A l’eau de là

1 décor

Aujourd’hui c’est le grand jour d’ouverture de l’établissement. Tout va-t-il bien se passer ? Pas certain.
Nous sommes sur la terrasse d’un petit café à Bagnoles-de-l’Eau, dans l’Orne (61).
Pour être raccord avec cette cité thermale Katrina et Olivia ont appelé leur restaurant « A l’Eau de là » !
Un snack qui ne proposerait aucune boisson alcoolisée ne serait pas accrocheur pour le client. Alors, pour « tricher légalement », elles ont eu recours à quelques astuces linguistiques…
Katrina et Olivia en cuisine, Marie, l’employée, au service de table en salle et sur la terrasse.
Gilles, et Jean, deux curieux qui travaillent dans la société à côté sont restés scotchés devant Belle, la mys-térieuse inconnue et amie des patronnes. Ils ne le savent pas encore, mais ils vont découvrir qu’elle se prétend la maîtresse de leur propre patron… Jean est un grand trouillard et ça va se compliquer.
Godefroy, affublé d’un étonnant surnom est un copain des deux patronnes. Il n’est là que pour finir l’installation de la devanture de leur terrasse. Muni de son escabeau et d’une mallette outils, il est très occupé par son bricolage. Il est certes adroit, mais un peu trop dans les nuages.

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ACTE I

 

Une terrasse de café-restaurant en extérieur l’été, dans une station thermale de l’Orne. Juste quelques tables dehors le long de la vitrine, près de la porte d’entrée ouverte. Le va-et-vient par cette porte est fréquent. La grande enseigne indique « A l’Eau de là…, snack-bar ». Et, en plus petit, en dessous : «Spécialités culinaires presque sans alcool ». A l’ouverture du rideau, Godefroy est perché sur son escabeau et il termine de visser une partie de l’enseigne au-dessus de l’entrée. Il chantonne fort et ne se prive pas pour commenter les gens de passage plus loin. Gens que le public ne voit pas. Il est 11 heures trente passé, ce lundi, sur la grande horloge qui se trouve au-dessus de l’enseigne.

Godefroy (Chantonnant ou s’adressant à des passants au loin) – « Je préfère manger à la cantine, avec mes copains… ». (Stoppant et s’adressant à une personne au loin) Hé vous là-bas, la petite viocque, vous voulez ma photo… Hein ! Si vous croyez que je ne vous ai pas repérée avec vos incessants passages et votre air de ne pas y toucher… Vous auriez peut-être préféré que je sois en kilt sur mon escabeau ?… (Puis à lui-même en même temps qu’au public) Ah les petites vieilles, qu’est-ce qu’elles sont vicelardes… Dès qu’elles ont dépassé les 50 balais, les petites vieilles, on ne peut plus les retenir…

Marie (Qui sort du restaurant avec un plateau sur lequel il y a éponge, cendriers et autres accessoires) – Ah ouiiiii Godefroy, je veux bien que tu te mettes en kilt. Tout le monde en fait une histoire, mais personne ne sait vraiment ce que ça pouvait être dans l’ancien temps…. Hihihihihihihi ! Je ne sais pas si Olivia a toujours son déguisement écossais ? Ils étaient allés  une fête où elle et son mari devaient être déguisés en écossais. Du coup, son mari avait mis un kilt. Je vais lui demander si elle l’a toujours…

Godefroy – Le mari ?

Marie – Non, le kilt. Idiot. Les deux, d’ailleurs.

Godefroy – Ah Marie. Si on ne t’avait pas, Marie, que ferions-nous ? Toi aussi tu es donc une petite vicelarde, mine de rien…

Marie (Gentillette) – Mais oui, mon petit God… Tu sais bien que toutes les femmes sont comme ça… Mais ça vous plaît, à vous les mecs ! Au fait, tu t’y connais en applications pour smartphone ? Parce que j’ai téléchargé une appli sur le mien et ça m’a cassé mon téléphone en mille morceaux !

Godefroy – Ah bon ! C’est bizarre. Tu as dû télécharger un truc du genre virus. Je n’ai jamais entendu qu’une appli pouvait casser un téléphone en miettes. C’est quoi ton appli, que je fasse attention au mien ?

Marie – En fait, c’est une appli qui devait me permettre de surveiller mon poids. Mais quand je suis monté sur mon téléphone pour me peser, il n’a pas résisté…

Godefroy (Ahuri) – Non. Tu n’as pas fait ça ?

Marie – Ben si pourquoi. Tu crois que ce n’est pas une bonne application ?

Godefroy (Qui n’en revient pas) – Mais quand tu dis que tu es monté sur ton téléphone, c’est pour te foutre de moi, pour rire. Pas pour de vrai ?

