Aimez-vous la dentelle ?
Céline reçoit chez elle deux amies et sa mère pour une vente de lingerie fine à domicile. Après avoir découvert que la vendeuse attendue s’est faite remplacée par un vendeur, les quatre protagonistes ne sont pas au bout de leurs surprises car des évènements, agréables ou désagréables, vont venir perturber cette petite réunion.
Lire le texte intégral
Toute l’action se déroule dans la salle à manger de l’appartement de Céline.
Acte 1
Scène 1
| Céline | Tiens, sers-toi à boire. Prends ce que tu veux : jus de framboise, jus de poire, jus de litchi, soda citron vert gingembre ou eau gazeuse. |
| Pauline | Ouh ! Tout ça ? Toi alors, tu ne changes pas. Tu es toujours branchée saveurs exotiques. |
| Céline | Oui. J’aime bien. Je trouve ça raffiné. Je peux aussi t’offrir une boisson chaude si tu veux. |
| Pauline | Non, non ça ira. Un verre de… Euh… Allez, je teste le jus de litchi. |
| On sonne à l’interphone. | |
| Céline | Ah ! Ça, ce doit être ma mère. |
| Pauline | Quoi ? Tu as invité ta mère ? |
| Céline | Bah ! oui, quoi ! Oh ! Ça va. Elle est super jeune d’esprit. D’ailleurs quand je lui ai parlé de cette vente de lingerie fine à domicile elle a trouvé ça génial. Ça lui a fait plaisir que je lui propose de venir.
Maman ?
Elle appuie sur le bouton de l’interphone. C’est ouvert ?
Et puis je trouvais que le groupe était un peu restreint. L’animatrice m’a demandé d’essayer de rassembler au moins quatre personnes. Et voilà ! Nous sommes quatre ! |
| Pauline | Ouais ! Mais quand même, moi ça me gène un peu que ta mère soit là pour ce genre d’achat. |
| Céline | Bon, ça va, ne sois pas rabat-joie !
On sonne à la porte. Elle va ouvrir. Christiane entre. |
| Christiane | Bonjour ma chérie ! |
| Céline | Bonjour Maman. Tiens, donne-moi ton manteau et installe-toi. Qu’est-ce que tu veux boire ? |
| Christiane | Attends. Laisse-moi arriver. Ah ! Pauline ! Bonjour. Tu es déjà là ? Ça fait tellement longtemps depuis la dernière fois que nous nous sommes vues. Tu vas bien ? |
| Pauline | Bonjour. Oui, ça va. |
| Christiane | Et ton mari et les enfants ? |
| Pauline | Ça va bien, merci. |
| Céline | Bon, Maman, décide-toi. L’animatrice ne va pas tarder à arriver. |
| Christiane | Oui, oui, voyons…
Elle regarde les bouteilles une par une. Ah ! C’est bien original tout ça. Je vais essayer le jus de litchi. |
| Pauline | Et bien, on dirait qu’il a du succès…
Et Bénédicte ? Elle ne devait pas venir, elle aussi ? |
| Céline | Bah ! Oui, Qu’est-ce qu’elle fait ? |
| Christiane | Ah ! Bon ? Bénédicte est de la partie, elle aussi ? C’est étonnant qu’elle ait accepté de venir. Tu lui as vraiment dit que c’est une vente de lingerie fine ? |
| Céline | Tout à fait. Pourquoi ? |
| Christiane | Parce que le souvenir que j’ai gardé de Bénédicte c’est celui d’une fille coincée qui rougit à la moindre allusion ou plaisanterie ollé-ollé. Dès que les propos concernent ce qui se trouve en-dessous de la ceinture, elle devient rouge comme une pivoine. |
| Pauline | C’est vrai ça. Comment as-tu fait pour la convaincre de venir ? Tu lui as dit qu’on allait s’acheter des boîtes de conservation en plastique ? |
| Céline | Pas du tout. Je lui ai dit la vérité. J’ai juste un peu forcé sur le côté « tu ne peux quand même pas refuser ça à une de tes meilleures amies ? Tu n’es pas obligée d’essayer ni même d’acheter. Si tu veux tu peux juste regarder. Et puis ce serait dommage pour nous d’être obligées de nous passer de ton bon goût pour nous aider à choisir ». |
| Pauline | Quoi ? Tu as dit à Pauline qu’elle avait bon goût ? Tu es malade ! Elle a des goûts de chiottes dans tous les domaines et en particulier dans le domaine vestimentaire ! Tu as vu comment elle s’habille ? |
| Christiane | Tu n’exagères pas un peu ? C’est vrai qu’elle est un peu trop classique pour une jeune femme de son âge. Enfin elle l’était. Peut-être qu’elle a adopté un style un peu plus moderne depuis. |
| Céline | De toute façon je n’avais pas trop le choix si je voulais organiser cette vente à domicile. Excusez-moi mais je n’ai trouvé personne d’autre. Alors on fera avec Bénédicte. Ok ? |
| Pauline | Ok. |
| Christiane | Mais oui. Ne t’inquiète pas. Et puis je l’aime bien moi cette gamine. |
| Céline | Je ne trouve pas le terme très approprié, mais bon.
