Clercs de l’urne
Une veuve très bavarde et sa soeur abominablement sourde, vont voter pour la première fois. Jusqu’à ce jour, la chose les avait effrayées. Bien sûr, elles ne savent ni pour qui voter, ni comment faire ! Et ce n’est pas triste ! À vous d’en juger ! 25 minutes de gags et de quiproquos.
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Devant le rideau : La Gustine, avec son panier et son parapluie. Quelques pas derrière, sa sœur, la Tonine, visiblement perdue, portant son sac à provisions.
GUSTINE : (regardant de tous côtés) Oh la la !… Attends voir ! Y a rien de marqué !... Bouge pas !... (elle s’avance en direction de la coulisse) Ça doit être là.
TONINE : Hein ?
GUSTINE : Pour voter, ça doit être par-là... Pour voter ! (Tonine fait demi-tour)
GUSTINE : Oh ! bougresse ! Mais où tu vas ?
TONINE : Tu me dis d’aller de l’autre côté !
GUSTINE : Non ! Je te dis : pour voter...
TONINE : Sauter ? Où donc ?... (elle regarde partout)
GUSTINE : Ecoute-moi, espèce d’empotée !
TONINE : Pour voter ? Oui... eh bien ?
GUSTINE : Ça doit être là, viens ! (Tonine ne bouge pas) Allez !
TONINE : Où donc ?... Ah pas moi ! Vas-y, toi !
GUSTINE : Eh bien, reste ! Oh la la ! (elle part en coulisse. On l’entend frapper à une porte)
UNE VOIX : Entrez !
GUSTINE : (qui réapparaît) Allez, viens ! Ils ont dit d’entrer... (Tonine ne bouge pas)
Une voix : Entrez !
GUSTINE : Viens donc, espèce de tourte ! Ah ! bougre !... ils nous mangeront pas !... Oh puis... si tu veux pas venir !... (elle part en bougonnant et entre dans la salle de vote où se tiennent, autour de l’urne, le maire et 2 conseillers municipaux) Bonjour Messieurs-dames ! Excusez-moi de...
Tous : Madame.
GUSTINE : Voilà... Je voulais vous demander... Ça serait pour voter...
LE MAIRE : C’est bien ici. Donnez-vous la peine d’entrer, Madame.
GUSTINE : Ah ! bien... merci... Bougez pas. Attendez une seconde (elle revient appeler sa sœur qui est passée en coulisse, inquiète) Tonine ! (plus fort) TONINE! Tu peux venir !... C’est là !... (elle revient vers la table de vote) Excusez-moi de vous demander pardon, Monsieur le Maire. C’est ma sœur. Elle ose pas, vous comprenez, cette tourte ! Et en plus, elle est sourde comme un pot. Vous verrez !... (criant) Tonine ! (elle va chercher sa sœur) Allez ! Viens donc, grosse bête! Bon sang, ils te feront pas de mal ! Pas vrai, Messieurs ?
LE MAIRE : (riant) Mais bien sûr que non !
TONINE : (entre, peu rassurée, sourire gêné, va, la main tendue, vers les 3 hommes) Bonjour Messieurs...
Tous : Madame.
TONINE : (elle serre les mains) Alors ça va ?... Et vous aussi ?... Allons, tant mieux. Ça va ?
1er CONSEILLER : Mais oui, ça va.
GUSTINE : (agacée) Allez, ça va bien ! Laisse faire (aux 3 hommes, expliquant) Oui, alors voilà : on venait pour voter.
2ème CONSEILLER : Eh bien, c’est parfait. Vous faites votre devoir.
TONINE : Hein ?
2ème CONSEILLER : Je dis : vous faites votre devoir.
TONINE : Oh non ! c’est pas de voir que je peux pas. C’est d’entendre ! Y a des fois...
GUSTINE : (coupant) Oui ! Le Jean-Marie nous a dit comme ça que c’était pas difficile.
LE MAIRE : Rien de plus facile.
GUSTINE : Oui... seulement, vous comprenez... c’est la première fois...
LE MAIRE : Comment ça, “la première fois” ? Vous n’avez jamais voté ?
GUSTINE : Oh pas, pauvre !
LE CONSEILLER : Pourtant il y a longtemps que les femmes ont le...