La vie de château
La Comtesse et le Comte d’Andersen ont leur château qui menace ruine et ils cherchent, par tous les moyens, de largent pour le restaurer : depuis l’aide du Ministère de la Culture jusqu’au mariage forcé de leur fille avec un héritier aussi riche que dégénéré, en passant par l’alliance avec un inventeur loufoque. Bien sûr, rien ne se passera comme prévu à cause du caractère particulièrement trempé des principaux protagonistes et de l’imprévu qui viendra tout bouleverser. Pièce comique et très facile à monter. Dialogues truculents où les interprètes pourront donner le meilleur de leur art.
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Acte 1
La Comtesse entre et a du mal à refermer la porte.
La Comtesse - Décidément, tout va de travers dans ce château... (Elle appuie sur une table bancale et la recale) Et décidément, le plancher s'affaisse un peu plus chaque jour... (Elle remet un portrait droit) Ma pauvre Adèle, tu penchais déjà avant ta mort et tu te crois obligée de continuer après !... A moins que les murs se mettent aussi à pencher ?... (Elle regarde l'heure) Bon... J'espère qu'elle ne va pas trop tarder ! (Elle prend un magazine et s'installe. Sa fille entre) Ah ! Quand on parle du loup...
Marie-Charlotte - Bonjour Maman !
La Comtesse - Bonjour ma fille. Comme tu es magnifique ! Chaque fois que je te regarde, je n'en reviens pas de voir la belle jeune fille que tu es devenue... Tu as grandi tellement vite ! Je crois que les garçons vont bientôt te tourner autour, tu sais...
Marie-Charlotte - Pour être franche, ça tourne déjà depuis un certain temps, Maman...
La Comtesse - Qu'elle est mignonne ! (Plus bas) Il était donc temps que j'agisse...
Marie-Charlotte - (elle regarde sa montre) J'ai peu de temps, tu sais. Il faut que je travaille une partition. Je suis ici parce que Lucie m'a dit que tu souhaitais me voir rapidement ?
La Comtesse - Rapidement ! Elle en aura un peu rajouté... J'avais juste envie de discuter un peu avec ma chère fille adorée...
Marie-Charlotte - Ah ? C'est peut-être un peu trop, mais c'est gentil tout de même... Et tu souhaites parler de quoi : de la vie ouvrière ? De la toute puissance de la loi du fric sur la condition salariale ? De la libéralisation du haschich ? Ou bien de la valeur de R.A.T.M. ? De No One Is Innocent ? De Métallica ?
La Comtesse - Arrête avec tout ça ! Tu as vraiment le don de m'énerver !
Marie-Charlotte - Alors je ne dis plus rien et je t'écoute !.. (Ironique) Tu as sûrement quelque chose de BEAUCOUP plus important à débattre ?
La Comtesse - En effet, ma fille. Quelque chose de vital : la discussion va tourner autour de ton avenir et... Du nôtre par la même occasion !
Marie-Charlotte - Mon avenir ? Mais je te rassure, il est tout tracé : fac de droit à la rentrée et, sept ans plus tard : baveux au barreau de Paris pour défendre les opprimés de tout poil ! Et il y a du boulot, je t'assure !
La Comtesse - Allons ! Tu ne pourrais pas parler un plus correctement ? Pense à ton rang, nom d'une pipe !
Marie-Charlotte - Mon avenir compte plus que mon “rang”, Maman ! Et “nom d'une pipe”, ça ne fait pas très “rang” non plus, si tu permets !
La Comtesse - (énervée) Oui... Je sais !... Je sais !... Mais à force de t'entendre parler comme le peuple, je me surprends parfois à m'égarer dans mon vocabulaire... C'est de ta faute !
Marie-Charlotte - Et allez donc ! C'est tout ? Je peux y aller ?
La Comtesse - Oui... Heu, non ! Comme je t'ai dit, c'est aussi au sujet de NOTRE avenir que nous devons causer. Celui des d'Andersen, ma fille !
Marie-Charlotte - Ah oui ?
La Comtesse - Ah oui ! Entre deux répétitions de musique et tes sorties en boîte avec tes amis prolétaires, tu as peut-être eu le temps de remarquer que notre demeure prend de plus en plus de rides ?
Marie-Charlotte - Tu veux dire que la cabane prend l'eau ?
La Comtesse - Marie-Charlotte !
Marie-Charlotte - Ben quoi ? Même un aveugle le verrait ! Il n'y a plus une porte qui ferme, ici !... Il manque des tuiles et il pleut partout, les fissures s'élargissent un peu plus chaque jour, mais tout va très bien Madame la Marquise, peut-être ?
La Comtesse - Non, James ! Heu... Ma fille ! Justement, ça va très mal ! (Montrant le portrait) Tiens ! Si ta grand-tante Adèle revenait, eh bien... Elle n'en reviendrait pas !... (Joignant les mains) Dieu la garde !
Marie-Charlotte - Oh ! Ne t'inquiète pas, il ne va pas nous la faxer !...
La Comtesse - Enfin, toujours est-il qu'il nous faut, de toute urgence, trouver une solution pour renflouer nos finances.
Marie-Charlotte - Et c'est là que tu as besoin de mes conseils ? Alors là, j'hallucine grave !... Mais bon. Puisque tu veux mon avis, le voici : le plus simple serait de tout vendre pendant que ça tient encore à peu près debout et d'acheter un cent mètres carré dans les environs...
La Comtesse - Mais tu délires ? Abandonner ce château qui a résisté... (Elle compte sur ses doigts) Aux Uhlans, aux Huns, aux barbares de tout poil ainsi qu'aux Révolutionnaires et aux Socialistes ?... Partir et devoir nous mélanger avec le peuple ? Jamais ! Plutôt mourir ici !
Marie-Charlotte - Pas de problème. Si tu restes, ça devrait arriver rapidement... Un plafond devrait bien vous tomber sur la tête un de ces jours...
La Comtesse - Non ! ça n'arrivera pas ! Nous allons rester car j'ai trouvé une solution géniale pour nous sortir de cette mauvaise passe et remonter la pente.
Marie-Charlotte - Et tu veux que je pousse la brouette...
La Comtesse - Mais arrête de dire n'importe quoi !
Marie-Charlotte - Alors, pourquoi as-tu besoin de moi, à la fin ?
La Comtesse - Parce que tu as un rôle important à jouer dans mon scénario. Je t'ai trouvé un véritable avenir, et qui nous sauve par-dessus le marché !
Marie-Charlotte - Ah ? Je crains le pire !
La Comtesse - Eh bien, je te rassure, tu as le meilleur. Et grâce à ta maman !
Marie-Charlotte - Le meilleur ? ! Ecoute : arrête de tourner autour du pot et accou... Heu... Explique-toi !
La Comtesse - Bon... Voici donc la bonne, l'excellente, la SU-BLISSIME nouvelle : les parents de Charles-Edouard de Saint Trouspan de la Pierre de Bois m'ont informée que leur héritier de fils voulait te demander en mariage et, dans ma grande bonté, il se trouve que j'y consens !...
Marie-Charlotte - Mais ça ne va pas ? Tu t'es mise au chichon ?
La Comtesse - Ecoute, Marie-Charlotte, tu dois prendre aussi tes responsabilités car tu es notre seul espoir pour nous arracher à la misère qui nous guette. Et je ne te demande pas de l'aimer, mais de l'épouser...