On sonne à l’interphone. Ah ! Sûr que c’est elle. Oui ?... Bénédicte ?... Elle appuie sur le bouton de l’interphone. C’est ouvert ?... Bien. Voilà. Nous sommes au complet. |
| Christiane | Et l’animatrice ? |
| Céline | Elle ne va pas tarder, je pense. C’est quand même mieux que nous soyons toutes là quand elle arrive.
On sonne à la porte. Elle va ouvrir. Bénédicte entre. |
| Bénédicte | Bonjour ! Ah ! On dirait que je suis la dernière ! |
| Céline | Oui. Mais rassure-toi, tu es encore dans les temps. L’animatrice n’est pas encore là.
Qu’est-ce que tu veux boire ? Jus de framboise, jus de poire, jus de |
| Pauline/ Céline | Litchi |
| Pauline | Soda citron vert gingembre ou eau gazeuse ? Ou bien une boisson chaude peut-être ? Tu vois, je connais la liste par cœur ! |
| Bénédicte | Et bien, disons… un jus de litchi. C’est original. |
| Pauline | J’aurais parié ! |
| Le téléphone de Céline bipe. Céline lit le texto qui vient d’arriver et fronce les sourcils. | |
| Céline | Ah ! Mince ! L’animatrice a un empêchement. |
| Pauline | C’est annulé ? |
| Céline | Non, non. Elle dit qu’elle a trouvé quelqu’un pour la remplacer. Elle dit que c’est une personne très bien, très professionnelle et que nous serons satisfaites. |
| Christiane | Tant mieux ! |
| Pauline lève son verre. Les autres en font autant. | |
| Pauline | Et bien ! À notre première réunion de vente de lingerie fine à domicile ! |
Scène 2
On sonne à l’interphone.
| Céline | Oui ? Euh… C’est ça. C’est au troisième, à gauche en sortant de l’ascenseur !
Elle appuie sur le bouton de l’interphone. Oups ! |
| Pauline | Qu’est-ce qu’il y a ? |
| Céline | Elle a une drôle de voix, l’animatrice remplaçante ! J’imagine bien une armoire à glace nommée Gertrude ! Arrh !
(Avec l’accent allemand). Elles rient. On sonne à la porte. Céline va ouvrir. Frédéric entre, une valise à roulettes à la main et un gros sac de voyage en bandoulière. Regards interloqués des quatre femmes et grand silence. |
| Frédéric | Bonjour mesdames. |
| Céline/Pauline/
Bénédicte/Christiane |
En chœur.
Bonjour. |
| Frédéric | À vos expressions quelque peu déconfites, je devine que ma collègue a omis une petite précision. Cependant j’ai l’habitude. Je sais que cela peut paraître surprenant qu’un homme vende de la lingerie fine… Mais ne vous inquiétez pas. Je suis un professionnel. J’exerce ce métier depuis dix ans. |
| Céline/Pauline/
Bénédicte/Christiane |
En chœur.
Aaaah !... |
| Frédéric | Et bien, dites-moi où je peux m’installer. Je suis désolé pour le retard mais ma collègue m’a prévenu au dernier moment et j’habite un peu loin. |
| Céline | Ce n’est pas grave. Prenez le temps qu’il vous faut. Tenez, j’avais prévu de vous laisser cette grande table. J’espère que ça va. |
| Frédéric | Oui, oui. C’est parfait. Merci. |
| Christiane | Elle s’approche de Céline et lui parle à voix basse.
Tu ne lui offres pas à boire ? |
| Céline | Euh… Oui, oui. Tu as raison.
