Ah ! Ces hommes

Simone et Mireille viennent de triompher dans la pièce “Amour, Amour”. Le succès les sacre grandes actrices. Les fleurs et les déclarations pleuvent. Que va-t-il arriver ? Beaucoup de rires dans ces deux actes délicats.

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La scène représente une loge d’artiste dans la salle des fêtes de la petite ville de Cléricourt. Une loge comme toutes les loges avec une coiffeuse, une glace, des chaises, deux fauteuils et un divan. Aux murs, des photographies d’artistes.

Au lever du rideau, la loge est vide… On entend des applaudissements prolongés et on perçoit même les cris « Bis ! bis ! ».

La porte s’ouvre brusquement. Simone et Mireille entrent en coup de vent.

Simone est belle, comme du reste Mireille. Simone est en tailleur, Mireille en soubrette. Elles viennent, avec d’autres, de jouer triomphalement la pièce « Amour, amour, amour »…

 

 

Acte Premier

Scène 1

Simone et Mireille

 

Simone - Ouf !… Tu entends ? Ils applaudis­sent encore. J’en suis tout étourdie ! (Elle se laisse tomber sur un fauteuil.)

Mireille - Trois rappels… et ça continue… Ma chère, c’est un triomphe ! Un véritable triomphe !

Simone - Ah, comme je suis contente… Hier, à la générale, ça n’a pas marché comme ça… Est-ce le public ?… Est-ce l’ambiance ?… Nous avons joué comme des dieux !

Mireille - Nous avons brûlé les planches !

Simone - J’étais transportée… Vois-tu, Mireille, je ne croyais pas me mettre de cette façon dans la peau de mon personnage… Du reste, toi-même, tu as été splendide, étincelante !

Mireille - Ah ça, les spectateurs sont contents… (Elle va entrouvrir la porte.) Ecoute, ils applaudissent encore ! (On entend un bruit confus d’applaudissements.)

Simone - Oh, un peu de silence ! Ferme cette porte !

Mireille (revenant) - Et la scène d’amour ?

Simone (se levant) - Ne m’en parle pas… Je t’assure que je croyais que c’était vrai… Mon cœur battait… mais il battait… Mireille, pourquoi ça ne dure pas ?

Mireille - Je t’assure que tu l’as déjà jouée au ralenti…

Simone - Quelle illusion !… On vit des secondes passionnantes et puis plus rien… Tout disparaît… Il ne reste que l’espoir d’une nouvelle représenta­tion… Que l’espoir aussi d’une nouvelle désillusion… Les auteurs sont des gens qui jouent avec notre pauvre petit cœur comme avec un jouet… Ils nous font goûter avec une force extraordinaire l’ivresse de l’amour puis, petit à petit, au gré de leur imagination, retirent cette passion… Ah, les mé­chants !

Mireille - C’est le théâtre !

Simone - Le théâtre, c’est aussi la vie… Tiens, vois-tu, Mireille, je vais me mettre à écrire des pièces… Des pièces qui dureront toute la journée et dans lesquelles il sera éternellement question d’amour.

Mireille - Tu ne crois pas que les acteurs seraient fatigués ?

Simone - Peut être… Mais ils seraient contents… Ah, ma pauvre Mireille, c’est fini pour aujourd’hui… Il ne reste plus qu’à nous démaquiller et à dire « A une autre fois » ! (Elle se dirige vers la coiffeuse.)

Mireille - J’ai l’impression, ma petite, que tu es tombée amoureuse de ton partenaire.

Simone (se retournant) - De Robert ?… Je ne crois pas, et pourtant tu as vu de quelle façon il a joué la scène de déclaration d’amour ?… Oh, celui-là il doit y être habitué car dès la première représentation, tout a été parfait… Il m’a même embrassée trois fois au lieu d’une malgré le souffleur qui criait « Assez ! Assez ! »… Mais non, je ne crois pas que je suis amoureuse de lui ou d’un autre… C’est cette pièce qui m’a remuée, qui m’a trans­portée… Je suis amoureuse en général de tout ce qui est bon, de tout ce qui est beau… Ah, Mireille, comprends-tu ce qu’est l’amour ?

Mireille (allant vers la coiffeuse) - Du calme, Simone, du calme… Le théâtre ne te vaut rien… Il te dérange l’esprit…

Simone - Qu’est-ce que tu dis ?

Mireille - Rien… Passe-moi donc la crème à démaquiller.

On frappe.

Simone - Entrez !

 

 

SCÈNE 2

Les mêmes et la concierge

 

Entre la concierge, portant une gerbe de fleurs et des cartes. C’est une femme de quarante ans, l’air volontaire mais d’humeur joyeuse.

La concierge - Mademoiselle Simone, voilà des fleurs. Elles viennent d’un admirateur de marque.

Simone (rougissant) - De qui ?

La concierge - M. le Baron du Perthuis… Du reste, sa carte est épinglée sur le papier… Voilà vos fleurs. (Elle les lui remet.)

Mireille - Oh ! oh ! Ma chère ! Le baron !

Simone - Ce n’est pas possible !...

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