Marie – Ben si ! Comment veux-tu te peser si tu ne montes pas dessus. Et je peux te dire que ça ne doit pas être facile pour ceux qui ont un petit téléphone. Moi, comme le mien c’est du 15 pouces, c’était limite, alors je n’imagine même pas pour les autres…

Godefroy (Sidéré) – Euh… Ben… Je ne sais pas… Je ne connais pas. Je vais me renseigner… Tu n’as quand même pas de veine, hein !

Marie – Dans une station thermale comme Bagnoles-de-l’Eau qui traite les affections veineuses, c’est mal choisi comme terme, le mot veine… Enfin terme, comme mot, pas comme thermes de thermal, si tu vois ce que je veux dire… Sinon, oui, je veux bien que tu te renseignes. C’est super sympa. Merci mon petit God !

Godefroy (Qui s’énerve) – Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas qu’on me surnomme God. Mon prénom c’est Godefroy, pas God… Compris ? (Se reprenant et amicalement) A la limite, je veux bien que tu me surnommes Godef, ma petite Marie !

Marie (Très moqueuse et insistant encore plus) – Oui mon petit God ! Bien sûr mon petit God !

Godefroy – Tu m’énerves ! (Enchaînant)  Surtout que lorsqu’on s’appelle Aubin et qu’on travaille dans un restaurant, ce n’est pas malin de s’appeler Marie… Hein ma petite Marie Aubin… Aubin Marie… (Content de son coup) Ah là, ça te fait moins rire… C’est du lourd ça, hein ! Ça pèse.

A ce moment, Gilles et Jean arrivent tranquillement de l’extérieur.

Gilles (Qui vient d’entendre les deux précédents se chamailler) – Oh là ! Il y a des chamailleries dans l’air, on dirait. (Puis saluant Godefroy de la main et embrassant Marie) Salut vous deux !

Jean (Qui se retourne dans tous les sens, anxieux) – Arrête de te faire remarquer, Gilles. Ne crie pas si fort. Si jamais le patron nous voit tous les deux allant au bar, il va encore râler… Je te rappelle qu’il n’est que 11 h 30 et qu’on devrait être au boulot à cette heure…

Marie (Avec beaucoup de mansuétude) – Oh qu’il est mignon le petit trouillard de service…

Gilles – C’est vrai Marie que ton nom c’est Aubin ?

Marie – Ben oui. Que veux-tu que j’y fasse si mon mari s’appelle Aubin. (Fière d’elle) Je ne l’ai pas choisi pour son nom mais par amour ! Qu’est-ce que tu crois, Gilles.

Godefroy – Tu ne savais pas, Gilles, que Marie était mariée ? Ah ben tant pis pour toi. L’affaire est dans le lac. Donc tu ne sais pas non plus que son nom de jeune fille c’est Brysart…

Marie (Qui précise aussitôt) – Avec un « ys » et un « t » à la fin. Attention à ne pas mélanger.

Jean (Comme dans un ravissement) – C’est bon comme liqueur, ça, la Marie-Brizard… Mais pourquoi, Marie, tu veux prendre un thé à la fin ?

Marie – Pourquoi tu me parles de tasse de thé, toi. Je te parle de l’écriture de mon nom et tu me sers un thé ? T’es bizarre toi.

Jean – Ben tu viens de nous dire qu’il y avait un « t » à la fin de Marie-Brizard !

Marie (Violemment à Jean et sans discussion) – Ah si tu avais des espoirs, Jean, ce sera dans tes rêves mon gros ! J’ai assez du clown perché sur l’escabeau… (A Godefroy) Hein mon petit God ? De plus God m’a dit qu’il voulait travailler habillé en kilt ! Hein que c’est vrai God ?

Godefroy – Non mais ça ne va pas mieux dans ta tête à toi. Je n’ai jamais dit ça.

Gilles (Qui percute immédiatement) – Ah tiens, c’est marrant. Je ne savais pas que ton surnom c’était God. Ah mon dieu ! Oh my God (Puis voyant que personne ne comprend le jeu de mots) Ben alors, ça ne vous fait par rire : mon dieu, God ?

Godefroy (Très sec et sans concession) – Je ne veux pas qu’on m’appelle God. C’est clair. Je l’interdis. (Menaçant) Alors Marie, tu arrêtes immédiatement de dire ça à tout le monde, sinon…

Marie – Oui mon petit God d’amour !

Jean – Mais pourquoi tu ne veux pas qu’on t’appelle God si ton prénom c’est Godefroy. C’est gentil je trouve. Hein, Gilles, que c’est gentil ?

