Dans un EHPAD, un homme et une femme âgés se rapprochent avec tendresse. Une aide-soignante interrompt brutalement cet instant et ramène leurs gestes à un diagnostic : ils ont la maladie d’Alzheimer. Cette première scène pose la question qui traversera toute la pièce : que reste-t-il d’une personne lorsque son entourage ne la regarde plus qu’à travers sa maladie ?
Juliette est étudiante en psychologie. Sa grand-mère Maryse, vive et indépendante, commence à perdre ses repères. Au fil de leurs rencontres, les signes deviennent plus nombreux, puis plus inquiétants. Juliette cherche des réponses dans sa formation universitaire tandis que Maryse éprouve de l’intérieur la fragilisation de son quotidien, l’incompréhension de ses proches et la peur de perdre la maîtrise de sa propre vie.
Autour de leur relation, la pièce remonte aux origines de la maladie d’Alzheimer et met en scène les controverses qui ont accompagné sa définition. Chercheurs, médecins, enseignants, lobbyistes, journalistes et professionnels du soin composent une histoire à la fois scientifique, sociale et économique. Les certitudes s’affrontent : faut-il stimuler, mesurer, traiter, protéger, enfermer — ou commencer par comprendre et accompagner ?
Alors que l’état de Maryse évolue, Juliette modifie son propre regard. Son mémoire universitaire, d’abord centré sur une stimulation cognitive standardisée, devient une recherche sur une activité choisie avec la personne : le tricot. Cette expérience l’amène à défendre une approche individualisée, attentive aux capacités préservées, aux désirs et à la vie quotidienne.
Après une crise à son domicile, Maryse entre en établissement. La pièce confronte alors deux façons d’accompagner : l’une dominée par l’organisation, le contrôle et la peur des « troubles du comportement » ; l’autre fondée sur la relation, l’empathie et l’adaptation de l’environnement. Des années plus tard, Juliette retrouve sa grand-mère au terme de sa vie. La mémoire consciente s’efface, mais la relation et la transmission demeurent.