais quelle heure est il ?
Franck. – 10 heures moins le quart.
Julien. – Et vous aviez rendez-vous à quelle heure ?
Franck. – 10h.
Un temps.
Julien. – Moi aussi.
Franck. – Mais j’aime bien arriver en avance.
Franck sourit, très fier d’être arrivé le premier.
Julien. – Vous avez croisé quelqu’un ?
Franck. – Non pas encore.
Un temps.
Julien. – Donc personne ne sait que vous êtes arrivé en avance ?
Franck. – Euh non.
Julien ricane à son tour.
Franck. – Si. L’hôtesse à l’accueil. La petite brune avec la coupe au carré.
Julien. – Hum ?
Franck. – Je me suis annoncé alors elle a forcément noté que je suis arrivé le premier.
Julien. – Aucune importance...
Un temps. Franck sort un petit sac de bonbons de sa veste.
Franck. – Malabar ?
Julien. – Non merci.
Franck. – Tic tac ?
Julien. – Merci non.
Franck. – Mentos ?
Julien. – Non, sans façon.
Un temps.
Franck. – Pain au chocolat ?... J’ai pris un maxi, j’le finirai pas... (Admirant son pain au chocolat.) ça fait la même taille que deux pains au chocolat mais c’est moins cher. Donc je prends un grand, normal !... Mais le chocolat n’est pas le même… Pourquoi ?...
Julien. – Hum...
Franck. – J’adore ça le chocolat, et vous ?
Pas de réponse.
Franck. – J’adore la Suisse aussi. Y’a de très bon chocolats là-bas... De très belles montres aussi... D’ailleurs la vôtre est très belle. C’est une Tissot !
Julien. – Breitling.
Franck. – Ah, moi j’aurais pris une Tissot... Enfin chacun fait comme il veut quoi.
Franck range tous ses bonbons et son bout de pain au chocolat dans ses poches volumineuses.
Franck. – C’est marrant on a le même attaché-case dis donc !
Julien. – Ah oui tiens.
Franck. – Exactement le même !
Julien. – Oui.
Franck. – Vous l’avez acheté où ?
Julien. – C’est un cadeau.
Franck. – C’est marrant ça, moi aussi !
Julien. – Ah oui ?
Franck. – C’est qui qui vous l’a offert ?
Julien, pour lui. – C’est kiki... (à Franck.) Mon père.
Franck. – C’est marrant ça, moi aussi ! ! !
Julien. – Juste avant de mourir.
Franck. – Ah c’est moins marrant ça... Moi non... Le mien, il est pas mort... Enfin pas encore... Enfin je veux dire tout va bien quoi... Hum... Toutes mes condoléances.
Julien. – Merci.
Un temps.
Franck, emphatique. – Quel mystère la vie... La mort... On ne sait pas ce qu’il y a là-haut, on ne sait pas !
Julien. – Non.
Franck. – On regarde et qu’est-ce qu’on voit ?...
Un temps. Julien est perplexe.
Franck. – On voit des nuages... Le soleil... Un avion parfois... Enfin ça dépend où on regarde... Mais bon, ce qu’il y a au dessus, reste un mystère...
Julien. – Hum.
Franck. – Ce qui est sûr c’est qu’on se retrouvera tous là-haut... Tous !... Moi aussi j’y serai...
Julien. – Bah si vous êtes là...
Franck. – Enfin le plus tard possible, hein...
Un temps.
Franck. – Enfin les mots sont vains, quoi.
Julien. – Voila, voila, voila...
Un temps.
Franck, essayant d’être jovial. – Donc on a tous les deux rendez-vous à 10h.
Julien. – Faut croire que oui.
Franck. – C’est pas banal ça...
Un temps.
Franck, souriant. – C’est curieux je croyais qu’il n’y avait qu’un seul poste à pourvoir.
Julien. – Il n’y en a qu’un.
Franck, paniqué. – Ah... C’est pas banal ça... C’est un entretien collectif ?
Julien. – Je ne sais pas.
Franck. – Il ne disait pas grand-chose sur l’annonce, hein ?
Julien. – Non, pas grand-chose.
Un temps.
Franck. – Je m’appelle Franck, enchanté. Et c’est pas un diminutif !
Julien, perplexe. – Julien.