À Frédéric. Je peux vous offrir quelque chose à boire ? |
| Frédéric | C’est gentil. Merci. Mais j’apporte toujours deux grandes bouteilles d’eau avec moi car je parle beaucoup pendant la démonstration. Je ne bois que de l’eau plate. |
| Céline | Comme vous voudrez. |
| Bénédicte se lève, visiblement mal à l’aise. | |
| Bénédicte | Je… Je suis désolée, je ne vais pas pouvoir rester. |
| Pauline | Qu’est-ce qui te prend ? |
| Bénédicte | Bah… C’est que… |
| Pauline | Et bien voilà ! Dis-le ! Ça te gène que l’animatrice soit un animateur. |
| Bénédicte | Euh… Non, enfin, si… Mais quoi ? J’ai accepté de venir parce que Céline a insisté. Alors que franchement, au début, je n’étais pas emballée. Excusez-moi, monsieur. |
| Frédéric | Frédéric. Appelez-moi Frédéric. Je préfère que vous vous adressiez à moi par mon prénom. C’est plus simple. |
| Bénédicte | Excusez-moi… Mais c’est vrai que de la lingerie féminine… pour un homme… |
| Pauline | Remarquez-bien, en fin de compte moi non plus je ne suis pas franchement partante. C’est vrai, comment on va faire pour les essayages ? Vous regardez si ça nous va ou pas ? Vous replacez les seins dans les bonnets et la ficelle du string si elle se coince entre les fesses ? C’est quand même gênant. |
| Céline | Je suis plutôt d’accord. Comment ça se passe pour les essayages ? |
| Frédéric | Ecoutez-moi, mesdames. Je comprends votre réticence. Mais sachez que c’est mon métier. Je suis habitué à travailler avec une clientèle exclusivement féminine et je ne profite pas de la situation. Ne vous inquiétez pas, je ne reluque jamais mes clientes, ni ne pose mes mains sur elles. Je porte un regard qui se veut professionnel et technique.
Je vous conseille une forme plutôt qu’une autre. Une couleur plutôt qu’une autre. Une matière plutôt qu’une autre. Si un ajustement est nécessaire, je vous l’indique et vous le faites vous-même. Éventuellement vous pouvez demander à l’une de vos amies de le faire. Est-ce que ça pose encore un problème ? |
| Christiane | Absolument pas. D’ailleurs, pour moi ça n’en a jamais été un. C’est vrai, qui mieux qu’un homme peu poser un regard avisé sur de la lingerie féminine ? |
| Frédéric | Madame, vous avez parfaitement raison. |
| Christiane | Appelez-moi par mon prénom puisque vous demandez qu’on vous appelle par le vôtre.
Moi c’est Christiane. |
| Frédéric | Enchanté, Christiane. |
| Céline | Merci, Frédéric, d’avoir clarifié les choses. Moi ça me va. |
| Pauline | Moi aussi ça me va. |
| Céline | Bon, alors finalement tu restes, Bénédicte ? |
| Bénédicte | Bah… D’accord. Pour le moment je reste. Mais si ça ne me plaît pas, je peux partir ? |
| Pauline | Tu vas voir, ça va te plaire. Je suis sûre que tu vas même trouver ton bonheur. |
| Céline | Mais oui, tu vas voir. |
| Frédéric | À Céline, Pauline et Bénédicte.
Excusez-moi, mesdames, mais j’aimerais savoir comment vous souhaitez que je m’adresse à vous ? |
| Céline | Par notre prénom c’est plus sympa, non ? Qu’est-ce que vous en pensez ? |
| Pauline | Absolument. |
| Bénédicte | Moi, les familiarités d’emblée, ce n’est pas trop mon truc… |
| Frédéric | Aucun souci, madame. |
| Céline | Donc, moi c’est Céline. |
| Pauline | Et moi, Pauline.
Bénédicte, oh ! la ! la ! Ce que tu peux être réac ! |
| Bénédicte | Quoi ? C’est mon droit ! Je me fais appeler comme je veux ! Que ça te plaise ou non ! |
| Frédéric | Allons, allons. Vous n’allez pas vous disputer pour si peu. Je respecte le choix de chacune d’entre vous. Et si Bénédicte veut que je continue à l’appeler « madame » ça n’a aucune importance. |
| Bénédicte | Merci… Euh… Monsieur… Frédéric. |
| Pauline | N’importe quoi ! Il t’appelle « madame ». Tu l’appelles « monsieur » ou « Frédéric », au choix. Point. Il n’y a pas de « Monsieur Frédéric ». C’est ridicule ! |
| Christiane | Oh ! Vous n’allez pas débattre sur les appellations pendant encore deux heures !
Tout le monde s’est mis d’accord ? Un silence. Parfait. Tout va bien. Frédéric, c’est à vous. |
| Frédéric | En effet, je crois que nous sommes d’accord. Merci, Christiane. |
| Céline | Allez, on reprend un petit verre de jus de litchi ? |
| Christiane | |