Gilles – Ben oui. Moi aussi, je trouve que c’est sympa. Et God, c’est plus facile à écrire que Godefroy dans le Bouillon…

Godefroy (Qui se fâche vraiment et hurle) – Non. C’est non. Je ne veux pas. C’est clair ? Je vous autorise éventuellement à dire Godef, si vous voulez.  Mais c’est tout !

Gilles – Je ne comprends pas ! Pourquoi tant de refus pour si peu de choses ?

Marie – Moi je sais. Et je le fais exprès d’ailleurs.

Jean – Tu sais quoi ?

Godefroy (S’énervant et menaçant) – Je te préviens Marie que si… (S’apprêtant à descendre) Je descends de mon escabeau…

Marie (A Godefroy) – Ah oui ! Tu crois vraiment que tu me fais peur, God. (Puis à Jean et Gilles) Il ne veut pas parce que son nom de famille, à Godefroy, c’est Michu.

Jean – Oui. Bien. Et donc ?

Gilles (Qui a immédiatement compris) – Oh ! Nom d’une pipe ! C’est ta femme qui doit être contente de t’avoir… Je ne suis pas prêt de te présenter la mienne. On ne sait jamais ! Ce ne serait pas prudent.

Jean – Pourquoi tu dis ça, Gilles ? Pourquoi ta femme irait voir Godefroy. Tu ne me dis pas tout, là.

Godefroy (Qui se prépare à lancer un outil sur la tête de Marie alors qu’elle explose de rire en même temps que Gilles) – Alors ça, ça va se repayer, Marie. Tu ne perds rien pour attendre ! Quant à vous deux, je vous conseille la modération si vous ne voulez pas que je vous fixe au mur en même temps que l’enseigne du restau.

Jean – Je n’ai rien compris ! Quelqu’un pourrait m’expliquer ? Je crois que j’ai manqué quelque chose.

Gilles – Décidément, mon pauvre Jean, tu n’es pas très rapide… Monsieur Michu Godefroy, dit God…

Jean (Toujours à côté de ses pompes alors que Marie n’en peut plus de rire) – Michu Godefroy… Michu God…

Gilles (Désespéré par le manque de réaction de Jean) – Laisse tomber, Jean ! Il faut un peu d’expérience pour comprendre.

Godefroy – Bon, ça va. On ne va pas passer notre semaine là-dessus non plus.

Jean (Qui se répète et tente de comprendre, toujours sérieux) – Godefroy Michu, God Michu… Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle…

Gilles – Oui. Bien sûr ! Tu ne vois pas ? Vraiment ? (Puis moqueur) Tu sais mon petit, les goûts et les couleurs…

Jean – Allons, Gilles, tu n’es pas obligé de donner mon nom. Jean Légoux, ça vaut bien God Michu ou Aubin Marie ? Surtout que, pour ce qui te concerne, si j’étais à ta place, Gilles, je ne me vanterais pas du mien…

Marie (Qui percute immédiatement et veut comprendre) – Comment ça ? Qu’est-ce que ton nom a de bizarre, Gilles ?

Gilles (Qui change brutalement de sujet) – C’est quoi le plat du jour Marie ?

Marie (Déstabilisée et précisant à chaque fois l’astuce des noms) – Bouchées à la Rennes d’Ille-et-Vilaine, Froids de canard du Péri… Gore…, panier à salades façon gendarmette et chips aux amandes bien salées. Pour ceux qui le souhaitent, apéritif fait maison… (Revenant brutalement au sujet précédent) Mais au fait pourquoi tu ne veux pas donner ton nom, Gilles. C’est quoi cette connerie ? (Repartant tout aussi soudainement sur son menu, telle une professionnelle) Alors les bouchées à la Rennes, Rennes c’est comme la ville parce que là-bas ce sont de gros gourmands, le froid de canard, c’est à cause que là-bas ça caille, sans jeu de mots bien entendu. Pigé pour la caille mes canetons ? Et panier à salades c’est pour les méchants qui vont finir en taule…

Gilles – Si ça ce n’est pas du menu, alors là, je n’y connais rien du tout…

Jean (Renchérissant sur les noms) – Tu ne savais pas, Godefroy, que Gilles est d’origine espagnole ?

Godefroy (Qui remonte plus haut pour bosser) – Ça ne m’étonne pas ? Il en a bien la tronche…

Gilles (Qui change à nouveau de sujet) – Tu as une spécialité de cocktail apéritif sans alcool, j’imagine, puisque tu as, enfin vous avez, avec Katrina et Olivia, un restau sans alcool ?

Marie – Oui, Olivia et Katrina, les...

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Terrasses extérieure de restaurant Le décor : Quelques tables de terrasse de bar devant une vitrine et un accès vers l’intérieur via la porte d’entrée du restaurant. Nous sommes dans un petit restaurant de quartier.

Posté le 4 octobre 2026 par Pecqueur

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