Franck. – C’est pas un diminutif non plus, hé hé...
Franck. – Julien comment ?
Julien. – Pardon ?
Franck. – Non je disais Julien comment ?
Julien. – Legendre. Julien Legendre.
Franck. – Ah c’est marrant ça !
Un temps.
Franck. – Non je disais c’est marrant ça ! ! !
Julien. – Pourquoi ?
Franck. – Ah... J’ai connu un type qui a épousé une femme qui s’appelait Legendre... Mais maintenant elle s’appelle comme lui... Comment elle s’appelle déjà ?... Ah zut...
Un temps.
Franck. – En tout cas une fille très sympa. Gentille comme tout, généreuse, déconneuse comme pas permis.
Un temps.
Franck. – Peut-être de la famille à vous ?
Julien. – Je ne crois pas.
Franck, pour lui-même. – Non, moi non plus.
Un temps.
Franck, enjoué. – Personne.
Julien. – Pardon ?
Franck. – C’est comme ça que je m’appelle. Personne. Franck Personne. Comme une personne quoi.
Julien. – D’accord.
Franck. – Comme, euh, il y a quelqu’un ?
Julien, lassé. – Non il n’y a personne !
Franck, enjoué. – Voila ! Sauf que si, y’a moi, enfin, y’a Personne... Y’a moi quoi, hé hé... C’est une astuce...
Un temps.
Franck. – J’ai un ami qui s’appelle François. François Toutlemonde. Alors souvent les copains nous charrient quand on est ensemble : hey regarde, personne fait comme tout le monde, hé hé... Toutlemonde est avec personne, hé hé... Enfin voilà quoi...
Julien, passablement ennuyé. – Hé hé...
Franck. – Les cons...
Julien. – Oh oui...
Franck. – Enfin voilà quoi...
Un temps. Julien en profite pour saisir un journal.
Franck. – Un jour, à la boîte, vous me dîtes si je vous embête hein ?
Julien. – Là je suis en train de lire...
Franck. – Non mais attendez quand même... On a eu une stagiaire qui s’appelait Sassus...
Julien. – Ah ?...
Franck. – En un seul mot, hein...
Julien. – Bien sûr.
Un temps.
Franck. – Elle en a chié.
Julien. – Forcément.
Franck. – On lui a souvent dit : mais pourquoi tu ne changes pas de nom si tout le monde se fout de ta gueule ? Et elle a répondu : Jamais ! Sassus, c’est le nom de mon père !
Julien. – Je comprends.
Franck. – Quand même : Sophie Sassus... C’est dur. Surtout en entreprise avec tous les vieux relous tout le temps : alors Sophie ?... ça ?... Hein ?...
Un temps.
Julien. – Oui oui !
Franck. – Bah oui !
Julien. – Forcément !
Franck. – Ah oui, oui ! ! à chaque fois !
Julien. – Hum.
Franck. – Tous les jours ! Tous les jours ! ! !... Sauf le jeudi, c’était son jour de repos...
Un temps.
Franck, en rigolant. – Sophie Sassus... Même les initiales... ça fait SS... Enfin chacun fait comme il veut quoi...
Scène 2
Un troisième homme en kimono entre en trombe, jette son sac de sport à même le sol, se précipite côté cour et disparaît.
Franck. – Bah ?... Il est gonflé lui !
Julien. – Pourquoi ?
Franck. – Il arrive comme ça, il passe devant tout le monde ! C’est gonflé quand même.
Julien. – C’est peut-être la personne qui va nous faire passer l’entretien et qui est en retard ?
Franck. – Ah oui ? Vous croyez ? Habillé en kimono ?
Julien. – C’est peut-être le patron ?
Franck. – Le patron ? Mais pourquoi il aurait jeté son sac de sport ici ?
L’homme revient paniqué.
Didier. – Les toilettes ? !
Julien. – Pardon ?
Didier. – Les toilettes, faut que je pisse grave ! ! ! Vous savez où sont les cabèches ?
Julien. – Non.
Franck. – C’est dans le couloir je crois, à droite en sortant il y a un panneau qui...
Didier. – Merci ! ! ! Raghhhhhhh ! ! !
Il ressort aussitôt. Un temps.
Franck. – C’est pas le patron.
Julien. –...